Les nappes glaciaires de nos deux pôles entretiendraient un lien étroit

Vue d’un glacier dans la baie de Chiriguano, dans les îles Shetland du Sud, en Antarctique, le 7 novembre 2019. (Johan Ordonez/AFP/Getty Images)
La fonte des glaces en Arctique influe sur les changements dans la nappe glaciaire de l’Antarctique située à des milliers de kilomètres, révèle une étude dirigée par des chercheurs de l’Université McGill.

La recherche publiée dans la revue scientifique Nature a analysé l’évolution des nappes glaciaires au cours du plus récent cycle glaciaire pour en créer une modélisation. 

Elle a notamment mis en avant que les nappes glaciaires aux deux pôles de notre planète influent les unes sur les autres sous l’effet d’une variation du niveau de la mer. Plus précisément, les chercheurs ont découvert que la fonte des calottes glaciaires dans l’hémisphère nord durant le dernier cycle glaciaire avait altéré la nappe de l’Antarctique, dans l’hémisphère sud. 

Ainsi, lors de la dernière glaciation, la chute des températures au nord de notre planète a transformé de l’eau en glace, ce qui a provoqué une baisse du niveau de la mer au sud. Cela a donc favorisé la croissance de la nappe glaciaire de l’Antarctique. Le phénomène inverse s’est produit lors de la déglaciation, réduisant ainsi la nappe glaciaire de l’Antarctique.

« Malgré la grande distance qui les sépare, des nappes glaciaires influent l’une sur l’autre par l’intermédiaire de l’eau qui circule entre elles », explique Natalya Gomez, auteure en chef de l’étude et professeure au Département des sciences de la Terre et des planètes de McGill.

« C’est comme si elles se parlaient au moyen des variations du niveau de la mer. »Natalya Gomez, auteure en chef de l’étude
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(Légende : Actuellement, les calottes glaciaires fondent à un rythme anormal autant en Arctique qu’en Antarctique comme le démontrent ces images satellites d’un glacier en Antarctique prises en février 2020.)

Rappelons que les calottes ou nappes glaciaires sont de larges masses de glace qui reposent sur la terre et couvrent la majeure partie du paysage sous‑jacent.

Aujourd’hui, il existe deux calottes glaciaires de plus de 50 000 km2 appelés inlandsis : l’inlandsis de l’Antarctique, le plus étendu et situé au pôle Sud, et l’inlandsis du Groenland, situé sur l’île du même nom à proximité du pôle Nord. Ces calottes géantes se présentent sous la forme d’une nappe de glace pouvant atteindre plusieurs milliers de mètres d’épaisseur.

Si on exclut ces deux inlandsis, les glaciers formés grâce au territoire et au climat du Canada comptent pour environ 20 % du volume des glaciers sur Terre. Il s’agit là du plus grand nombre de glaciers de montagne, de nappes glaciaires et de calottes glaciaires que tout autre pays indique le gouvernement canadien.

Analyser les sédiments marins et les anciennes lignes de côte

Afin d’arriver à ces résultats, les chercheurs ont cumulé plusieurs sources. Des modélisations numériques ont été combinées à différents profils géologiques, « obtenus notamment à partir de carottes de sédiments extraites du fond de l’océan près de l’Antarctique et de données sur l’exposition des terres et sur les anciennes lignes de côte », peut-on lire dans le compte-rendu de l’étude.

« Les nappes glaciaires ne sont pas de gros amas de glace statiques : elles ont évolué au fil des âges et, soumises aux variations de la température et du niveau de l’eau environnante, elles se transforment constamment au gré de la formation et de la fonte des glaces, explique la Pre Gomez. La neige s’accumule et se transforme en glace. Puis, sous leur propre poids, les nappes s’étalent et se prolongent sur la mer, où elles forment des icebergs en se disloquant. »

La glace fond près du glacier Nordenskjodbreen le 25 août 2020 sur l’archipel du Svalbard dans l’Arctique norvégien, Norvège. (Maja Hitij/Getty Images)

En collectant toutes ces informations, l’équipe de la Pre Gomez a pu, « pour la première fois, réaliser des simulations simultanées de la variation du niveau de la mer et de la dynamique des glaces dans les deux hémisphères au cours des 40 000 dernières années ».

Cela leur a permis de comprendre le rôle des changements climatiques sur l’évolution des nappes glaciaires depuis la période précédant l’apogée du dernier âge glaciaire, il y a entre 26 000 et 20 000 ans, jusqu’à nos jours.

Cette analyse simultanée des deux hémisphères a également permis de comprendre les nombreuses variations de la nappe glaciaire antarctique qui étaient jusqu’alors mal comprises.

« C’est un sujet fascinant et inspirant : les nappes glaciaires et les océans sont si vastes et complexes, et le profil géologique recèle bien des secrets sur le passé climatique de la Terre, conclut la Pre Gomez. « Nos résultats montrent que les éléments du système terrestre sont interconnectés : des changements survenant en un endroit ont des répercussions à l’autre bout de la planète. »

« Dans l’ère moderne, nous n’avons pas constaté de recul des nappes glaciaires aussi important que ceux que pourrait nous réserver une planète qui se réchauffe. Nous pouvons en apprendre plus à ce sujet en étudiant les changements survenus dans le passé. »Natalya Gomez, auteure en chef de l’étude

La chercheuse espère que l’analyse du passé permettra de mieux comprendre ce qui nous attend alors que l’Arctique est en train de se réchauffer à un rythme effréné.

Avec les informations de l’Université McGill et du Gouvernement du Canada

Mathiew Leiser

Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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