Le Groenland aux urnes avec son avenir minier au coeur du débat

Le Groenland tient mardi des élections pour élire son Parlement, composé de 31 membres. Le parti Siumut est au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis quatre décennies. (Emil Helmis/Ritzau Scanpix/AP)
Les Groenlandais votent mardi pour élire leur Parlement, un scrutin anticipé provoqué par un projet minier qui divise le territoire autonome danois de l’Arctique, source de convoitises croissantes sur fond de réchauffement climatique.

Les deux principaux partis s’opposent sur l’autorisation d’un projet minier d’exploitation de terres rares et d’uranium à l’étude depuis plus d’une décennie à Kuannersuit, dans le sud du Groenland.

Parmi les partisans du projet figure le parti social-démocrate Siumut, actuellement au pouvoir, mais à la traîne dans les sondages. Il voit la mine comme une ressource d’importance pour une petite économie encore largement dépendante des subventions du Danemark.

Le parti Inuit Ataqatigiit (IA), une formation de gauche à tendance écologiste qui est en tête des intentions de vote, voit plutôt le projet comme une menace pour l’environnement local, déjà confronté au spectre d’un dérèglement climatique accéléré.

« J’ai voté pour un parti qui dit non à l’uranium », a déclaré à l’AFP Henri Jensen, un électeur quadragénaire, à la sortie du bureau de vote de la capitale, Nuuk. « Le Groenland a toujours été contre les mines d’uranium et c’est pour ça que je vote pour un parti qui dit non à l’uranium », a-t-il dit.

Pour se partager les 31 sièges de naturalisation, le Parlement local, sept partis et 189 candidats sont en lice.

Les 72 bureaux de vote, certains parmi les plus septentrionaux du monde, ont ouvert à 9 h, heure locale. Après leur fermeture prévue à 22 h GMT, les résultats sont attendus dans la nuit de mardi à mercredi.

Une vue aérienne de la ville de Narsaq, dans le sud du Groenland, qui est située à environ cinq kilomètres du site de la mine Kuannersuit. (Greenland Minerals LTD/Handout/Reuters)

Si les soubresauts de la vie politique locale groenlandaise n’ont pas toujours passionné depuis l’autonomie de 1979, le Groenland est scruté de plus en plus près à l’international, en témoigne l’offre d’achat par l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, sur fond de positionnement russe et plus récemment chinois dans l’Arctique.

Porté par le groupe australien – à capitaux chinois – Groenland Mineras, qui détient depuis 2010 un permis d’exploration, le projet minier a entraîné en février l’annonce de ces élections anticipées avec le départ d’un petit parti allié à Siumut.

Outre la mine, la campagne a également porté sur la pêche, qui constitue le plus gros secteur économique du Groenland, les questions sociales et l’identité culturelle, à l’heure où la jeunesse renoue avec la culture inuit et remet en question l’héritage colonial danois.

Résultats du scrutin incertain

Le politologue à l’Université du Groenland, Rasmus Leander Nielsen, croit que l’issue du vote est incertaine, même s’il affirme que « le scénario le plus probable est que [le parti inuit] IA s’allie avec un ou deux petits partis ».

« Si les électeurs nous choisissent, nous sommes prêts à commencer à travailler dès le premier jour pour bâtir une coalition pour gouverner le pays pour les quatre prochaines années. »Mute Egede, leader du parti Inuit Ataqatigiit

Sa formation est favorable à un moratoire sur l’uranium qui suspendrait de facto l’autorisation d’exploitation du gisement, ce qui pour certains compromettrait les velléités d’indépendance du Groenland.

Le Danemark, qui assure ne pas vouloir bloquer un processus d’indépendance, verse plus de 520 millions d’euros par an au gouvernement groenlandais, soit un tiers de son budget total.

S’il remporte l’élection, le parti IA a également promis de signer l’accord de Paris sur le climat, que le Groenland est un des rares à ne pas avoir ratifié.

Selon le chercheur postdoctoral et spécialiste de l’Arctique à l’Université de Cambridge, Marc Jacobsen, le signer ne leur permettrait pas de développer un quelconque gros projet minier.

Le parti Siumut est au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis quatre décennies.

Depuis les années 1990, le réchauffement climatique est deux fois plus rapide dans l’Arctique qu’ailleurs sur le globe et bouleverse les modes de vie traditionnels des Inuit, qui constituent plus de 90 % de la population groenlandaise, en rendant notamment la chasse plus difficile.

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