Le bois d’œuvre encore plus coûteux et plus rare dans le Grand Nord canadien

Comme ailleurs au Canada, les entrepreneurs du Nunavut et les transporteurs maritimes du Grand Nord subissent les contrecoups de la flambée du prix du bois d’œuvre. (Evan Mitsui/CBC)
Le Nunavut n’est pas épargné par la hausse fulgurante du prix du bois d’œuvre depuis le début de la crise sanitaire. En plus de devoir s’ajuster à cette tendance, les entrepreneurs en construction du territoire doivent continuer d’éponger les coûts liés au transport maritime et espérer ne pas se heurter à une pénurie.

La hausse de la demande en bois d’œuvre, conjuguée à son offre limitée, a contribué à cette flambée importante des prix aux quatre coins du Canada durant la pandémie.

« La demande en bois d’œuvre a augmenté notamment parce que de nombreuses personnes sont chez elles, avec plus de temps devant elles pour effectuer des travaux dans leur maison », explique le gérant de l’entreprise de rénovations CAP Enterprises, Charlie Cahill, en entrevue téléphonique depuis Gjoa Haven, dans la région de Kitikmeot.

Son entreprise a grandement subi les effets de cette augmentation des prix. Nous ne faisons pas de profits, affirme-t-il. « Nous payons plus cher pour les mêmes matériaux. » Il a dû mettre plusieurs projets de rénovation et de construction en veilleuse en raison de leur faible rentabilité.

À Gjoa Haven, l’entreprise effectue annuellement des rénovations dans une dizaine de logements de la Société d’habitation du Nunavut (SHN).

Cette dernière constate d’ailleurs une hausse continue des coûts de construction de logements dans le territoire ces dernières années, qui sont passés d’une moyenne d’environ 450 000 $ en 2018-2019 à près de 615 000 $ en 2020-2021.

« Certains chantiers ne valent même pas la peine pour nous parce qu’ils pourraient même nous faire perdre de l’argent. »Charlie Cahill, entrepreneur et gérant de CAP Enterprises Ltd

L’entrepreneur explique aussi avoir dû faire une croix sur le renouvellement de son inventaire de bois d’œuvre cette année. « Nous devons réduire nos dépenses liées au transport maritime, ce qui signifie que les gens auront accès à moins de matériaux pour construire des cabines et des qamutiks, entre autres », explique-t-il.

Au Nunavut, l’été est habituellement la période durant laquelle des résidents commandent du bois pour construire des «qamutiks», des traîneaux de bois conçus pour voyager sur la neige et sur la glace. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
L’industrie du transport maritime frappée de plein fouet

Comme les collectivités du Nunavut ne sont pas reliées par des routes, l’acheminement de marchandises dépend des transports maritime et aérien.

Le transporteur maritime québécois Desgagnés Transarctik est l’une des entreprises qui approvisionnent les communautés du territoire pour le compte de Nunavut Sealink and Supply Inc.(NSSI). La saison s’échelonne entre les mois de juin et de septembre, lorsque les eaux sont libres de glace.

L’adjointe à la direction des ventes et des opérations, Nadine Blacquière, dit que l’entreprise subit elle aussi les contrecoups de la flambée des prix du bois d’œuvre. « Ce qu’on remarque […] c’est une rareté des produits, dit-elle. Les gens doivent commander longtemps d’avance. »

Elle ajoute que la pénurie ajoute une couche d’imprévisibilité pour les transporteurs maritimes. « Si on arrive à la mi-juin et que les gens n’ont pas été en mesure d’avoir leurs produits, nos bateaux qui s’avéraient pleins ne le sont plus. Ça pourrait être problématique et même très sérieux. »

Environ 25 navires de ravitaillement de l’entreprise Desgagnés Transarctik se rendent chaque été au Nunavut et au Nunavik pour approvisionner des communautés et des sites miniers. (Nadine Blacquière/Desgagnés Transarctik)

Consultants de l’Arctique, une entreprise de logistique de transport pour le Grand Nord, est l’un des sous-traitants de Desgagnés Transarctik. Elle se charge notamment d’emballer la marchandise dans des caisses de bois ou dans des conteneurs de métal avant qu’elle soit acheminée à ses destinataires.

Selon son président Robert Pelletier, le coût des matériaux nécessaires pour assembler ces caisses de bois a presque triplé dans la dernière année, passant de 121 $ en 2020 à 351 $ en 2021. « Dans les années précédentes [la hausse] était de 5 % à 10 % », précise-t-il.

L’entreprise encourage donc ses clients à acheminer de la marchandise sur des conteneurs, qui sont plus spacieux et plus économiques. Or, l’industrie constate qu’ils sont de plus en plus prisés, ce qui laisse craindre une pénurie.

« C’est une situation de rupture de stock qui risque de perdurer au moins jusqu’à l’année prochaine. »Robert Pelletier, président de Consultants de l’Arctique

L’entrepreneur Charlie Cahill souhaiterait quant à lui que le gouvernement fédéral ou territorial vienne en aide aux entreprises touchées par cette situation. « Ils pourraient notamment nous aider à éponger les coûts des livraisons par voie maritime, soutient-il. Ça nous inciterait à dépenser davantage. »

La Société d’habitation du Nunavut et le ministère territorial des Services communautaires et gouvernementaux n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Avec les informations de Jordan Konek

Matisse Harvey, Radio-Canada

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