Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : le Canada publie son Plan d’action national

Ottawa propose de soutenir le Principe de Joyce. (Sean Kilpatrick / The Canadian Press)

Le gouvernement fédéral s’engage à financer et à développer conjointement avec des partenaires des initiatives ciblées pour éliminer de nombreux obstacles systémiques découverts il y a deux ans par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFADA).

Le Plan d’action national dévoilé jeudi, deux ans jour pour jour après le dépôt du rapport final de l’ENFADA, décrit les mesures prévues pour répondre à ses 231 « appels à l’action ».

Le plan d’Ottawa comprend des engagements généraux à fournir ou à améliorer le financement pour un certain nombre de programmes pour le droit à la culture, à la santé, au mieux-être, à la sécurité et à la justice.

En matière de justice, Ottawa annonce notamment qu’il rétablira la Commission de réforme du droit du Canada, un organisme fédéral indépendant chargé de conseiller le Parlement sur la façon de moderniser et d’améliorer les lois. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait cessé de le financer en 2006.

Dans ses engagements à lutter contre le racisme et les obstacles aux soins dans le système de santé, Ottawa propose de soutenir le « Principe de Joyce », une initiative nommée en l’honneur de Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans morte l’an dernier à l’hôpital de Joliette après avoir subi des insultes dégradantes du personnel.

Ottawa promet également d’augmenter le financement des organisations communautaires qui donnent des informations et des services sur les soins de santé sexuelle et reproductive aux populations vulnérables. On prévoit aussi la création d’un nouvel Institut national de recherche sur la santé des femmes.

Camps de travailleurs

Pour répondre aux problèmes de sécurité des femmes autochtones – un thème majeur de l’enquête nationale –, le gouvernement affirme qu’il faut mettre en place une stratégie globale pour faire face aux impacts des camps de travailleurs temporaires situés à proximité des communautés autochtones, bien qu’une telle stratégie ne soit pas promise.

Le fédéral vise plutôt à développer, avec le milieu, des activités visant à atténuer les impacts de ces camps de travailleurs. Ottawa augmentera également le financement pour mettre fin à la traite des personnes et pour soutenir les populations à risque et les survivantes.

Afin de préserver et de soutenir la culture autochtone – ce que les commissaires ont établi comme une mesure clé pour bâtir une communauté, une identité et une protection pour les femmes et les filles autochtones –, Ottawa promet des camps linguistiques et culturels, des programmes de mentors-apprentis et des ressources pour documenter les langues autochtones.

Les investissements et le travail entrepris par Ottawa seront réalisés conjointement avec des plans détaillés également publiés jeudi par une multitude de partenaires du pays, dont les provinces, qui ont travaillé sur leurs solutions en réponse aux 231 recommandations de l’Enquête nationale.

Bon nombre des initiatives proposées sont de nature générale et aucune n’est budgétée. On évoque la nécessité de développer ces initiatives en collaboration avec les communautés autochtones. Mais le gouvernement promet d’établir des indicateurs de performance et de présenter des rapports annuels pour mesurer les progrès à partir du prochain exercice.

Un plan évolutif

Ce Plan d’action national, promis depuis longtemps, constitue en quelque sorte un cadre préliminaire, mais complet, élaboré par de nombreux partenaires, y compris les familles des victimes et des survivantes, les groupes autochtones ainsi que les gouvernements provinciaux et territoriaux. Le document reconnaît qu’il jette principalement les bases d’étapes qui seront éventuellement plus détaillées et chiffrées.

C’est un plan qui est appelé à évoluer avec le temps pour s’adapter aux besoins spécifiques des communautés, a soutenu le premier ministre Justin Trudeau, jeudi matin, en présentant le Plan national aux journalistes. « En d’autres mots, le travail ne s’arrête pas ici, bien au contraire : comme vous me l’avez souvent dit, il reste énormément à faire et je suis absolument d’accord », a-t-il dit.

Le plan prévoit sept prochaines étapes immédiates que tous les partenaires ont convenu de hiérarchiser afin de garantir que le document devienne la base d’un plan plus large pour répondre aux recommandations détaillées de l’Enquête nationale.

Le financement des services de soutien aux survivantes et aux familles est considéré comme la première étape immédiate, ainsi qu’un financement adéquat pour garantir que les survivantes et les familles restent engagées afin de fournir un aperçu et une contribution aux prochaines étapes du Plan d’action national.

Un organisme de surveillance sera également créé pour représenter les intérêts des familles, des survivantes et des communautés autochtones. Il sera habilité à enquêter et à traiter toute plainte de violation des droits ou d’autres préoccupations au fur et à mesure que le travail se poursuivra.

Une stratégie de mise en œuvre plus approfondie du plan sera dévoilée ultérieurement, avec des informations plus spécifiques et des priorités supplémentaires à moyen et long terme qui doivent mener à un changement systémique, espère le gouvernement. On veut aussi mettre sur pied une table fédérale-provinciale-territoriale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, afin de coordonner la collaboration intergouvernementale.

Plus tôt cette semaine, l’Association des femmes autochtones du Canada annonçait qu’elle s’était retirée du travail sur ce Plan d’action national, invoquant un processus fondamentalement biaisé et motivé par des intérêts politiques. L’association a dévoilé mardi son propre plan d’action qui, contrairement à celui publié jeudi, contient des mesures ciblées avec des mécanismes de suivi et des coûts associés.

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