Les compétences traditionnelles pour réduire le chômage des Inuit du Nord canadien

Environ un quart des Inuit âgés de plus de 15 ans participent à l’économie liée aux arts et à l’artisanat. Sur la photo : le sculpteur sur pierre Joseph Suqslaq travaille sur une sculpture d’ours polaire à Gjoa Haven, au Nunavut, le mardi 20 août 2013. (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)

Le taux de chômage chez les Inuit âgés de 15 ans et plus dans l’Inuit Nunangat, la patrie des Inuit du Canada, atteint les 25 %, alors que ce taux ne dépasse pas les 3 % chez les non-Autochtones de la même région.

Cette situation engendre, on l’aura deviné, des disparités dans les revenus entre Inuit et non-Autochtones.

Ainsi, selon le Conference Board du Canada, « dans l’Inuit Nunangat, le revenu médian des Inuit est inférieur de près de 70 000 $ au revenu médian de la population non autochtone. »

Comparativement, « dans l’ensemble du Canada, l’écart médian de revenu entre la population inuit et non autochtone âgée de 15 ans et plus est d’environ 10 000 $. »

Pour remédier à cette situation, plusieurs études sont menées afin de trouver les raisons des différences entre les communautés dans la patrie des Inuit du Canada.

« Ces recherches adoptent une approche qui essaie d’énumérer le manque et le déficit en compétences », explique en entrevue avec Regard sur l’Arctique, Stefan Founier, le directeur des collectivités autochtones et nordiques au Conference Board du Canada.

(Écouter l’entrevue de Samir Bendjafer avec Stefan Fournier)

Contrairement aux autres, son organisation est allée plutôt étudier les compétences traditionnelles des Inuit pour voir si elles « pourraient être appliquées pour réduire le fossé entre Inuit et non-Autochtones sur le marché du travail », ajoute-t-il.

La recherche sur le développement des compétences dans le Nord adoptait, en général, une approche axée sur le déficit des compétences. Ces études ont tendance à s’intéresser au manque et au déficit de compétences associé à l’éducation et à la formation et aux problèmes d’inemployabilité auxquels sont confrontés les habitants du Nord […] Nous voulions voir si le marché du travail pouvait bénéficier des compétences existantes. C’est-à-dire les connaissances et les pratiques traditionnelles et culturelles des Inuit.Stefan Fournier

(Visionner l’entrevue de Samir Bendjafer avec Stefan Fournier)

Stefan Fournier reste optimiste, car selon les conclusions de l’étude de son groupe, l’économie de l’Inuit Nunagat peut bénéficier des compétences, des forces, des connaissances et des pratiques traditionnelles des Inuit.

Les Inuit eux-mêmes expriment le souhait de trouver un équilibre entre la participation au marché du travail conventionnel et les activités traditionnelles.

Il donne l’exemple, entre autres, du secteur des ressources naturelles. « Les connaissances écologiques traditionnelles peuvent être utilisées à des fins de surveillance et d’évaluation de l’environnement », explique-t-il.

Ces compétences et pratiques culturelles traditionnelles peuvent aussi « amener des possibilités d’emploi dans le secteur du tourisme ainsi que dans le secteur de l’art et de l’artisanat ».

Selon le Conference Board du Canada, « l’art joue un rôle important pour les Inuit, tant sur le plan culturel qu’économique, en s’appuyant sur des compétences et des traditions qui enrichissent la culture inuit depuis des millénaires. Les recherches indiquent qu’environ un quart des Inuit âgés de plus de 15 ans participent à l’économie liée aux arts et à l’artisanat, ce qui représente plus de 2700 emplois équivalents temps plein et plus de 87,2 millions de dollars du PIB canadien ».

L’Inuit Nunangat se compose de quatre régions dans le nord du Canada : la région désignée des Inuvialuit qui se situe au nord du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nunavik qui se trouve au nord du Québec et le Nunatsiavut au nord de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le Conference Board du Canada?

C’est un laboratoire indépendant de recherche et de réflexion. « Nous sommes une organisation de recherche appliquée en contraste avec les organisations de recherche académique », affirme Stefan Fournier, directeur du groupe sur les collectivités autochtones et nordiques.

Ce groupe a pour mandat de travailler pour la réconciliation et la sensibilisation du public et de tous les secteurs canadiens aux enjeux autochtones, le maintien d’une présence d’un océan à l’autre y compris dans l’Arctique pour mieux servir les populations autochtones et nordiques et la contribution au renforcement des capacités et à la prise de décision de ces communautés.

Le groupe sur les collectivités autochtones et nordiques se base sur 4 initiatives :

  1. Le Centre pour le Nord : Il constitue une tribune pour les leaders d’opinion et les hauts représentants des secteurs privé, public et sans but lucratif, ainsi que pour les organisations autochtones et les milieux universitaires.
  2. Le Conseil de relation entre les entreprises et les Autochtones : c’est un réseau dans lequel, les organisations autochtones privées et publiques peuvent partager leurs expériences ainsi que les meilleures pratiques dans un environnement de confiance.
  3. Le Centre des compétences futures : c’est un centre de recherche et de collaboration qui se consacre à la réussite sur le marché du travail.
  4. Une ligne de projets personnalisés.

Samir Bendjafer, Regard sur l'Arctique

Samir Bendjafer est détenteur d'un bacalauréat en informatique de l'Université de Bab Ezzouar (Alger) et d'un diplôme en journalisme de l'Université de Montréal. En 1997, il entame sa carrière de journaliste en Algérie en pleine révolution internet dans les journaux , avant le passage au journalisme 2.0 et les médias sociaux. A partir de 2005, Il a travaillé comme correspondant de presse basé à Montréal tout en publiant régulièrement dans les médias locaux montréalais. Sa curiosité et son penchant naturel à aller au-delà des apparences sont à la base de sa passion pour le journalisme.

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