Cet avion, symbole des pensionnats pour Autochtones dans le Grand Nord canadien

Le monument a été repeint par la Ville de Yellowknife en 2020. (Mario De Ciccio/Radio-Canada)

L’avion Bristol Freighter surplombant l’entrée de Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest symbolise le rôle qu’a joué l’aviation dans le développement du Grand Nord canadien, mais c’est aussi un douloureux rappel de son rôle dans le transport des enfants vers les pensionnats pour Autochtones.

C’est le cas d’Ernie Bernhardt, qui se souvient encore très bien de son premier voyage en avion, en 1959, après la fermeture du pensionnat pour Autochtones d’Aklavik, dans le nord du territoire.

Il avait 15 ans lorsqu’il est monté à bord du Bristol Freighter, exploité par Wardair, à destination d’Akaitcho Hall, le pensionnat pour Autochtones de Yellowknife.

« On criait le nom d’une personne et elle embarquait dans l’avion », raconte Ernie Bernhardt.

L’ancien député et maire de la collectivité de Kugluktuk, au Nunavut, se souvient de son voyage dans un avion bruyant plein d’élèves.

La plupart des enfants n’avaient pas le sourire. Ils savaient qu’ils quittaient la maison. Ils auraient pu pleurer, mais personne ne les aurait entendus. L’avion était bien trop bruyant.Ernie Bernhardt, survivant des pensionnats pour Autochtones

Ernie Bernhardt se souvient aussi d’avoir eu peur de quitter Aklavik sans son frère, sa sœur ou la religieuse qui l’a élevé après la mort de sa mère, lorsqu’il avait 10 mois.

« J’ai embarqué dans l’avion et j’ai pleuré pendant plusieurs kilomètres. »

Ernie Bernhardt en compagnie de sa femme, Beatrice. Il pense que le Bristol Freighter devrait demeurer un monument, mais devrait aussi être utilisé pour instruire le public sur l’histoire des pensionnats pour Autochtones. (Chantal Dubuc/Radio-Canada)
Un emblème de l’aviation

Le même avion est, depuis, devenu un emblème de l’aviation dans le Nord à Yellowknife.

Le Bristol Freighter a été acquis de la compagnie Transair, de Winnipeg, par le pionnier de l’aviation canadienne, Max Ward, aussi propriétaire de l’entreprise Wardair en 1957.

Parmi ses voyages notoires, l’avion a transporté à Yellowknife le premier camion de pompiers de la ville en 1957 et a été le premier avion sur roues à atterrir au pôle Nord en 1967.

Parmi ses voyages moins connus, un article du journal local News North, publié en 1970, le décrit comme un autocar transportant à l’école des élèves de différentes collectivités.

En 1968, l’avion a été retiré de la flotte puis transformé en monument symbolisant le rôle de l’aviation dans le façonnement du Nord.

Pour Ernie Bernhardt, l’aéronef représente plutôt un souvenir de son voyage de 1959 et du rôle qu’a joué l’aviation dans le transport d’enfants vers les pensionnats, parfois sans voyage de retour.

Le Bristol Freighter était en mesure de transporter 6 tonnes de cargaison et pouvait embarquer un véhicule ou de l’équipement minier grâce à la grande porte sous la cabine de pilotage. (Henry Busse/NWT Archives)
Le rôle de l’aviation dans le système des pensionnats

Il existe peu de documents historiques sur le rôle qu’ont joué les compagnies aériennes dans le système de pensionnats, mais certains experts estiment qu’elles en étaient une partie intégrante.

« Plusieurs pensionnats pour Autochtones, surtout dans les régions de l’Arctique, n’auraient jamais vu le jour sans les avions pour le transport des enfants », estime le conservateur du Musée de l’aviation royale de l’Ouest canadien à Winnipeg, Davide Montebruno.

La Commission de vérité et réconciliation a eu des difficultés à obtenir des documents officiels sur les vols transportant des enfants vers les pensionnats, note-t-il.

Une équipe de chercheurs autochtones et le Musée espèrent combler ce manque en passant en revue des documents d’archives et les témoignages recueillis par la Commission pour documenter et montrer le rôle de l’aviation dans le système.

Le Musée souhaite ainsi apporter sa contribution dans la réconciliation.

« Le genre d’information que nous avons pu recueillir vient des récits non seulement des élèves, mais aussi des pilotes et, dans certains cas, des agents de bord et d’autres professionnels de l’industrie », explique Davide Montebruno.

Le Bristol Freighter de Wardair surplombe l’entrée de Yellowknife. (Chantal Dubuc/Radio-Canada)
« Certains monuments sont bons »

Aujourd’hui, lorsqu’Ernie Bernhardt passe devant le Bristol Freighter, il ralentit et repense à son voyage.

Ernie Bernhardt souhaite que le monument garde sa place, mais il aimerait qu’il soit utilisé pour sensibiliser les gens à la réalité des survivants des pensionnats.

Certains monuments sont bons, dit-il. C’est un souvenir de ce qu’étaient les choses. Même si cela peut être négatif, cela peut être utilisé pour apprendre.

Selon des informations de Chantal Dubuc

Radio-Canada

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