La géothermie : l’ardente ressource intéresse à nouveau le Grand Nord canadien

La géothermie désigne l’énergie issue de la Terre qui est convertie en chaleur. (Halldor Kolbeins/AFP/Getty Images)
Une équipe de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) basé à Québec s’est rendue à Yellowknife pendant l’été afin de déterminer le potentiel de l’énergie géothermique sur le site aujourd’hui fermé de la mine Con. Ses galeries, d’une profondeur de deux kilomètres, sont inondées.

En collaboration avec la Commission géologique des Territoires du Nord-Ouest, le professeur Jasmin Raymond, accompagné de l’étudiant à la maîtrise Dan Ngoyo Mandemvo, a fait des relevés de mesures afin de déterminer la perméabilité du roc, un facteur important pour déterminer le potentiel géothermique.

« Le mandat de l’étudiant est de développer un modèle mathématique qui va permettre de simuler le pompage de l’eau dans la mine souterraine, l’extraction de chaleur et la réinjection sous terre pour tenter d’évaluer quels sont le potentiel géothermique du site et la quantité maximale d’énergie que l’on pourrait extraire pour distribuer cette énergie dans le système énergétique du quartier », indique le Pr Raymond lors d’une entrevue.

La géothermie n’est pas un sujet nouveau pour les résidents de Yellowknife. En effet, lors d’un référendum, le 14 mars 2011, les résidents de la capitale avaient voté contre le projet d’un système de chauffage pour les édifices du centre-ville à partir des conduites souterraines de l’ancienne mine Con. Le coût du projet et le manque de transparence et de vision à long terme avaient été reprochés à la municipalité qui avait finalement abandonné l’idée.

Aujourd’hui, c’est donc à l’initiative de la Commission géologique des T.N.-O que ce projet d’étude revoit le jour, sur de nouvelles bases. « Nous avons appris du projet précédent qui était complètement différent et maintenant nous revenons à l’essentiel avec ce nouveau projet en essayant de déterminer le potentiel géothermique de la mine », explique Viktor Terlaky, gestionnaire en géosciences à la Commission.

Le modèle mathématique issu des relevés de terrain sera rendu public d’ici le début de l’année prochaine et permettrait de déterminer si oui ou non le potentiel géothermique est suffisant et exploitable. Si les conclusions du rapport sont favorables, une option de rechange au chauffage de bâtiments pourrait voir le jour. Mais en l’absence des conclusions, M. Terlaky refuse d’anticiper toute suite donnée au projet.

Une solution contre le réchauffement climatique?

Comme le rappelle le Pr Raymond, le besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre est criant et la géothermie est une solution parmi d’autres. Si les filières éolienne et solaire sont déjà présentes, à des degrés divers dans les trois territoires, l’énergie géothermique apporte une constance en produisant une énergie de base.

« (La géothermie permet) de produire de l’énergie en continu et c’est plus adapté aux besoins de chaleur et de chauffage. Elle est une ressource énergétique que l’on retrouve de façon locale et qui peut être intéressante pour les communautés nordiques isolées », poursuit-il.

Le Yukon s’intéresse aussi à cette forme d’énergie

Le 4 mars 2021, le gouvernement fédéral a annoncé l’octroi de 2 millions de dollars au gouvernement du Yukon pour l’exploration du potentiel géothermique du territoire. Elle est présentée comme une énergie renouvelable et utile pour réduire les émissions des gaz à effet de serre. Ce projet, s’étalant sur trois ans, est dirigé en partenariat avec la Première Nation Kluane, la Première Nation Liard et le Teslin Tlingit Council.

Les failles Denali dans le massif de Kluane à l’ouest, Teslin et Tintina dans le sud-est du territoire, feront l’objet de travaux exploratoires dès mars 2022. La faille Denali, en particulier, semble prometteuse, car environ 50 % du financement total lui est destiné. Ce projet, qui en est au stade préliminaire, devrait établir si oui ou non la ressource géothermique est présente, mais surtout exploitable de façon viable au Yukon.

En partenariat avec l’INRS, le Pr Raymond et l’un des étudiants de l’organisme manœuvreront une foreuse jusqu’à 1,5 km de profondeur. Si les attentes en matière de production de chauffage sont bien présentes du côté du gouvernement du Yukon, il en reviendra néanmoins aux Premières Nations de décider quand et comment elles voudront aller de l’avant avec la géothermie.

Nelly Guidici, L'Aquilon

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