Un policier qui avait tué un jeune Inuk en 2016 dans le Grand Nord canadien s’excuse

Charles Qirngnirq sur une photo de famille non datée. (Photo fournie par la famille de Charles Qirngnirq/La Presse Canadienne)

L’agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui a abattu un homme armé en 2016 dans la communauté de Gjoa Haven affirme regretter les conséquences de son geste, tout en défendant ses actions.

Le caporal Ian Crowe a fini de témoigner mercredi dans l’enquête du coroner sur la mort de Charles Qirngnirq, survenue le 19 décembre 2016 dans le hameau de Gjoa Haven, sur l’île du roi Guillaume.

M. Crowe affirme qu’il est toujours difficile pour lui de parler de cette journée et qu’il l’a très peu évoquée depuis qu’il a fait l’objet d’une enquête de la part de la police d’Ottawa, qui enquête sur tous les incidents qui se produisent au Nunavut. Cette dernière avait conclu que le policier ne devait pas faire l’objet de poursuites criminelles à la suite de ses gestes.

« Je suis désolé pour mes actions et j’aimerais pouvoir revenir en arrière », a affirmé Ian Crowe.

Un jury a entendu que Charles Qirngnirq se trouvait à l’extérieur de l’aéroport du hameau avec un fusil et qu’il était contrarié par le fait que sa petite amie et son fils partaient vers la communauté de Kugaaruk, toujours au Nunavut. La police avait reçu des signalements au cours de la journée indiquant que l’homme de 21 ans était suicidaire.

M. Crowe et sa conjointe, Tanya Kellogg, les deux seuls agents en service dans le hameau ce jour-là, ont tous les deux affirmé que M. Qirngnirq avait pointé son arme sur eux. Ils ont ajouté qu’ils avaient peur pour leur vie et la sécurité de la communauté.

Alors que les avocats du coroner et de la famille du défunt font valoir que sa mort est un homicide, l’avocat de la GRC soutient qu’il s’agit d’un suicide.

M. Crowe, qui, en 2016, était en service depuis huit ans, dont 18 mois au Nunavut, a affirmé avoir arrêté Charles Qirngnirq par le passé et que tous les deux n’avaient pas toujours eu des interactions amicales.

Une menace pas immédiate

Le jour de l’incident, explique l’agent de la GRC, sa conjointe et lui avaient arrêté leur véhicule de fonction à environ 150 mètres du jeune homme, près de l’aéroport. Ian Crowe est alors sorti armé d’une carabine et s’est accroupi derrière l’avant du véhicule. Il a dit qu’il pensait pouvoir mieux voir Charles Qirngnirq à travers la lunette de l’arme.

« Une partie de moi a complètement oublié ce que cela impliquait de saisir la carabine et de regarder dans la lunette. (…) J’espérais tout mieux évaluer, mais cela n’a pas été le cas », a-t-il dit.

Dans son témoignage, il a affirmé que l’homme en face de lui avait crié qu’il voulait mourir. Les deux agents de police ont également ajouté que Charles Qirngnirq ne s’était rendu compte de leur présence que quelques instants avant d’être abattu.

Charles représentait une menace pour nous, mais elle n’était pas immédiate.

« J’étais autorisé à utiliser la force létale (…). Par définition, j’aurais pu l’abattre immédiatement », a précisé l’agent.

À un moment donné, a affirmé le policier, il lui a semblé que l’homme pointait son fusil dans leur direction. Ian Crowe a alors tiré sur M. Qirngnirq, qui s’est écroulé. Il y avait deux balles près du fusil que la victime tenait, mais l’arme n’était pas chargée, a dit l’enquête plus tard.

M. Crowe a expliqué qu’il pensait que les intentions de Charles Qirngnirq étaient de tuer sa petite amie, puis de s’enlever la vie, en raison de la présence des deux balles.

Charles Qirngnirq en compagnie de son arrière-grand-mère sur une photo de famille non datée.
(Photo fournie par la famille de Charles Qirngnirq/La Presse Canadienne)

Cette thèse est réfutée par Sheldon Toner, l’avocat du coroner du Nunavut, qui a fait valoir que les deux balles étaient destinées à un autre calibre de fusil.

Lors de l’enquête, une infirmière qui travaille au centre de soins de santé de la communauté et qui a traité Charles Qirngnirq a également affirmé à la police avoir demandé à ce dernier pourquoi il portait une arme et si c’était pour tuer sa petite amie.

« Pas pour la tuer, mais juste pour la garder auprès de moi », lui aurait-il répondu.

Charles Qirngnirq a par la suite été transporté au centre de santé, mais il est mort avant d’avoir pu être héliporté vers un hôpital. L’autopsie a révélé qu’il était mort d’une blessure par balle au bassin et que son alcoolémie était de 0,07. La limite légale pour la conduite automobile est de 0,08.

Inquiétudes face aux réactions de la communauté

Ian Crowe a aussi expliqué pendant l’enquête qu’après l’incident il s’inquiétait pour sa sécurité.

« Une fois qu’ils ont appris qu’un homme blanc, un agent de police, avait tiré sur un Inuk de la communauté, je me suis inquiété des informations transmises et de ce qui pouvait se passer », a-t-il raconté.

Ian Crowe a également affirmé que, dans l’exercice de ses fonctions, il avait mis en joue des individus armés au moins deux dizaines de fois, mais qu’il n’avait jamais tiré avant de se retrouver face à Charles Qirngnirq.

L’agent travaille toujours au Nunavut à ce jour.

Avec les informations de La Presse canadienne

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