Décès de l’archéologue Jacques Cinq-Mars, le découvreur des grottes Bluefish dans le Grand Nord canadien

Jacques Cinq-Mars est venu de nombreuses fois au Yukon, près d’Old Crow, pour étudier les grottes Bluefish. Il est décédé le 27 novembre. (Éric Cinq-Mars)
L’archéologue Jacques Cinq-Mars, qui s’est fait connaître dans le monde entier après ses découvertes dans les grottes Bluefish, dans le nord du Yukon, est décédé. Ses recherches lui avaient permis de postuler que les premiers êtres humains étaient arrivés sur le continent américain 10 000 ans plus tôt que ce que croyait la communauté scientifique.

« C’est quelqu’un qui aimait partager, c’était un bon vivant, c’est quelqu’un qui appréciait énormément la bonne compagnie et les bonnes conversations », raconte son fils Éric Cinq-Mars.

Jacques Cinq-Mars est décédé le 27 novembre. Originaire de Longueuil, au Québec, il aura effectué une bonne partie de ses recherches archéologiques au Yukon, et il sera associé pour toujours aux grottes Bluefish, non loin d’Old Crow, dans le nord du territoire.

Ses fouilles archéologiques, commencées dans les années 1970, lui ont permis de découvrir des fossiles portant, selon lui, des traces d’outils façonnés.

Après avoir utilisé la technique de la datation au carbone 14, Jacques Cinq-Mars et sa petite équipe en ont surpris plus d’un en annonçant que des êtres humains se trouvaient déjà dans ce qui était alors la Béringie il y a 24 000 ans, soit pendant la dernière ère glaciaire.

Le consensus de l’époque voulait que les premiers êtres humains à arriver sur le continent soient la culture Clovis, il y a environ 13 500 ans. La découverte de M. Cinq-Mars a donc eu du mal à passer auprès de la communauté scientifique.

Après ses découvertes dans les grottes Bluefish, Jacques Cinq-Mars a fait l’objet de critiques du monde scientifique, qui ne voulait pas croire que les premiers êtres humains à être arrivés en Amérique avaient traversé la Béringie il y a 24 000 ans. (Éric Cinq-Mars)

« Parce que cela allait à l’encontre du paradigme de l’époque, il a été sévèrement critiqué », se souvient l’archéologue Ruth Gotthardt, du gouvernement du Yukon.

Aujourd’hui à la retraite, elle se rappelle très bien cette époque parce qu’elle faisait partie de l’équipe mise sur pied par Jacques Cinq-Mars pour l’assister dans ces fouilles. Elle était alors étudiante en archéologie.

Même si elle avoue avoir eu un peu peur de lui au début, elle se rappelle surtout ses très nombreuses connaissances, que loue aussi Éric Cinq-Mars. « Mon frère et moi, on a toujours été en admiration devant le travail de mon père, c’était une grosse tête, quelqu’un qui avait énormément de savoir. »

« Le premier à embaucher des femmes »

Mme Gotthardt tient aussi à mettre en lumière le féminisme d’avant-garde de Jacques Cinq-Mars. Dans les années 1970, il était extrêmement rare qu’une femme se rende à ces latitudes pour faire des fouilles, à cause des conditions difficiles liées au manque des commodités d’usage, note-t-elle.

« Il était le premier à embaucher des femmes pour aller faire du travail de terrain », explique-t-elle, ajoutant qu’il embauchait les étudiantes parce qu’elles avaient de meilleures notes dans ses classes.

Elles n’étaient pas les seules à l’accompagner durant ses fouilles près d’Old Crow, puisque le fils de l’archéologue assure que son père mettait un point d’honneur à impliquer les habitants du coin.

De nombreuses fouilles archéologiques ont eu lieu près du village d’Old Crow, dans le nord du Yukon. (Radio-Canada)

C’est ce que confirme William Josie, un membre de la Première Nation Vuntut Gwitchin, qui a rencontré Jacques Cinq-Mars au début des années 1970. M. Josie était alors âgé de 12 ou 13 ans.

« [L’équipe de Jacques Cinq-Mars] a embauché des aînés et des jeunes comme nous. Nous avons appris pas mal de choses d’eux, et ça nous a intéressés à l’éducation. »William Josie, membre de la Première Nation Vuntut Gwitchin

Il affirme que le travail de M. Cinq-Mars a même dépassé les frontières de l’archéologie puisqu’il a également aidé les Vuntut Gwitchin pendant les négociations sur leurs revendications territoriales, chaque bout de terre étant négocié en fonction de son potentiel d’exploitation.

« Notre peuple, nous avons pris moins d’argent pour plus de terres […] Et vous savez, les aînés de l’époque ont dit que nous ne le regretterions pas et nous ne le regrettons certainement pas aujourd’hui. »

Il se souviendra de Jacques Cinq-Mars comme étant ce qu’il appelle « un Frenchman passionné ».

Avec des informations de Leonard Linklater

Laureen Laboret, Radio-Canada

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