Le secteur canadien du renseignement fait face aux changements climatiques

Des migrants se réfugient le long du pont international de Del Rio, au Texas, le 19 septembre 2021. Cet automne, le gouvernement américain a averti que des dizaines de millions de personnes seraient probablement déplacées d’ici 2050 en raison des changements climatiques. (Adrees Latif/archives/Reuters)
Alors que les changements climatiques menacent de plus en plus la sécurité nationale du Canada, les services de renseignement s’y intéressent, mais le pays demeure mal préparé, selon des acteurs du milieu.

Depuis sa création lors de la guerre froide, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) s’est principalement occupé de trois types de menaces : le terrorisme, l’espionnage, et l’ingérence étrangère dans la politique intérieure et les affaires.

Aujourd’hui, le SCRS doit également faire face aux changements climatiques.

C’est quelque chose qui aura un impact profond sur les Canadiens et notre sécurité nationale. Je pense que c’est important que nous occupions cet espace, a déclaré Tricia Geddes, directrice adjointe des politiques du SCRS, lors d’une conférence le mois dernier.

Vincent Rigby, qui jusqu’à récemment conseillait le premier ministre Justin Trudeau sur la sécurité nationale, explique que les changements climatiques représentent une menace cumulative. Un seul glissement de terrain ne menace pas la sécurité nationale – mais des inondations dont la sévérité augmente chaque année, oui.

C’est une menace pour notre économie. C’est une menace pour notre tissu social jusqu’à un certain point, et c’est une menace pour notre façon de déployer nos ressources.Vincent Rigby, employé au Centre d'études stratégiques et internationales de Washington

Les changements climatiques sont aussi susceptibles de causer de l’instabilité géopolitique et des migrations de masse.

Cet automne, le gouvernement américain a averti que des dizaines de millions de personnes pourraient être déplacées en raison des changements climatiques d’ici 2050 – environ 143 millions de personnes en Asie du Sud, en Afrique subsaharienne et en Amérique latine seulement.

« Plus le temps passe, plus nous verrons de conflits concernant l’eau, par exemple », illustre M. Rigby, qui travaille maintenant pour le Centre d’études stratégiques et internationales de Washington.

L’Arctique convoité

En Arctique, des rivaux géopolitiques cherchent à prendre le contrôle des ressources de la région à mesure que la glace se retire.

« Il y aura plus de compétition concernant les minéraux, les hydrocarbures, la pêche. Des pays comme la Chine sont de plus en plus intéressés par la région. La Russie y voit également des opportunités, évidemment », selon M. Rigby.

Mme Geddes dit que le SCRS doit investir pour comprendre ces éléments, notamment en embauchant ses propres experts du climat.

Un sous-marin nucléaire russe faisant surface en brisant la glace arctique, en mars 2020. (Associated Press)

Le Centre de la sécurité des télécommunications (CST), l’agence d’espionnage électronique du Canada, dit aussi avoir un rôle à jouer.

« Alors que les changements climatiques continuent d’avoir un impact partout dans le monde, nos perspectives stratégiques et nos renseignements vont continuer d’avoir de la valeur pour les partenaires gouvernementaux et les décideurs », indique le porte-parole Evan Koronewski.

Simon Dalby, qui est professeur de géographie et d’études de l’environnement à l’Université Wilfrid Laurier, étudie les liens entre changements climatiques, sécurité environnementale, et géopolitique. Selon lui, la stratégie de sécurité nationale du Canada a grand besoin d’une mise à jour prenant en compte les changements climatiques.

« Les vulnérabilités de notre société sont exposées par la météo plus extrême, et nous ne sommes pas prêts », dit-il.

« Nous sommes dans une situation où nous devons repenser de fond en comble nos vulnérabilités par rapport aux changements climatiques, mais aussi quelle sorte d’économie nous mettons sur pied qui ne nous laissera plus vulnérables. »

Le Canada manque de préparation, selon un expert

Plus tôt ce mois-ci, le groupe de réflexion du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI) a publié un rapport appelant Ottawa à repenser son approche de la sécurité nationale afin de faire face aux menaces émergentes.

Il recommande au gouvernement fédéral de mettre sur pied un nouveau comité sur la sécurité nationale, présidé par le premier ministre, qui recevrait des contributions des ministères de la Sécurité publique, de la Défense, et des Affaires mondiales.

« C’est le genre de planification à long terme dont nous avons clairement besoin, plutôt que de se précipiter chaque fois qu’il y a une urgence parce que nous continuons de nous faire prendre sans préparation », soutient le professeur Dalby, cité dans le rapport du CIGI.

Au sud, le directeur américain du renseignement national a publié une évaluation sur les changements climatiques en octobre, concluant qu’ils « exacerberont de plus en plus les risques pour la sécurité nationale des États-Unis à mesure que les impacts physiques augmentent et que les tensions géopolitiques montent ».

Des soldats canadiens déployés en Colombie-Britannique, en réponse aux inondations records de novembre. (Maggie MacPherson/archives/CBC)

Cet avertissement faisait partie d’une série de documents publiés par le Conseil de sécurité nationale des États-Unis et les départements de la sécurité intérieure et de la défense. C’était la première fois que ces agences se réunissaient pour avertir les décideurs politiques des implications des changements climatiques sur la sécurité.

Pour M. Rigby, la communauté du renseignement du Canada doit « relever son jeu » pour évaluer le danger présenté par les changements climatiques, à court et à long terme.

« Le renseignement moderne est essentiellement fait d’analyses et d’évaluations, en utilisant des sources ouvertes et en examinant les grandes tendances », explique-t-il.

« Je ne suis pas sûr que nous en fassions assez au Canada en ce moment. »

Avec les informations de Murray Brewster, Catharine Tunney, et la Presse canadienne

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