Un consulat canadien au Groenland, pour quoi faire?

Le Canada inaugure vendredi son tout premier consulat au Groenland. C’est un geste symbolique, dans un contexte géopolitique tendu en raison des visées américaines sur cette île semi-autonome du Danemark. Mais qu’est-ce que le Canada cherche à démontrer en ouvrant cette nouvelle mission diplomatique?
Même s’il s’agit d’une petite mission – le Groenland ne comptant pas plus de 56 000 habitants –, le Canada a envoyé sur l’île arctique la gouverneure générale, Mary Simon, et la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, pour assister à la cérémonie d’ouverture officielle.
C’est parce que le nouveau consulat à Nuuk, la capitale groenlandaise, reflète la priorité qu’accorde le Canada à l’Arctique, une région qui suscite un intérêt croissant, non seulement chez le président américain Donald Trump, mais aussi chez les superpuissances rivales que sont la Russie et la Chine.
Pour démontrer que le Canada est prêt à s’engager à jouer un rôle accru dans l’Arctique, un bateau de la garde côtière est d’ailleurs actuellement accosté au quai de Nuuk. Le brise-glace Jean Goodwill sert de décor à l’opération diplomatique.
Cette mise en scène, elle n’était pas planifiée. Mais le hasard a voulu que l’équipage termine sa mission de surveillance au moment prévu de l’inauguration. La capitaine du navire, Catherine Lacombe, se réjouit de cette coïncidence.
« C’est très important d’avoir une présence dans l’Arctique, parce que l’Arctique est en train de grandir et de devenir un peu plus accessible, rappelle-t-elle. C’est un honneur et un privilège de pouvoir être ici. »

Pour l’ancienne ambassadrice du Canada auprès des Nations unies Louise Blais, en ouvrant son consulat à Nuuk, le Canada veut envoyer un message clair
aussi bien à ses alliés qu’à ses adversaires.
Deux souverainetés mises à rude épreuve
L’ouverture du consulat, avec les tensions actuelles, marque un tournant dans la relation entre le Groenland et le Canada.
La ministre groenlandaise des Ressources naturelles, Naaja Nathanielsen, croit que le Canada est en mesure de comprendre les menaces auxquelles fait face l’île : « Nous sommes aussi solidaires du Canada, qui est aussi menacé. »

Le directeur de l’Observatoire de la politique et de la sécurité de l’Arctique de l’École nationale d’administration publique (ENAP), Mathieu Landriault, est du même avis : l’Arctique canadien pourrait subir la même pression que le Groenland.
« Les mêmes arguments fallacieux sur la présence chinoise ou russe pourraient être utilisés contre le Canada par les États-Unis », explique-t-il.
M. Landriault invite ainsi Ottawa à suivre attentivement les négociations qui se déroulent actuellement entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis. « Ma crainte est que les concessions accordées aux États-Unis au Groenland soient ensuite exigées du Canada par Washington », précise-t-il.

Un moment de solidarité
L’inauguration du consulat est également hautement symbolique pour les communautés inuit du Canada et du Groenland. Près de 90 % des habitants de l’île arctique sont inuit.
En plus de la gouverneure générale Mary Simon, qui est originaire du Nunavik, une délégation inuit a fait le voyage vers Nuuk pour démontrer son soutien aux revendications du droit à l’autodétermination du peuple groenlandais.
Jean-Claude Latraverse fait partie de la délégation. Selon lui, les Inuit du Canada se sentent liés au Groenland, à ses défis et à ses batailles.
« C’est notre indépendance [comme peuple] […] de pouvoir arrêter d’exploiter des ressources juste pour exploiter des ressources, parce que, dans le fond, c’est ce qu’il [Donald Trump] veut. Ce n’était pas une question de sécurité, c’est pour exploiter les ressources », dit-il.

La principale organisation inuit du Canada mettait d’ailleurs de la pression sur Ottawa depuis longtemps pour ouvrir un consulat à Nuuk.
Même si l’inauguration de ce nouveau consulat ne découle pas juste des récentes menaces américaines, ces dernières ont tout de même mis de la pression sur Ottawa, croit le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed.
La course aux minéraux critiques
Parallèlement à cette opération diplomatique se dessine une mission économique.
Tout juste avant de se rendre à Nuuk, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, s’est arrêtée dans la capitale danoise, Copenhague, où elle a discuté avec des représentants de l’entreprise canadienne Greenland Ressources.

La compagnie minière basée à Toronto a obtenu du gouvernement groenlandais une licence d’exploitation et espère amasser le financement nécessaire pour commencer la construction d’une mine d’ici un an.
« Nous espérons trouver des investissements qui nous permettront de commencer à construire la mine dans un an environ. Ensuite, la mine sera prête à fonctionner dans quatre ou cinq ans », explique Nauja Bianco, membre du conseil d’administration de Greenland Ressources.
Un texte de Valérie Gamache et de Rania Massoud avec la collaboration de Marie Chabot-Johnson
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