Les Inuit incertains de leur place dans la vision du premier ministre canadien

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) Natan Obed, dit que collaborer avec le gouvernement libéral, c’est comme participer à l’émission « Dans l’œil du dragon ».
Le chef inuit s’ennuie du gouvernement de Justin Trudeau. Quand celui-ci était au pouvoir, les communautés inuit pouvaient présenter des politiques et s’attendre à un engagement et à une décision, selon lui.
Or, les projets présentés sous le gouvernement Carney doivent maintenant faire l’objet d’une étude indiquant la possibilité d’un bénéfice économique.
« L’examen de toutes nos politiques sociales […] se fait désormais sous l’angle de la rentabilité pour l’État canadien et de savoir si chaque dollar investi par le gouvernement du Canada génère un rendement », critique Natan Obed.
Les chefs et les communautés inuit se préparaient à de nouvelles relations avec le gouvernement fédéral avant même les dernières élections générales, craignant une victoire des conservateurs.
Toutefois, quand Mark Carney est arrivé au pouvoir et qu’il a continué à parler de réconciliation comme son prédécesseur, les chefs inuit n’étaient pas prêts à la décision soudaine du gouvernement de faire de l’Arctique une priorité militaire.

« Il est difficile de déterminer quelle est notre place alors que le partenariat ne semble pas avoir changé en surface, mais que, structurellement, de nombreux éléments essentiels au maintien de la relation ont été remplacés », explique-t-il.
Les Inuit ont une relation particulière avec le fédéral. Leurs territoires s’étendent sur l’Arctique, une région géopolitiquement vitale et vulnérable qui couvre environ 40 % du territoire canadien, dont une grande partie de son littoral.
Natan Obed affirme que les Inuit ont largement été exclus des discussions concernant la sécurité de l’Arctique et qu’il y a peu de progrès dans les objectifs sociaux fixés par le gouvernement Trudeau, comme l’éradication de la tuberculose dans les territoires d’ici 2030.

Rebecca Alty, ministre des Relations Couronne-Autochtones, conteste l’affirmation selon laquelle le fédéral laisserait les considérations économiques primer sur toutes les autres, dans ses relations avec les communautés autochtones.
« Nous restons concentrés sur l’ensemble des besoins […] Il ne s’agit pas seulement de grands projets. Nous avons besoin de communautés complètes, par le biais des programmes sociaux, des infrastructures, du logement, de l’eau ou des installations récréatives », précise la ministre fédérale.
La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, ajoute pour sa part que l’objectif du gouvernement fédéral est de « renforcer les capacités » dans les communautés autochtones.
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