Comprendre les Jeux d’hiver de l’Arctique

Plus de 2000 personnes sont à Whitehorse cette semaine pour les Jeux d’hiver de l’Arctique. (Félix Lebel/Radio-Canada)

Des milliers de jeunes du Nord sont rassemblés cette semaine à Whitehorse pour célébrer le sport et la culture aux Jeux d’hiver de l’Arctique. Mais, au-delà des ulus d’or, d’argent et de bronze, que sont ces Jeux?

C’est quoi?

Les Jeux d’hiver de l’Arctique comptent parmi les plus grands rendez‑vous sportifs et culturels du nord circumpolaire. Cette compétition rassemble de jeunes athlètes depuis sa création en 1970. Elle a eu lieu tous les deux ans jusqu’à ce que la pandémie de COVID-19 entraîne l’annulation de l’édition de 2020 et bouleverse le calendrier.

Cette semaine, environ 2000 jeunes, entraîneurs, officiels et personnel de mission se retrouvent à Whitehorse. Les participants viennent du nord du Canada, de l’Alaska, du Groenland et du nord de la Scandinavie.

Des athlètes de l’équipe Nunavik se préparent à prendre place dans la parade qui les mènera à la cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver de l’Arctique. (Sarah Xenos/Radio-Canada)

La plupart ont entre 12 et 19 ans.

Selon Christine Dallaire, professeure à l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa, les Jeux vont au-delà de la performance : ils favorisent le développement des jeunes et des communautés ainsi que les échanges entre les régions du nord.

Elle les décrit comme un « grand festival jeunesse », où s’amuser et nouer des amitiés comptent plus que de gagner à tout prix.

Pour le président du Comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique, John Rodda, les Jeux « sont un outil très précieux pour l’éducation des jeunes du Nord » et leur « donnent les moyens de devenir de bons citoyens, attentifs et conscients de ce qui se passe autour d’eux ».

Des athlètes de l’équipe Nunavik se préparent à prendre place dans la parade qui les mènera à la cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver de l’Arctique. (Sarah Xenos/Radio-Canada)

Les Jeux ont été organisés dans plusieurs villes du Nord canadien et de l’Alaska, avec quelques éditions en Alberta, au Groenland, au Nunavut et au Québec.

Whitehorse les accueille pour la septième fois, sans compter l’édition 2020 qui y était prévue.

La cérémonie d’ouverture a eu lieu dimanche et la cérémonie de clôture se tiendra le 14 mars.

Le président du comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique, John Rodda. (Félix Lebel/Radio-Canada)

Comment cela a-t-il commencé?

Les premiers Jeux d’hiver du Canada ont eu lieu en 1967. L’écart de performance entre les athlètes nordiques et leurs homologues du sud, mieux équipés et soutenus, se fait alors sentir.

Cal Miller, conseiller financier de l’équipe du Yukon, remarque la déception et propose la création de Jeux propres au Nord – ce qu’il qualifie de « meilleure idée depuis l’invention du 7 Up ».

Cal Miller a été intronisé au Temple de la renommée des sports du Yukon en 1980. Il est reconnu comme celui qui a eu l’idée de Jeux propres au Nord. « Ce serait difficile de trouver un sport au Yukon auquel Cal Miller n’ait pas contribué », peut-on lire sur le site web de l’organisme. (Marie-Soleil Desautels/Radio-Canada)

De fil en aiguille, et avec le soutien notamment du commissaire des Territoires du Nord-Ouest, Stuart Hodgson, et du gouverneur de l’Alaska, Walter Hickel, la Corporation des Jeux d’hiver de l’Arctique voit le jour en 1968. Son nom a par la suite changé pour Comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique.

Yellowknife accueille en 1970 la première édition des Jeux, avec environ 500 athlètes du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et de l’Alaska.

Selon John Rodda, même après un demi-siècle, les Jeux demeurent pertinents. « Ils sont là pour rester », affirme-t-il.

Cette année, huit équipes seront présentes aux Jeux d’hiver de l’Arctique, à Whitehorse. (Radio-Canada)

Qui participe?

Au fil des éditions, les Jeux ouvrent leurs portes à d’autres délégations. Ils accueillent aujourd’hui des participants de huit équipes, venant du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et de l’Alaska, ainsi que du Nord de l’Alberta, du Nunavut, du Nunavik, du Groenland et de la région du Sápmi (Norvège, Suède et Finlande).

Des athlètes de certaines régions de la Russie ont participé dès les années 1990, mais la délégation a été suspendue en 2022 après l’invasion de l’Ukraine.

Le Comité international compte des membres permanents et des membres invités (Sápmi et Russie). Ceux qui sont permanents peuvent voter au comité et inscrire plus d’athlètes dans davantage de sports.

Cette année, l’équipe Nunavik‑Québec participe pour la première fois comme membre permanent. « C’est une grande étape », dit Emma Kane, cheffe adjointe de mission de l’équipe.

Chaque délégation est limitée à environ 360 personnes.

Le Ténois Chris Stipdonk lors de son épreuve de saut sur les jointures aux 26es Jeux d’hiver de l’Arctique, à Wood Buffalo, en Alberta. (Photo d’archives : Evan Mitsui/Radio-Canada)

Quels sont les sports?

Ces Jeux se distinguent d’autres compétitions au Canada par la place qu’occupent les cultures autochtones, comme l’explique Christine Dallaire. En plus d’une vingtaine de disciplines « du type olympique », dit-elle, ils ont rapidement intégré des sports arctiques et, dès 1990, des jeux dénés.

On y retrouve ainsi des disciplines comme le badminton, le basketball, le ski alpin, la raquette, la gymnastique, le hockey ou le patinage artistique, ainsi que des sports traditionnels de l’Arctique, comme le coup de pied simple, le bras de fer et le saut sur les jointures, et des jeux dénés, comme la traction du doigt, le serpent à neige et les jeux de mains.

« Il y a une forte représentation des jeunes des communautés autochtones », ajoute Christine Dallaire.

Une médaille des Jeux d’hiver de l’Arctique, nommée ulu. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

Quelle est la place de la culture?

Les Jeux proposent aussi un riche programme culturel où les villes hôtes et les délégations mettent en valeur les arts, les traditions nordiques et autochtones, à travers spectacles, ateliers et activités éducatives.

Depuis 1980, ils réunissent de jeunes talents sportifs et artistiques, qui présentent du chant, de la danse ou de la musique. Ce volet culturel « permet d’élargir à des jeunes au-delà du sport », dit Christine Dallaire.

Les Jeux ont été organisés à deux reprises au Groenland, dont une fois conjointement avec Iqaluit, au Nunavut. (Photo d’archives : Nick Murray/Radio-Canada)

À vos épinglettes!

L’échange d’épinglettes durant les Jeux est « l’autre sport », affirme John Rodda. Chaque édition et délégation produit ses propres modèles, que jeunes et adultes collectionnent.

John Rodda admet en riant qu’il a « des valises remplies d’épinglettes ».

Il soutient que les jeunes se connectent non seulement sur les terrains de sport, mais aussi au centre d’échange d’épinglettes.

Ils s’y font des amis, créent des souvenirs, rapportent des épinglettes, discutent entre eux et apprennent à se connaître.John Rodda, président du Comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique

Non seulement elles constituent des souvenirs, mais les épinglettes symbolisent les liens tissés entre participants. Certains vont aussi échanger leurs uniformes, une fois les compétitions terminées.

L’échange d’épinglettes est assez important pour qu’un endroit avec des tables soit réservé à cette activité. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

Ulu et trophée Hodgson

Les ulus d’or, d’argent et de bronze sont des médailles remises aux athlètes, dont le nom et la forme viennent du couteau traditionnel inuit.

Le trophée Hodgson, offert en 1978 par le commissaire Stuart Hodgson, récompense pour sa part la délégation qui incarne le mieux la philosophie des Jeux et l’esprit sportif.

Oeuvre d’art inuit, il présente une défense de narval sur une base en stéatite (pierre de savon), sur laquelle repose une sculpture de morse et d’ours. Il est exposé au Canada Games à Whitehorse, et la délégation en reçoit une photo ainsi qu’une épinglette spéciale.

Les Jeux d’hiver de l’Arctique ne sont pas seulement des compétitions, mais aussi une mise en valeur des cultures autochtones. (Félix Lebel/Radio-Canada)

2029, 2032 et…?

Après 2026, les Jeux auront lieu tous les trois ans jusqu’en 2032, après quoi « on reviendra au cycle habituel de deux ans », affirme John Rodda.

Il explique qu’il n’y avait pas de ville prête à être hôte en 2028 et que ce changement laisse plus de temps aux villes pour s’organiser, notamment au Nunavut et au Groenland, où des « infrastructures sont en cours d’amélioration ».

La prochaine édition se tiendra en 2029. La ville hôte sera confirmée après une sélection du Comité international.

Un article de Marie-Soleil Desautels

Radio-Canada

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