La géopolitique s’invite aux Jeux d’hiver de l’Arctique

La politique s’est invitée de manière inattendue aux Jeux d’hiver de l’Arctique à Whitehorse : un avion de chasse CF-18 canadien a déchiré le ciel en survolant la cérémonie d’ouverture dimanche, tandis que les hymnes nationaux des pays invités ont été réduits au silence.
La cérémonie rassemblait les 2000 participants des huit équipes du Nord circumpolaire, en plus d’officiels et de centaines de spectateurs.
Si des avions militaires survolent des événements sportifs ailleurs dans le monde, ce serait presque du jamais vu dans le Nord canadien.
Zach Zimmermann, un expert en sécurité de l’Arctique qui a grandi à Whitehorse, et qui a remporté le bronze en tennis de table aux Jeux d’hiver de l’Arctique en 2016, y voit un message d’Ottawa.
« Le Canada essaie de montrer qu’il a une présence militaire ici », estime-t-il. « Je ne vois vraiment pas comment on pourrait interpréter ça autrement. »
Cette démonstration se manifeste aussi au sol : le Canada prévoit de nouvelles infrastructures militaires dans le Nord et continue d’y affirmer sa souveraineté avec des opérations militaires annuelles.
Les Jeux se tiennent également dans un contexte marqué par la volonté du président américain Donald Trump de s’emparer du Groenland, face à laquelle plusieurs pays, dont le Canada, ont réagi avec émoi.

De quoi pousser les organisateurs à ne jouer que l’hymne canadien durant les Jeux.
La présidente de la Société hôte des Jeux, Tracey Bilsky, explique que cette mesure visait à prévenir tout incident et à éviter que les jeunes athlètes voient leur hymne contesté ou hué. « On la ressent, cette tension géopolitique », poursuit-elle.
Ce n’est pas la première fois que des décisions politiques touchent ces Jeux. Le Yamal, une région autonome en Russie, devait les accueillir cette année, mais le Comité international des Jeux a suspendu la délégation à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Sommet géopolitique informel
Plusieurs diplomates sont également à Whitehorse, où leur concentration atteint un rare niveau pour cette compétition et dépasse le simple cadre sportif.
Les ambassadeurs de cinq pays nordiques européens (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède) sont sur place pour soutenir les athlètes, mais aussi pour une table ronde sur la sécurité et sur la résilience dans l’Arctique, similaire à ce qui avait été fait en janvier à Yellowknife.
Jacob Isbosethsen, chef de la représentation du Groenland aux États‑Unis et au Canada et basé à Washington, les accompagne. Il a décliné une demande d’entrevue, affirmant être là pour « encourager les athlètes talentueux du Groenland ».
Ensemble, ils devaient rencontrer le premier ministre du Yukon ainsi que des chefs de Premières Nations.
L’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, est aussi en ville pour s’entretenir avec le gouvernement yukonnais et des leaders d’affaires.
« Ce n’est pas un hasard si tout ça se produit pendant les Jeux d’hiver de l’Arctique », croit l’expert Zach Zimmermann. « De manière générale, cela montre que le sport n’est jamais à l’abri de la politique. »
Au menu des discussions diplomatiques : sécurité nationale, minéraux critiques, énergie et relations internationales, notamment.
Trump et le Groenland, un sujet sensible
Les menaces de Trump préoccupent des jeunes de l’équipe danoise, qui participe pour la première fois sous son nom groenlandais, Kalaallit Nunaat.
« L’histoire de notre spectacle raconte cette situation », dit Ayla Larsen, membre de la délégation culturelle. « Ça parle de notre paix qui nous a été enlevée. C’est ce qu’on ressent. Un jour, tout était calme, comme toujours. Et le lendemain, il y avait des journalistes partout. »

Pour la cheffe de mission de l’équipe de l’Alaska, Sarah Frampton, l’important est que les Jeux ne deviennent pas un terrain de confrontation politique, que le respect prime et que l’on s’élève au-dessus de toute négativité.
Elle rappelle que l’accent doit être mis sur les jeunes, car « on est ici pour eux ».
Le président de la Fédération sportive du Groenland, Claus Nielsen, qui participe aux Jeux depuis un quart de siècle, se désole du retrait des hymnes.
Il est d’avis que la politique ne doit pas être mêlée aux Jeux.
« On est ici pour le sport et pour la compétition », dit-il, en ajoutant que les Jeux rapprochent les participants et que c’est un endroit pour se faire des amis, pour découvrir de nouvelles mentalités et des cultures.
« Laissons la politique aux politiciens », affirme-t-il.
Un article écrit par Marie-Soleil Desautels avec des informations de Chris Windeyer et de Chloé Dioré de Périgny
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