Des voix s’élèvent dans le Nord contre le fédéral sur le contrôle des armes à feu

Des crânes de bœuf musqué dans la neige. (Photo : David Kuptana)

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À environ six mois de l’échéance imposée aux propriétaires d’armes à feu nouvellement prohibées, des élus et des associations des territoires canadiens réclament d’Ottawa une révision des règles pour les chasseurs des communautés autochtones, dont les droits et les activités de subsistance seraient menacés par la loi C-21.

Les armes à feu et les dispositifs dorénavant interdits devront être détruits ou désactivés avant la fin de la période d’amnistie, soit le 30 octobre 2026.

Environ 67 000 Canadiens avaient déclaré des armes à feu de style arme d’assaut le 30 mars, date limite pour profiter du programme de rachat du fédéral.

Or, au Nunavut, moins de 10 armes à feu ont été déclarées, alors que 81 l’ont été aux Territoires du Nord-Ouest et 134 au Yukon.

« Des armes essentielles »

Au Nunavut, le député de Cambridge Bay, Fred Pedersen, déplore les nouvelles restrictions.

« Je sais personnellement que des chasseurs inuit possèdent des armes d’épaule désormais interdites, qu’ils utilisent pour la chasse et pour se défendre contre des grizzlys et des ours polaires », confirme-t-il.

Selon lui, Ottawa ne devrait pas cibler ces chasseurs, mais les criminels qui possèdent des armes non enregistrées. « C’est là que résident les problèmes liés aux armes à feu », plaide-t-il.

L’association inuit Nunavut Tunngavik inc. (NTI) a adopté en mars une résolution pour demander à Ottawa de prolonger de cinq ans la période d’amnistie accordée aux propriétaires d’armes à feu.

La loi fédérale sur les armes à feu doit tenir compte des réalités des Inuit du Nunavut.

Paul Irngaut, président de la Nunavut Tunngavik inc.

L’organisation affirme que des armes à recharge rapide désormais interdites sont essentielles au Nunavut pour « éloigner les animaux dangereux et pour atténuer l’insécurité alimentaire. Elles permettent de chasser des animaux qui se déplacent rapidement. »

Oppositions des gouvernements

Les députés du Parti du Yukon et l’unique membre libéral de l’Assemblée ont voté en février en faveur d’une motion réclamant une exception pour exclure les trois territoires de ces interdictions. Les députés du NPD ont voté contre.

Selon la ministre de la Justice et procureure générale du territoire, Laura Lang, la loi C-21 sous sa forme actuelle « va à l’encontre du mode de vie nordique qui unit la population du Yukon », et cible « les titulaires de permis dûment formés et vérifiés qui respectent toutes les exigences ».

Sans modifications au projet de loi C-21, les Inuit s’exposent à des accusations criminelles pour exercer leurs droits de chasse protégés par la Constitution.

Laura Lang, ministre de la Justice et procureure générale du Yukon

Aux Territoires du Nord-Ouest, les nouvelles règles ont notamment été à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale des Premières Nations dénées, en janvier.

« Je ne peux tout simplement pas croire que le gouvernement fédéral essaie d’imposer encore plus de restriction aux membres qui vivent dans notre communauté », a lancé le chef de Dettah, Ernest Betsina.

Joint cette semaine, le député de Mackenzie Delta, George Nerysoo, déplore pour sa part que les chasseurs fassent les frais des activités criminelles que la loi C-21 doit combattre.

« Je sais que cette loi aura un énorme impact sur les populations autochtones, et particulièrement sur les personnes qui utilisent les armes à feu pour leur subsistance », a-t-il dit.

Par courriel, le ministre de la Justice des T.N.-O., Jay Macdonald, a indiqué que le gouvernement a continué à mettre l’accent, auprès du gouvernement fédéral, sur l’importance de fournir des informations claires et directes à tous les gouvernements et organisations autochtones des T.N.-O.

« Un impact minime sur la chasse »

Becky Broderick Basil chasse toute l’année dans la région de Łutselkʼe, aux T.N.-O., où elle s’est établie en 2010.

Son mari est lui-même un chasseur traditionnel déné natif de la communauté. « Le coût de la nourriture dans les communautés est révoltant. Et, à Łutselkʼe, les résidents sont extrêmement traditionnels. La grande majorité d’entre eux mange donc essentiellement la viande, le poisson et les baies de leur territoire », a-t-elle noté.

La chasseuse apporte toutefois une nuance aux préoccupations liées à la sécurité alimentaire. « Les armes semi-automatiques sont plus rapides et excitantes, mais elles ne sont pas nécessaires pour la chasse », a-t-elle ajouté en évoquant ses expériences avec des communautés de chasseurs du territoire. 

L’enjeu majeur tiendrait au fait qu’Ottawa impose des règles touchant aux pratiques traditionnelles des communautés, et sans les avoir consultées.

« Avec l’historique de colonialisme dans le Nord, les chasseurs ont été forcés à toutes sortes de choses. Et, à leurs yeux, ces nouvelles restrictions s’ajoutent à une longue liste d’ordres venant dicter le mode de vie dans les communautés », a conclu Mme Broderick Basil.

Avec des informations de Dana Hatherly, Sam Wat et Devon Tredinnick

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