Reconnaissance scientifique pour les initiatives de conservation autochtones

Un texte de Bassirou Bâ
S’ils sont financés adéquatement, les programmes de conservation autochtones, également connus sous le nom de solutions fondées sur la nature (SFN), sont tout aussi efficaces, voire plus performants, que les initiatives similaires des parcs nationaux et provinciaux en matière de limitation des émissions de carbone et de préservation de la biodiversité.
C’est du moins ce qu’affirme un article de recherche récemment publié dans la revue Earth’s Future par des chercheurs de l’Université Concordia.
Ils se sont penchés sur deux initiatives de conservation de la nature et des terres : les aires protégées et de conservation autochtones (APCA) ainsi que le programme des gardiens autochtones.
Les chercheurs ont combiné des données prélevées d’un océan à l’autre sur les forêts, la végétation, les sols, l’habitat faunique et l’utilisation des terres, comme l’explique l’Université sur son site Internet.

Ils ont ensuite comparé les territoires autochtones financés par Ottawa, les territoires sans financement fédéral ainsi que les parcs nationaux ou provinciaux.
La conclusion à laquelle ils sont arrivés? Les projets de conservation menés par les Autochtones obtiennent de bons résultats sur le plan environnemental, comme l’affirme Damon Matthews, coauteur de l’étude et professeur au Département de géographie, urbanisme et environnement de l’Université Concordia.
Les APCA s’étendent sur de vastes régions terrestres et aquatiques dans les Territoires du Nord-Ouest. Les deux APCA qui ont été étudiées, soit celle de Thaidene Nëné, située sur la rive est du Grand lac des Esclaves, et celle d’Edéhzhíe, à l’ouest, couvrent une superficie d’environ 40 000 kilomètres carrés.
Plaidoyer pour un financement accru…
Les chercheurs ont également étudié les incidences du financement fédéral sur ces programmes.
Camilo Alejo, auteur principal et chercheur postdoctoral dans le même département que Damon Matthews, note que, lorsqu’Ottawa prend l’initiative de soutenir la gestion autochtone, cela donne également des résultats positifs sur le plan social, pas seulement environnemental.
Par conséquent, les auteurs de l’étude plaident pour « un financement prolongé et soutenu » des programmes de conservation autochtones.
Originaire de la Première Nation Łutsël K’é’ Dene, Steven Nitah est directeur général de l’organisation à but non lucratif Nature for Justice. Il soutient également que le financement des efforts de conservation menés par les Autochtones « est essentiel et absolument nécessaire ».
… et la reconnaissance des droits fonciers
Toutefois, les initiatives de conservation autochtones rappellent un défi lié au foncier, comme le fait remarquer Steven Nitah, qui est par ailleurs un leader dans le domaine de la conservation menée par les Autochtones depuis plus d’une décennie.
Selon lui, dans les Territoires du Nord-Ouest, il existe actuellement trois zones protégées autochtones reconnues par les divers ordres de gouvernement. Toutefois, il y en a des centaines à travers le Canada que les gouvernements provinciaux et territoriaux ne reconnaissaient pas.

Faisant écho à Steven Nitah, l’étude note que les droits fonciers non résolus, les déséquilibres de pouvoir en matière de participation et de prise de décision ainsi que les législations restrictives posent des défis importants aux SFN proposées par les Autochtones.
Dans de nombreux cas, les droits fonciers ne sont pas très clairs, dit Camilo Alejo, auteur principal de l’étude. Les résultats environnementaux et sociaux sont très limités s’il n’y a pas de droits fonciers clairs pour les peuples autochtones.
Son collègue, Damon Matthews, soutient également qu’il faut « se pencher sur les questions liées au régime foncier et au contrôle des terres ».
Cette étude a bénéficié du soutien du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de Microsoft, comme le précise l’Université Concordia sur son site web.
Elle indique par ailleurs que Graeme Reed, conseiller stratégique à l’Assemblée des Premières Nations et chercheur postdoctoral à l’Université York, y a contribué.
Avec des informations de Tamara Merritt
À lire aussi :
