Après 20 ans de travaux, une mine abandonnée du Nord canadien bientôt assainie

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Vue actuelle sur l’ancienne mine Tundra aux Territoires du Nord-Ouest, dans le Nord canadien. (Jamie Malbeuf/Radio-Canada)
L’inspection finale des travaux d’assainissement de l’ancienne mine Tundra aura lieu au printemps 2019.

Gérés par Relation Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC), les travaux d’assainissement de l’ancienne mine Tundra sont pratiquement terminés, après s’être étirés sur près de 20 ans et coûté plus de 110 M$.

La mine Tundra est située à 240 kilomètres au nord-est de Yellowknife (Nord canadien), sur un terrain utilisé par plusieurs peuples autochtones. La horde de caribous passait plus au nord, observe Brent Betsina, de la Première Nation des Dénés Yellowknives, mais son peuple chassait tout de même le caribou ici, et y venait pour y cueillir des fruits. Lui-même est venu chasser ici depuis que la mine est fermée. Les Métis chassaient ici aussi, dit l’ex-mineur Wayne Langenhan, de la North Slave Métis Association (NSMA), ajoutant que les Inuits faisaient pareillement, venant d’aussi loin que de la rivière Coppermine.

Coûteuse décontamination

La mine Tundra a produit du minerai de fer et de l’or, le premier forage remontant à la fin des années 40. Au fil des ans, la société Royal Oak Mine, qui possédait aussi aux T.N.-O. les mines Giant et Colomac, en est devenue propriétaire. Elle a fait faillite en 1999 et RCAANC a pris possession du lieu.

Ce broyeur, une fois orné d’une plaque commémorative, sera un des seuls vestiges de la mine Tundra, dans le Nord canadien. (Denis Lord/L’Aquilon)

« C’est une mine qui se situe dans la moyenne », selon le gestionnaire du projet d’assainissement, Joe Gowman, qui évalue le niveau d’insalubrité du lieu par rapport à d’autres mines des TNO. « Les contaminants n’y sont pas plus présents qu’ailleurs. »

N’empêche, les travaux d’assainissement ont couté 110 M$ entre 2008 et aujourd’hui, un montant qui exclut les travaux précédents de réparation des décharges et des barrages, l’élimination des bâtiments et des déchets dangereux, un montant qui exclut également l’entretien à venir des stations de surveillance. C’est l’Office des terres et des eaux de la vallée du Mackenzie qui a accordé à RCAANC les divers permis nécessaires aux travaux et veillé à ce que les populations autochtones soient consultées quant à l’usage du lieu, de sa flore et de sa faune.

Un chantier immense

Selon les chiffres de RCAANC, 1,5 million de mètres cubes d’eaux résiduelles, contaminées entre autres par de l’arsenic, du plomb et du zinc, ont été traités sur place. Certains lacs étaient devenus des étangs de résidus avec l’usage; ils ont été dérivés vers des étangs artificiels le temps de traiter l’eau, pour ensuite retrouver leur bassin hydrographique originel.

Les résidus de minerai ont été enfouis. La mine elle-même, remise en état, est quasi invisible aujourd’hui; ses ouvertures ont été scellées par du béton.

Plus de 16 000 mètres cubes de déchets de roche et de sol contaminés par des hydrocarbures ont été traités sur place ou acheminés vers des sites spécialisés.

Un travail de revégétalisation a été amorcé, avec de l’épilobe, des aulnes, des saules. Selon un représentant de RCAANC, il faudra une centaine d’années avant que le sol soit entièrement couvert. On n’a pas directement ensemencé toute la surface; on a plutôt instauré une « banque de plantes » dans le secteur et pour le reste, on laisse la nature faire son œuvre. Comme à la mine Colomac (également située aux T.N.-O.), on a préparé le sol avec la technique du rough and loose, pour ameublir la terre et prévenir l’érosion.

Vue sur l’ancien site de la mine Tundra, dans le Nord canadien. (Jamie Malbeuf/CBC)
Pour le futur

Une centrale de télésurveillance a été installée sur place, qui évitera de coûteux déplacements. Équipée de caméras fixées sur l’étang Mill et son canal de dérivation vers le lac Hambone, elle comprend des capteurs pour les précipitations, la vitesse du vent, etc. Un autre système est conçu pour prendre la pression souterraine de l’eau. Ces systèmes sont assez avant-gardistes, affirme Tom Killingbeck, qui les a installés. M. Killingbeck est un gestionnaire de la firme Pinchin, qui a contribué aux travaux avec la coentreprise Delta-Nahanni.

Selon les chiffres fournis par RCAANC, 76 % des fournisseurs pour les travaux d’assainissement étaient du Nord, et 61 % des heures travaillées l’ont été par des gens du Nord.

Le 17 août, des représentants des gouvernements tlicho (autochtone), fédéral et ténois, de la North Slave Métis Association (autochtone), des Dénés Yellowknives (autochtone) et des médias étaient invités pour une tournée des lieux et une cérémonie pour célébrer la fin des travaux.

Un représentant des Dénés Yellowknives et ancien mineur, Ted Tsetta, a dit une prière près d’un feu, dirigeant les pensées de l’assemblée vers la Terre mère et la prochaine génération d’humains.

« Je suis très satisfait de ce qu’ils ont fait ici », dit Wayne Langenhan, commentant la remise en état du lieu. M. Langenhan a travaillé dans une mine près d’ici. « Avant, il y avait des puits et des bâtiments partout. J’aimerais qu’on vole autour de la mine pour avoir une meilleure idée [de ce qui a été fait]. Les mines d’or, affirme l’ancien mineur, sont plus dommageables pour l’environnement que les mines de diamants.

RCAANC continuera d’inviter sur place des représentants des Premières Nations dans les prochaines années pour qu’ils puissent constater et témoigner de l’évolution du lieu.

Comme les précédentes, l’inspection finale de travaux sera faite au printemps par un autre département du RCAANC. Commentant l’objectivité de la démarche, M. Gowman affirme que ces départements sont bien cloisonnés. Il s’agit d’une pratique courante et légitime, selon Ugo Lapointe, qui occupe entre autres les fonctions de responsable du développement des programmes au sein de mine alerte Canada.

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Denis Lord, L'Aquilon

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