L’adaptation des Inuit du Nord canadien aux changements climatiques dépendra de leurs réalités socio-économiques

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La vulnérabilité des infrastructures aériennes et maritimes sera exponentielle dans les quatre régions inuit du Nord canadien, particulièrement dans l’est du pays, en raison de la montée du niveau de la mer. Sur cette image : un avion de la compagnie Air Inuit attend sur le tarmac de l’aéroport d’Inukjuak, au Nunavik, dans le nord du Québec. (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)
La capacité des Inuit de l’Arctique canadien à adapter leurs infrastructures aériennes et maritimes aux changements climatiques dépendra de facteurs socio-économiques, comme leur sécurité alimentaire et leur niveau de scolarisation, conclut une récente étude canadienne.

« Si nous n’améliorons pas les déterminants socio-économiques, un changement mineur d’un indicateur du climat risque de rendre certaines communautés beaucoup plus vulnérables à long terme », affirme le chercheur postdoctoral et premier auteur de l’étude, Nathan S. Debortoli, en entrevue téléphonique avec Regard sur l’Arctique.

L’étude, publiée le 13 juin dans la revue scientifique Nature Communications, visait à mesurer l’impact des changements climatiques sur les aéroports et les ports des quatre régions inuit de l’Arctique canadien, soit la région désignée des Inuvialuit (Territoires du Nord-Ouest), le Nunavut, le Nunavik (nord du Québec) et le Nunatsiavut (nord du Labrador).

« À l’heure actuelle, les infrastructures aériennes et portuaires les plus vulnérables se trouvent respectivement au Nunatsiavut et au Nunavut », explique l’ancien associé de recherche à l’Université McGill, à Montréal.

À terme, l’étude prédit que la vulnérabilité des infrastructures sera exponentielle dans les quatre régions inuit du Canada. L’est du pays, particulièrement le Nunatsiavut, sera la région où les deux types d’infrastructures seront les plus touchés, conclut l’étude.

À l’exception d’Inuvik et de Tuktoyaktuk, aux Territoires du Nord-Ouest, les communautés nordiques dépendent des transports maritimes et aériens pour le ravitaillement en denrées alimentaires, les urgences médicales et les déplacements.

La plupart des communautés de l’Arctique canadien dépendent des transports maritimes et aériens pour le ravitaillement en denrées alimentaires, les urgences médicales et les déplacements. (Dylan G. Clark/Courtoisie de Nathan S. Debortoli)
L’importance du contexte socio-économique

« De nombreuses études sur les changements climatiques ont eu tendance à focaliser sur les données climatiques et à conclure que certaines régions étaient plus vulnérables que d’autres en raison de la multiplication des événements climatiques extrêmes, mentionne le chercheur. Mais dans notre étude, nous avons aussi pris en compte des indicateurs socio-économiques. »

Coût de la vie, maîtrise de la langue inuit, sécurité alimentaire, niveau de scolarisation, soins de santé… Ces variables ont un impact direct sur la résilience des Inuit face aux changements climatiques, montre l’étude.

En dressant un lien entre des déterminants socio-économiques et des événements climatiques extrêmes, l’équipe de chercheurs croit ainsi avoir mis le doigt sur l’essence même du problème.

« Une communauté qui a un meilleur niveau de scolarisation et une connaissance plus étoffée des technologies a de plus fortes probabilités de s’adapter aux événements climatiques extrêmes qu’une communauté qui n’a pas suffisamment de soins de santé par exemple », rapporte Nathan S. Debortoli.

Le cas de la langue

S’il admet que le lien immédiat entre la langue et les changements climatiques ne saute pas aux yeux de tous, Nathan S. Debortoli rappelle que la langue inuit occupe un rôle central dans la transmission orale du savoir lié au territoire.

« La connaissance du territoire permet aux Inuit de mieux s’adapter aux événements climatiques extrêmes. »

Nathan S. Debortoli, chercheur postdoctoral et premier auteur de l'étude

« Cela prouve que les autorités ne peuvent pas mettre tout le blâme sur les changements climatiques, comme sur [la multiplication] des événements climatiques extrêmes, mais elles doivent aussi se pencher sur le contexte socio-économique des communautés », croit-il.

Dans l’espoir que leur étude serve à orienter de futures politiques de gestion, les chercheurs ont émis une série de recommandations qui vont de l’amélioration des technologies utilisées dans les aéroports à une meilleure couverture de la cartographie maritime, en passant par la mise en place de formations liées au risque croissant de catastrophes naturelles.

Ce n’est pas la première fois que l’équipe de chercheurs s’intéresse à la vulnérabilité des communautés inuit aux changements climatiques. Leur récente analyse est la suite d’une première étude publiée en octobre 2018 dans la revue médicale Environmental Research Letters, et dans laquelle les chercheurs voulaient comprendre le lien entre la vulnérabilité aux changements climatiques et différentes variables sociales et environnementales.

Dans un prochain volet de son analyse, Nathan S. Debortoli souhaiterait affiner son angle de recherche pour étudier quelle est la corrélation entre les soins de santé ou le bien-être et l’adaptation aux changements climatiques.

Avec la fonte rapide des glaces de mer, il ajoute par ailleurs que la communauté scientifique devrait se pencher avec « un plus fort sentiment d’urgence » sur l’impact de la hausse du trafic maritime sur l’écosystème de l’Arctique canadien.

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