Une stratégie inuit pour lutter contre les changements climatiques dans l’Arctique canadien

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Plusieurs communautés inuit du Nord canadien doivent adapter leurs pratiques aux nouvelles réalités qu’imposent les changements climatiques. La pêche et la chasse, qui assurent depuis plusieurs siècles la subsistance des Inuits, sont confrontées au déclin de certaines espèces contre l’apparition d’autres. Sur cette image, un groupe de personnes pêchent des moules dans la toundra, à proximité du village de Salluit, au Nunavik (Nord québécois). (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)
L’organisme représentant les Inuit au Canada souhaite que les populations inuit détiennent davantage de responsabilités en matière de lutte contre les changements climatiques pour que leurs communautés s’adaptent mieux à la hausse des températures dans l’Arctique.

L’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), qui représente environ 65 000 Inuit au Canada, a rendu publique vendredi sa stratégie de lutte contre les changements climatiques dans les régions inuit du Nord. Les Inuit sont majoritairement répartis dans les 51 communautés des quatre régions inuites du pays : le Nunatsiavut (nord de Terre-Neuve-et-Labrador), le Nunavik (Nord québécois), le Nunavut (Nord canadien) et la région désignée des Inuvialuit (nord-ouest du pays).

« Face à un changement potentiellement catastrophique, il s’agit d’un plan prospectif tourné vers l’avenir, qui encourage des partenariats uniques respectueux des droits et du savoir des Inuit », a affirmé le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, par voie de communiqué.

« Cette stratégie climatique est conçue par et pour les Inuit », a pour sa part indiqué la ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, qui sera de passage vendredi à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, pour annoncer un financement d’un million de dollars pour mettre en œuvre la stratégie d’ici la prochaine année.

Échelonnées sur trois ans, les priorités de l’Inuit Tapiriit Kanatami concernent à la fois la santé et le bien-être, les infrastructures, l’énergie, les systèmes alimentaires, le renforcement des capacités et les connaissances des Inuit.

Priorités de la Stratégie nationale inuit sur les changements climatiques :
  • Promouvoir l’utilisation des capacités et des connaissances des Inuit dans les prises de décisions climatiques;
  • Améliorer les résultats de la santé et du mieux-être des Inuit et de l’environnement par des politiques et des initiatives intégrées sur la santé, l’éducation et le climat;
  • Réduire la vulnérabilité climatique des systèmes alimentaires inuit et de marché;
  • Combler les lacunes des infrastructures dans les régions inuit du Nord par de nouvelles constructions résistantes au climat, des rénovations aux constructions existantes et des adaptations inuit aux infrastructures naturelles changeantes;
  • Appuyer des solutions énergétiques régionales et communautaires menant à l’indépendance énergétique des Inuit.
Autodétermination des Inuit

L’organisation déplore que les Inuit aient été trop souvent mis à l’écart de la recherche et des politiques fédérales, provinciales et territoriales en matière de lutte contre les changements climatiques.

« Les répercussions climatiques s’entrecroisent avec des inégalités sociales et économiques extrêmes dans l’Inuit Nunangat [NDLR : l’appellation employée pour désigner les quatre régions inuit du Nord canadien], qui résultent des politiques coloniales du gouvernement et de leurs répercussions intergénérationnelles néfastes, et les aggravent », peut-on lire dans le document.

Parmi les priorités énoncées dans le document, l’Inuit Tapiriit Kanatami insiste sur la nécessité de renforcer l’autodétermination des Inuit dans la prise de décisions et dans l’élaboration de politiques liées aux bouleversements climatiques.

Plusieurs initiatives déjà en place sont citées à titre d’exemples, dont la création d’un projet de recherche à Pond Inlet, au Nunavut, visant notamment à mesurer les risques que peut représenter la qualité de l’eau pour la santé humaine. En alliant recherche scientifique et connaissances des Inuit, le projet a entre autres réuni des membres de l’Institut de recherche du Nunavut ainsi que des jeunes et des aînés de la communauté.

Des menaces multiples

Saison libre de glace prolongée, dégel du pergélisol, bouleversements des cycles de migration des animaux… Les Inuit sont les premiers à constater les perturbations causées par la hausse des températures dans l’Arctique.

« Le Nord canadien se réchauffe à un rythme trois fois plus rapide que la moyenne planétaire, ce qui a un impact direct sur le mode de vie des Inuit, leur économie et leurs communautés. »

Catherine McKenna, ministre canadienne de l’Environnement et des Changements climatiques
Au mois d’avril, un rapport d’Environnement Canada révélait que le Nord canadien se réchauffait à un rythme trois fois plus élevé que le reste de la planète. La température moyenne y a augmenté de 2,3 °C entre 1948 et 2016, contre 1,7 °C dans l’ensemble du Canada.(Priscilla Hwang/CBC)

Selon l’Inuit Tapiriit Kanatami, les changements climatiques risquent entre autres de limiter la qualité des sources d’eau, de modifier la distribution des plantes et des animaux sur le territoire, d’altérer les infrastructures qui dépendent du pergélisol et d’accroître les accidents et les décès causés par des conditions imprévisibles de la glace.

« Notre environnement est une source fondamentale d’apprentissage, de mémoire, de connaissance et de sagesse », souligne Natan Obed.

Les Inuit ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’impact de la hausse des températures sur leurs pratiques et leur mode de vie. Le 19 mai, la Première Nation des Gwitchin Vuntut d’Old Crow, une communauté du Yukon de quelque 200 habitants, a adopté une déclaration d’urgence climatique en réaction aux nombreux changements observés dans leur environnement.

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