L’Arctique est à la croisée des chemins, met en garde le dernier rapport du GIEC

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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rendu public mercredi son rapport sur l’océan et la cryosphère, dans lequel il met en lumière les conséquences dévastatrices des changements climatiques sur l’Arctique et les populations qui y vivent.(Mark Ralston/AFP/Getty Images)
Le dégel du pergélisol et le recul de la banquise dans l’Arctique auront des conséquences irréversibles sur la biodiversité et les populations nordiques si aucune mesure n’est rapidement mise en place, avertit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son dernier rapport portant sur l’océan et la cryosphère.

« La haute mer, l’Arctique, l’Antarctique et la haute montagne peuvent sembler lointains à bien des gens », a souligné le président du GIEC, Hoesung Lee, dans un communiqué de presse.

« Or nous dépendons d’eux et sommes marqués, directement ou indirectement, par leur influence de bien des façons – dans les domaines du temps et du climat, de l’alimentation et de l’eau, de l’énergie, du commerce, des transports, des loisirs et du tourisme, de la santé et du bien-être, de la culture et de l’identité », a-t-il ajouté.

Le document, qui court sur environ 900 pages, a été rendu public mercredi à Monaco, deux jours après le Sommet Action Climat de New York, auquel ont pris part de nombreux chefs d’État.

Le Rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique met en lumière les changements sans précédent que subissent l’océan et la cryosphère aux quatre coins du globe.

Selon le président du GIEC, Hoesung Lee, l’adaptation aux changements climatiques dépendra des capacités des individus et des communautés, ainsi que des ressources disponibles. (Fabrice Coffrini/AFP/Getty Images)

Formé des chercheurs de 195 pays, le GIEC est l’organe de l’ONU chargé d’évaluer les travaux scientifiques consacrés aux changements climatiques.

Pour empêcher les scénarios les plus catastrophiques de se concrétiser, le groupe d’experts lance un avertissement sans nuance ni concession : il faut limiter les émissions de dioxyde de carbone, prendre en compte le savoir des Autochtones, renforcer la résilience des populations nordiques, mieux se prémunir contre les risques environnementaux, encadrer davantage le trafic maritime… La liste est exhaustive.

« [Le rapport] est un autre rappel sur l’importance de prendre des mesures ambitieuses en matière de lutte contre les changements climatiques », a réagi sur Twitter la ministre canadienne de l’Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna.

Dernière chance

Les quelque 100 auteurs issus de 36 pays mettent en garde les dirigeants internationaux sur les coûts et les risques encourus à rester inactifs, mais ils soulignent aussi les bénéfices à tirer si le réchauffement planétaire est minimisé autant que possible, relativement aux objectifs établis en 2015 dans l’Accord de Paris sur le climat.

Même si les bouleversements qui touchent les océans et la cryosphère ne s’arrêteront pas subitement, les scientifiques croient que la réduction des émissions de gaz à effet de serre peut encore freiner la tendance.

À l’heure actuelle, 197 pays se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à un seuil maximal de 2 degrés Celsius par rapport à l’ère préindustrielle d’ici à 2100.

« Si nous réduisons fortement les émissions, les conséquences pour les populations et les moyens d’existence n’en seront pas moins éprouvantes, mais elles pourraient être plus faciles à gérer pour les populations les plus vulnérables. »

Hoesung Lee, président du GIEC
Pour empêcher les pires scénarios de se concrétiser, le GIEC insiste sur l’urgence de limiter, une fois pour toutes, les émissions de dioxyde de carbone. (Peter Andrews/Reuters)

Élévation du niveau de la mer, fonte du pergélisol, glissements de terrain, recul de la banquise, libération de carbone dans l’atmosphère : les bouleversements qui ont cours dans l’Arctique vont continuer à se multiplier, avertissent les scientifiques.

Selon leurs projections, même si la hausse des températures s’en tient à des valeurs en deçà de 2 degrés, les auteurs prédisent qu’environ 25 % du pergélisol de surface, dont la profondeur varie de trois à quatre mètres, dégèlera d’ici à 2100.

Pire encore, relèvent-ils, il est possible qu’environ 70 % du pergélisol de surface disparaisse complètement si les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître considérablement.

Quant à la glace des mers, le rapport indique que l’océan Arctique sera libre de glace en septembre – le mois de l’année où il y a le moins de glace – une fois tous les cent ans si le réchauffement climatique se stabilise à 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels.

Dans un scénario où le réchauffement se stabilise à 2 degrés, le mois de septembre serait libre de glace aussi fréquemment qu’une fois tous les trois ans.

Les populations autochtones, non épargnées

Le réchauffement et l’acidification des océans, de même que la diminution de l’oxygène et les variations de l’apport en nutriments bouleversent l’équilibre marin. Certaines espèces de poissons, qui vivent typiquement dans l’océan Atlantique, empiètent graduellement sur les eaux arctiques, ce qui altère l’équilibre des océans.

La santé nutritionnelle et la sécurité alimentaire des communautés qui dépendent de ces espèces sont donc de plus en plus menacées, préviennent les experts.

Plusieurs communautés inuites du Nord canadien doivent adapter leurs pratiques aux nouvelles réalités qu’imposent les changements climatiques. La pêche et la chasse, qui assurent depuis plusieurs siècles la subsistance des Inuit, sont confrontées au déclin de certaines espèces contre l’apparition d’autres. Sur cette image, des résidents de Salluit, dans le Nord québécois, pêchent des moules dans la toundra. (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)

Selon le rapport, quatre millions de personnes sont établies dans l’Arctique et 65 millions dans de petits États insulaires en développement. Mais le succès de leur adaptation, indiquent les scientifiques, dépendra principalement du soutien institutionnel et des investissements qui leur seront alloués.

« Depuis les villes côtières jusqu’aux communautés isolées de l’Arctique, les changements rapides que connaissent l’océan et les régions gelées de notre planète forcent des populations à modifier radicalement leur mode de vie. »

Ko Barrett, vice-présidente du GIEC

Selon le document, l’apport du savoir autochtone dans la recherche scientifique sera fondamental pour améliorer la résilience des populations nordiques.

Les bénéfices de cette complémentarité sont de plus en plus mis de l’avant par dignitaires et scientifiques. De nombreux chercheurs s’appuient désormais sur les connaissances des Inuit liées, entre autres, aux migrations animales, aux événements climatiques extrêmes ou à leur territoire.

Le rapport du GIEC souligne l’importance de prendre en compte le savoir des Autochtones dans la recherche scientifique. Grâce à la tradition orale, certaines pratiques – comme la couture et le perlage – permettent la transmission du savoir ancestral d’une génération à l’autre. (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)

Les changements climatiques ont déjà poussé les résidents de l’Arctique, particulièrement les populations autochtones, à modifier leurs déplacements et certaines de leurs pratiques, comme la chasse et la pêche.

Le rapport s’achève sur un appel à la coopération entre les États, afin d’aboutir à de « profondes transformations économiques et institutionnelles ».

Le document est le troisième d’une série de rapports spéciaux élaborés par le GIEC dans le cadre de son sixième cycle d’évaluation. Son rapport final est attendu en 2022.

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Une pensée sur “L’Arctique est à la croisée des chemins, met en garde le dernier rapport du GIEC

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    mercredi 25 septembre 2019 à 18:33
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    J’aime profondément les premières nations. Je suis d’accord il faut agir maintenant. Merci du documentaire. Gigi

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