Un nombre record d’homicides enregistrés en 2018 au Nunavut, dans l’Arctique canadien

Le taux de criminalité demeure plus élevé dans le Nord canadien que dans le sud du pays, selon un récent rapport de Statistique Canada. C’est d’ailleurs le territoire du Nunavut qui a recensé le plus grand nombre d’homicides en 2018. (Michael Salomonie/CBC)
Les homicides recensés au Nunavut, dans l’Arctique canadien, sont plus susceptibles de se produire dans une résidence et d’être perpétrés par un membre connu de l’entourage de la victime, révèle un rapport de Statistique Canada.

L’analyse, qui dresse un portrait des homicides enregistrés à l’échelle nationale en 2018, relève un taux de criminalité trois fois plus élevé dans le Nord canadien que dans les régions du sud du pays. Un état des lieux qui surprend peu le directeur général de la Commission des services juridiques du Nunavut et avocat criminaliste, Benson Cowan.

« C’est parce qu’il y a un manque criant de services, de soutien et de ressources pour les gens qui y habitent [au Nunavut, NDLR], explique-t-il. Aucune communauté du sud du pays ne fait face à un manque aussi important de services gouvernementaux. »

Benson Cowan ne s’étonne pas non plus de constater que les Autochtones sont toujours surreprésentés parmi les victimes d’homicides. « Les Inuit forment 85 % de la population du Nunavut, alors ce n’est pas surprenant », souligne-t-il.

L’accès parfois intermittent à l’eau potable, la pénurie de logements, l’effritement des traditions ancestrales, le recul de la langue inuit, le haut taux de roulement des travailleurs venus du Sud… Tous sont des facteurs qui, même s’ils ne sont pas directement liés à la justice, contribuent à la perte de repères sociaux et alimentent selon lui un taux élevé de criminalité.

« Si les gouvernements décident sérieusement de résoudre le problème de la criminalité, ils devront se pencher sur les déterminants sociaux de la santé dans chaque communauté et se demander comment ils peuvent améliorer la qualité de vie des gens. »

Benson Cowan, directeur général de la Commission des services juridiques du Nunavut et avocat criminaliste

Dans son rapport, rendu public le 27 novembre, l’agence fédérale associe le Nord canadien aux territoires du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut ainsi qu’aux régions septentrionales de plusieurs provinces du pays, comme le Québec, le Manitoba ou la Colombie-Britannique.

Benson Cowan croit que les gouvernements fédéral et territorial devraient d’abord s’attaquer aux déterminants sociaux de la santé et aux services de bases offerts à la population du Nunavut. (André Forget/AFP/Getty Images)
Lacunes du système de justice

Benson Cowan croit que le taux élevé de criminalité s’explique par un système de justice lacunaire, notamment à cause de ses forces policières. « Dans les communautés, les agents de la Gendarmerie royale du Canada sont trop peu nombreux en plus d’être débordés et sous-financés [et] ils ne reçoivent pas suffisamment de formations sur la culture inuit », déplore-t-il.

Il ajoute par ailleurs que l’accès à la justice demeure encore inégal d’une communauté à une autre du territoire, particulièrement entre Iqaluit, la capitale territoriale, et les 24 autres communautés. « Une seule des 25 communautés dispose d’une cour de justice », mentionne-t-il, en faisant référence à la Cour de justice du Nunavut, située à Iqaluit.

« Le système de justice du Nunavut devrait s’interroger davantage sur ces tendances coloniales et son incapacité à rejoindre directement chaque communauté. »

Benson Cowan, directeur général de la Commission des services juridiques du Nunavut et avocat criminaliste
La Cour du justice du Nunavut, située à Iqaluit (Nick Murray/CBC)
Sombre portrait

Bien que le Nunavut ait recensé le nombre le plus bas d’homicides au Canada en 2018, le territoire demeure la région du pays où le taux de criminalité est le plus élevé, en raison de la taille restreinte de sa population.

Six homicides y ont été enregistrés en 2017, contre huit en 2018; le nombre le plus élevé depuis la création du territoire, en 1999.

« Quand on compare les données du Nunavut avec celles des autres régions du Canada, on se rend compte que la nature de l’activité criminelle est fondamentalement différente », indique Benson Cowan, en faisant référence à la faible présence du crime organisé.

« Dans le reste du pays, on devrait s’inquiéter de constater une hausse du crime organisé, parce qu’il représente un défi pour la police et le système de justice, affirme-t-il. Mais ici, ce n’est pas du tout le cas. »

« Le taux [élevé] d’homicides et de crimes violents au Nunavut pourrait être presque entièrement résorbé avec des investissements de base en santé et en services sociaux. »

Benson Cowan, directeur général de la Commission des services juridiques du Nunavut et avocat criminaliste

Il insiste aussi sur le potentiel de la justice réparatrice et des initiatives communautaires en matière de réinsertion sociale.

Le centre correctionnel de Baffin, dans le nord-est du Nunavut, est l’établissement du ministère territorial de la Justice où peuvent être incarcérés le plus grand nombre de détenus, soit un peu moins de 70 personnes. (Kieran Oudshoorn/CBC)

Parmi les trois territoires du Nord, c’est le Yukon qui s’en tire avec le portrait le plus reluisant. « En 2018, il y a eu trois homicides, ce qui est comparable à la moyenne des dix années précédentes », explique le coauteur du rapport et gestionnaire d’enquête à Statistique Canada, Joel Roy.

Quant aux Territoires du Nord-Ouest, le nombre d’homicides enregistrés en 2018 était deux fois supérieur à la moyenne enregistrée de 2008 à 2017.

Les données de Statistique Canada s’appuient sur les rapports des corps de police territoriaux et provinciaux de 2018.

Une pensée sur “Un nombre record d’homicides enregistrés en 2018 au Nunavut, dans l’Arctique canadien

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    vendredi 6 décembre 2019 à 11:15
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    43000$ en transferts fédéraux… Par habitants; Ou va cet argent ???

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