La fonte des glaces dans l’Arctique met en péril la survie des ours polaires, selon une étude

Dans cette photo d’archive du samedi 22 juillet 2017, un ours polaire sort de l’eau pour marcher sur la glace dans le détroit de Franklin, dans l’archipel arctique canadien. Selon une nouvelle étude, les ours polaires de la baie de Baffin sont maintenant obligés de passer en moyenne 30 jours de plus sur la terre ferme en comparaison aux années 1990. (David Goldman/The Canadian Press/AP)
L’accélération de la fonte des glaces dans l’Arctique a de graves conséquences sur l’écosystème de la région et tout particulièrement sur les ours polaires.

Selon une nouvelle étude dans la baie de Baffin, l’espèce emblématique est maintenant obligée de passer en moyenne 30 jours de plus sur la terre ferme en comparaison aux années 1990. La raison serait due au manque de glace.

« C’est important parce que lorsque les ours sont sur la terre ferme, ils ne chassent pas les phoques », a indiqué par voie de communiquée Kristin Laidre, écologiste spécialisée dans l’Arctique à l’Université de Washington et auteur principal de la nouvelle étude. « Ils ont la capacité de jeûner, mais s’ils ne mangent pas pendant de longues périodes, ils deviennent plus maigres. Cela peut affecter leur santé générale et leur chance de se reproduire ».

Depuis 1979, la concentration de glaces de mer a diminué de 13 % chaque décennie due à l’augmentation des températures mondiales, rappelle l’étude publiée dans la revue scientifique Ecological Applications. De plus, d’autres recherches ont aussi montré que les régions arctiques se réchauffent deux fois plus vite que le reste du monde, de sorte que la glace de mer saisonnière se forme plus tard en automne et se brise plus tôt au printemps.

Illustration de la concentration de glace de mer un 15 juillet, à 20 ans d’intervalle. On voit une nette diminution de la quantité de glace de mer dans la baie de Baffin. Cette diminution rend la chasse aux phoques très difficile pour les ours polaires. (National Snow & Ice Data Center (NSIDC))
L’importance de la glace pour les ours polaires

Pour se nourrir, ces mammifères utilisent la glace comme terrain de chasse.

Ils vont chercher les phoques directement dans leurs tanières ou encore en les attendant patiemment à la sortie d’un trou. Pour les femelles en gestation, la glace offre également un abri dans lequel elles peuvent mettre bas et élever leurs petits.

Afin de comprendre comment vivent les ours polaires, l’équipe internationale, composée de chercheurs des États-Unis, du Canada, du Groenland et de Norvège, a suivi plusieurs individus dans la baie de Baffin, entre le Groenland et le continent nord-américain, au cours des deux dernières décennies. La carte ci-dessous montre les déplacements de 43 femelles adultes marquées de 1991 à 1997 et de 38 femelles adultes de 2009 à 2015.

Dans une nouvelle étude, des scientifiques ont suivi 43 femelles adultes de 1991 à 1997 (à gauche) et 38 femelles adultes de 2009 à 2015 (à droite). Il en ressort que les animaux ne se déplacent plus autant qu’avant en raison de la disparition de la glace de mer. (Joshua Stevens/NASA Earth Observatory)

Ils ont constaté que la plupart des ours suivent la croissance et le recul saisonniers de la glace de mer pour se retrouver sur l’île de Baffin à l’automne, lorsque la glace de mer est généralement à son plus bas niveau. Ils attendent généralement sur l’île de Baffin que la glace se forme à nouveau pour pouvoir partir.

En moyenne, les ours de la baie de Baffin passent aujourd’hui 30 jours de plus sur terre que dans les années 1990.

« Lorsqu’il n’y a pas de plateformes de glace, les ours finissent par se déplacer sur la terre ferme sans accès ou presque à la nourriture », explique Laidre. « Nos recherches ont porté sur la façon dont ces changements affectent leur condition physique et leur reproduction. »

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Les ours polaires dépendent de la glace pour chasser, s’accoupler et élever leurs petits. Mais cette glace disparaît à un rythme alarmant en raison du changement climatique, affectant la survie de ces mammifères. (Jonathan Hayward/La Presse canadienne)
Des ours plus maigres et des portées plus petites

Afin de mesurer l’état de santé des animaux, les scientifiques ont évalué leurs niveaux d’engraissement après les avoirs endormis ou en les inspectant visuellement depuis les airs.

Ainsi, l’équipe a trouvé que les ours de « tous sexes, âges et niveaux de reproduction » sont devenus plus maigres depuis les années 1990. Leur état était étroitement lié à la présence de glace durant l’année en cours ainsi que l’année précédente.

L’allongement des périodes sans glace a également entraîné une diminution de la taille des portées, une tendance qui, selon les scientifiques, pourrait se poursuivre sur les trois prochaines générations d’ours polaires.

« Les résultats indiquent que les portées de deux oursons, qui étaient auparavant la norme, pourraient largement disparaître de la baie de Baffin à mesure que la disparition de la glace de mer se poursuit, » avancent les scientifiques dans leur papier.

Dans un communiqué, la chercheuse américaine, Kristin Laidre, a dit ne pas être très surprise par ces résultats sachant que les changements climatiques avaient un impact sur les ours polaires.

Toutefois, elle espère que son étude permettra de mieux comprendre les conséquences de la fonte des glaces sur cette espèce considérée comme vulnérable.

« Ce qui arrive aux ours polaires est un présage pour notre propre avenir », a déclaré M. Laidre. « Les changements que nous documentons ici vont affecter tout le monde sur la planète. »

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Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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