Un brise-glace nucléaire affirme la présence de la Russie en Arctique

L’Arktika, brise-glace nucléaire russe est parti la semaine dernière et se rend vers l’archipel François-Joseph afin de faire des tests du matériel dans les conditions arctiques. (Rosatom/AP/La Presse canadienne)
La Russie envoie son super brise-glace nucléaire Arktika aux confins des mers polaires pour tester les habiletés du géant.

Naviguant actuellement en direction de Mourmansk sur la côte de la mer de Barents, l’Arktika est, avec 173 mètres de longueur, le plus puissant brise-glace à propulsion nucléaire au monde, selon le communiqué de presse du constructeur Rosatom. Parti la semaine dernière de Saint Petersburg, l’équipage testera le navire et ses équipements dans la glace de l’archipel François-Joseph au 80e parallèle.

L’Arktika est le premier d’une série de 13 brise-glaces colossaux promis par le président Poutine l’an dernier. Cette annonce n’est pas passée inaperçue et témoigne de la volonté de la Russie de tirer parti de l’océan arctique et des possibilités de navigation commerciale qu’il offre.

« La mise en place d’une flotte moderne de brise-glaces à propulsion nucléaire en Russie, capable d’assurer une navigation régulière et sure tout au long de l’année dans les eaux de la route maritime du Nord, est un objectif stratégique pour notre pays »Vyacheslav Ruksha, chef de la direction de la route maritime du Nord de Rosatom

Conçu pour naviguer à la fois dans l’océan Arctique et à l’embouchure des rivières polaires, en particulier dans les zones moins profondes de l’estuaire de Yenisei et de la région de la baie d’Ob en Sibérie, l’Arktika permet à la Russie d’affirmer sa présence dans le Nord.

Pour le directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques, Frédéric Lasserre, il y a « une volonté russe d’affirmation dans l’Arctique et celui-ci est un enjeu économique important pour Moscou ».

Derrière cette annonce, la Russie a l’intention de se donner les moyens de développer les activités économiques dans cette région. Si, selon M. Lasserre, il n’y a aucune menace, il entrevoit cependant l’expression d’une forme de puissance.

« La Russie n’essaie pas de titiller ou de provoquer le Canada sur ses revendications sur le passage du nord-ouest. Ce serait vraiment contreproductif. Par contre, que la Russie se serve du lancement de ce brise-glace pour rappeler que c’est une puissance majeure dans l’Arctique et qu’elle a l’intention de développer, quoi qu’il en coute, une exploitation de ses ressources naturelles dans ses eaux arctiques et la navigation commerciale, oui, très clairement. »Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques
Le brise-glace nucléaire russe Arktika, présenté comme le plus puissant de son genre et symbole de l’ambition de Moscou d’exploiter le potentiel commercial de l’Arctique. (Olga Maltseva/AFP/Getty Images)
Inquiétudes en Alaska

L’augmentation anticipée du trafic maritime en prévision apporte son lot de questionnement et de réserves du côté des organismes de protection de l’environnement en Alaska. Pour l’alliance de la faune d’Alaska (Alaska Wildlife Alliance) basée à Anchorage, les inquiétudes demeurent quant aux conséquences de la présence de navires dans le détroit de Béring et dans les mers de Beaufort et des Tchouktches.

« Avec l’augmentation du trafic dans cette région, il va y avoir une augmentation du bruit sous l’eau et de la pollution auxquels les mammifères marins vont être exposés », a réagi la directrice générale de l’organisme, Mandy Migura.

La faune, la flore, mais également les collectivités du détroit de Prince William sont encore profondément marquées par la marée noire du 24 mars 1989, provoquée par le naufrage de l’Exxon Valdez, et qui a laissé des séquelles encore visibles aujourd’hui selon la directrice.

Conçu pour transporter le gaz naturel liquéfié de l’Arctique, ce navire géant de 173 mètres (570 pieds) de long et 15 mètres de haut est considéré comme le plus puissant de son genre et un symbole des ambitions arctiques de Moscou. (Olga Maltseva/AFP/Getty Images)

La côte alaskienne est considérée comme une zone fragilisée et vulnérable aux effets du changement climatique. Mme Migura exprime des craintes supplémentaires pour les communautés autochtones de l’Alaska qui dépendent largement de la chasse et de la pêche traditionnelle en matière de sécurité alimentaire.

« Tout ce qui a une incidence sur la faune marine le long de la côte de l’Alaska dans ces régions a également le potentiel de perturber la capacité des communautés autochtones de l’Alaska dans leurs chasses de subsistance. »Mandy Migura, directrice générale de l’alliance de la faune d’Alaska

La Russie, quant à elle, s’est fixé des objectifs. Elle espère que sa flotte maritime arctique permettra le transport de 80 millions de tonnes de marchandises par an d’ici 2024, ce qui représenterait une augmentation de 48 millions de tonnes par rapport au volume transporté l’an dernier.

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Nelly Guidici, L'Aquilon

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