Le recul d’un glacier fait craindre un glissement de terrain majeur en Alaska

L’Alaska accueille de nombreux glaciers et fjords, notamment le Novatek situé dans le sud-est de l’État. (Bob Strong/Reuters)
En utilisant les données satellites de la Nasa, une équipe de scientifiques a découvert que le recul du glacier Barry en Alaska pourrait provoquer des glissements de terrain ou des tsunamis menaçant les populations de la région pour les 20 prochaines années.

Les experts surveillent de près le glacier Barry qui se trouve à moins de 100 kilomètres à l’est d’Anchorage sur la côte sud de l’Alaska. Sa fonte due aux changements climatiques s’est accélérée durant la dernière décennie, ce qui a eu pour effet de fragiliser le sol devenu aujourd’hui instable.

Dans une publication accessible sur le site internet de la Nasa, les chercheurs ont expliqué avoir observé de 2010 à 2017 un déplacement de 120 mètres du flanc de la montagne située à proximité du glacier. « Si cette masse de terre venait à s’effondrer, elle tomberait alors de plus de 900 mètres dans le fjord situé juste en dessous, créant des vagues de tsunami. »

Pour Benjamin Phillips, responsable du programme ESI (Earth Surface and Interior Focus Area) de la Nasa, cette découverte est le fruit d’un projet d’étude de la topographie de la surface de l’Arctique. « Un projet qui a l’objectif d’utiliser les mesures topographiques afin que nous puissions mieux comprendre les risques naturels et les changements environnementaux », a-t-il indiqué.

Ce glissement de terrain s’il a lieu serait une véritable « catastrophe », avertissent les experts qui ont d’ailleurs écrit une lettre ouverte pour alerter les autorités sur ce danger potentiel. Ils rappellent que le glacier Barry et le fjord adjacent Barry Arm sont fréquentés par des bateaux de croisière, des bateaux d’excursion, des bateaux de pêche, des kayakistes et des randonneurs.

« La masse du glissement de terrain déclencherait un tsunami avec des vagues de plusieurs centaines de mètres pouvant même atteindre la ville Whittier. Le détroit du Prince William pourrait à son tour subir des changements de courants et les roches et les débris du glissement de terrain seraient dispersés dans cette zone. »Benjamin Phillips, responsable du programme ESI de la Nasa

Selon Anna Liljedahl, géologue pour l’organisme de recherche scientifique Woods Hole Research Center basé à Homer, en Alaska, si le glissement de terrain devait s’effondrer d’un seul coup, l’énergie potentielle libérée serait l’équivalent d’un tremblement de terre de magnitude sept. « Cela équivaudrait à dix fois plus que n’importe lequel des plus grands glissements de terrain ayant généré un tsunami en Alaska au cours des 70 dernières années », a-t-elle précisé.

Image satellite du glacier Barry en Alaska. (Nasa)

Outre des images satellites de la Nasa, l’équipe de chercheurs a, entre autres, analysé des données issues de Sentinel-1 de l’Agence spatiale européenne et de Landsta, le plus ancien programme d’observation de la Terre par satellite. Autant de matériel qui leur a permis de voir comment la surface de l’Arctique dans cette région a évolué au fil du temps.

« Les spécialistes ont développé des outils qui ont confirmé la menace du glissement de terrain près du glacier Barry. Ces outils sont suffisamment sensibles pour permettre à l’équipe de détecter les signaux associés aux éruptions volcaniques, aux changements de la surface dus à la fonte du pergélisol et aux glissements de terrain. »Anna Liljedahl, géologue pour l’organisme de recherche scientifique Woods Hole Research Center

Alors que le glacier Barry continue de reculer, 600 millions de mètres cubes de terrain accidenté se retrouvent aujourd’hui fragilisés. Les scientifiques expliquent qu’en cas de rupture, cette masse composée de roches et de débris remplirait probablement le fjord.

À la suite de la découverte des scientifiques, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) responsable des alertes aux tsunamis est en train d’organiser une surveillance du glacier dans le but d’installer des équipements connectés à son réseau de systèmes d’alerte.

« Les gens en Alaska sont habitués à de nombreux risques naturels comme les tremblements de terre, les volcans et les risques d’incendie. Nous devons prendre cet état d’esprit et l’appliquer aux tsunamis générés par les glissements de terrain. »Anna Liljedahl, géologue pour l’organisme de recherche scientifique Woods Hole Research Center

Plusieurs aux mesures de sécurité sont sur le point d’être mise en place, assurent les scientifiques. La Division des études géologiques et géophysiques de l’Alaska (DGGS) surveille également la région autour du fjord Barry Arm.

En collaboration avec le Centre des tremblements de terre de l’Alaska, les autorités seraient sur le point d’installer une station sismique près du fjord qui aidera à détecter les mouvements soudains du glissement de terrain dans l’espoir d’éviter le pire des scénarios.

Avec les informations de la Nasa

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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