Mark Serreze : 40 années à scruter l’Arctique et ses changements

L’Arctique est défini par sa neige et sa glace et, quand celles-ci fondent, il perd son âme, croit le scientifique Mark Serreze, qui a passé la majeure partie de sa vie à observer cette région. (Mark Serreze)
Après quatre décennies à étudier et parcourir l’Arctique, le scientifique Mark Serreze, qui se décrit lui-même comme un ancien sceptique, revient sur les choses qui l’ont le plus marqué et sur les changements qui se sont opérés dans les régions du Nord.

« J’ai toujours aimé les choses froides, j’ai grandi dans le Maine aux États-Unis et la neige et la glace étaient mes terrains de jeux », se rappelle celui qui est aujourd’hui le directeur du Centre américain des données sur la neige et la glace, au Colorado.

Mark Serreze, qui est également professeur au département de géographie de l’Université du Colorado à Boulder, a mis les pieds dans l’Arctique pour la première fois en 1982, alors qu’il était encore étudiant. « Je croyais tout savoir, mais bien sûr, je ne savais rien », se souvient-il avec un sourire.

Selon les scientifiques, L’Arctique se réchauffe trois fois plus rapidement que le reste du globe. (Jérémie Bonneau/WIRL/Carleton University)

À l’époque, ce qu’il a découvert était encore une ancienne version de l’Arctique, explique-t-il. La région se trouvait alors dans un état similaire à celui qu’avaient répertorié les grandes expéditions du 19e siècle.

« C’était l’arctique avant que les choses ne commencent à changer : avant que l’atmosphère ne commence à se réchauffer, avant que l’on commence à perdre les glaces marines, avant que l’on commence à voir le dégel du pergélisol », avance le professeur.

« Si John Franklin et son équipage avaient pu être dans le coin dans les années 1980, je pense qu’ils se seraient dit « oui, c’est l’Arctique que nous connaissons ». »Mark Serreze, directeur du Centre américain des données sur la neige et la glace

Il reconnaît tout de même qu’à l’époque des grandes expéditions, comme la très célèbre expédition Franklin qui cherchait le passage du Nord-Ouest entre 1845 et 1848, les températures étaient plus froides.

Sceptique jusqu’en 2003

Ces changements, Mark Serreze n’a pas voulu les voir tout de suite. « Je vais être très clair : j’ai été un sceptique en ce qui concerne les sujets liés aux changements climatiques », avoue-t-il, avant de tempérer un peu son propos.

« Pendant longtemps, ce n’était pas clair pour moi que nous allions voir les changements, nous avions vu ce que nous appelions simplement la variabilité, la variabilité du climat arctique : certaines années plus chaudes, d’autres plus froides », se défend-il.

Il estime pourtant que des signes du changement climatique étaient déjà présents dans les années 1990. Même si, pour lui, 2003 a été une année décisive.

« L’ensemble des preuves est devenu si solide qu’il ne s’agissait plus seulement d’une sorte de variabilité naturelle du climat, de cycles. Il est devenu très clair que l’empreinte de l’humanité se trouvait maintenant sur l’Arctique », affirme Mark Serreze.

Ce processus de reconnaissance a été quelque chose qui est devenu très personnel pour lui.

La première fois que Mark Serreze a mis les pieds dans l’Arctique, il était encore étudiant et s’était porté volontaire pour être l’assistant d’un de ses professeurs, le climatologue Raymond S. Bradley. (Mark Serreze)

En 1982, il était parti étudier comment deux calottes glaciaires situées sur l’île d’Ellesmere, au nord du Nunavut, pouvaient avoir des effets sur le climat local.

« Nous avons regardé les données satellites il y a quelques années et elles n’étaient plus là », regrette-t-il. Il avoue avoir eu le sentiment que les calottes lui appartenaient presque puisqu’il en connaissait chaque recoin.

Plus qu’énumérer les changements, comprendre leurs conséquences

Ces changements liés au réchauffement de la planète ont aussi donné une direction différente aux études de Mark Serreze, qui s’intéresse aujourd’hui davantage aux conséquences qu’aux causes. « Qu’est-ce que cela signifie pour l’Arctique et les peuples de l’Arctique », se demande-t-il.

« Nous sommes dans ce nouvel Arctique et c’est un endroit très différent. Nous devrions donc commencer à réfléchir à la manière dont nous allons gérer cette situation maintenant, parce que nous comprenons en quelque sorte ce qui s’est passé. »Mark Serreze, directeur du Centre américain des données sur la neige et la glace

De tous les changements qu’il a observés, un l’inquiète particulièrement. Avec le dégel du pergélisol, du mercure se trouve libéré. « Des études ont montré que l’on pouvait observer des taux élevés de mercure dans le poisson et d’autres animaux de ce genre dans l’Arctique », met-il en garde.

En ce qui concerne des bactéries anciennes et mortelles relâchées par la fonte des glaces, comme c’est le cas dans de nombreux films ou séries, rien n’est moins sûr, affirme-t-il en esquissant un sourire.

Le professeur Serreze met ces idées anxiogènes un peu trop répandues sur le compte d’un manque d’éducation en ce qui concerne les sciences, « notamment aux États-Unis », précise-t-il.

Mark Serreze affirme qu’il a toujours aimé le froid et tout ce qui y est lié, ayant grandi dans le Maine, aux États-Unis. (Mark Serreze)

D’une si longue carrière, il y aurait encore beaucoup à dire et quand on lui demande d’évoquer les quelques souvenirs qui l’ont marqué, deux lui viennent en tête.

Avec le recul, le premier a de quoi l’amuser : jeune étudiant, il se rappelle avoir été pris en chasse par une bande de bœufs musqués, une expérience effrayante dont il est sorti indemne, précise-t-il.

Le second souvenir est moins anecdotique. « Au tout début, je me souviens à quel point je n’étais pas préparé à ce que j’allais vivre et aux engelures qui sont apparues sur mon visage et mes mains », se remémore-t-il. Là encore, il impute l’erreur au jeune étudiant qui croyait tout savoir.

Le professeur Serreze croit avoir acquis une certaine sagesse de ses années à côtoyer l’Arctique. « Vous savez, je fais cela depuis plus de 40 ans et j’apprends toujours », souligne le scientifique, pour qui la prochaine expédition au Nord aura lieu une fois la pandémie passée.

Laureen Laboret, Radio-Canada

Laureen Laboret, Radio-Canada

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