La « capitale des icebergs » n’en compte aucun cette année, où sont-ils?

Cette année, aucun glacier n’est arrivé dans la région de Twillingate, qui s’autoproclame la capitale mondiale des icebergs. (Patrick Butler/Radio-Canada)

C’est une tradition lors du retour des beaux jours à Twillingate. En temps normal, à compter du mois de mai, la mer entourant l’île se couvre d’icebergs blanc turquoise arrivés du Groenland.

« C’est tellement gros et on se demande comment ça se peut que quelque chose comme ça puisse se promener dans l’eau et rester là pendant des semaines des fois », relate Julie Canuel, Québécoise d’origine qui habite Terre-Neuve depuis 20 ans.

« On a eu des années records à un moment donné. Dans la baie juste derrière moi, il y en avait sept. Sept icebergs », raconte-t-elle, devant sa maison, à 100 mètres à peine du bord de l’eau. « Quand il s’effondre, ça se retourne […] c’est comme le tonnerre. Des fois, on est en train de dormir et on entend ça et on se dit : « OK, il se passe quelque chose! » »

Julie Canuel a déménagé à Twillingate avec sa famille il y a 20 ans. « C’est absolument idéal, pour moi. C’est un paradis », dit-elle. (Patrick Butler/Radio-Canada)

Les icebergs font partie de la vie à Twillingate, où l’industrie touristique s’est établie autour des glaciers flottants. Mais cette année, aucun glacier n’est arrivé dans la région.

« C’est un peu gênant », estime Dave Boyd. Avant la pandémie et la fermeture de la frontière provinciale, il donnait des visites en bateau à des centaines de touristes par année. La saison des icebergs s’étale habituellement de la mi-mai à la fin juin, explique-t-il.

Dave Boyd a pris près de 10 000 photos d’icebergs au cours des 50 dernières années et se dit bouleversé par leur absence cette année, un bilan surprenant pour Twillingate, une île qui aime se vanter d’être la « capitale des icebergs ».

Dave Boyd donne des visites en bateau aux touristes à Twillingate. (Dave Boyd/Radio-Canada)

« C’est bizarre, j’avoue », affirme Ray Boyd, un des résidents de Twillingate qui garde des morceaux d’iceberg âgés de plusieurs milliers d’années, dans son congélateur. Un petit luxe pour ses boissons du vendredi soir, précise-t-il en riant.

« La glace d’iceberg dure deux fois plus longtemps parce qu’elle est tellement dense », dit-il, en ajoutant qu’il a déjà vu des icebergs plus grands que le stade des Blue Jays, à Toronto, et que 90 % du glacier reste sous la surface de l’eau.

Des icebergs et des glaces de mer ont bloqué le port de Twillingate, à Terre-Neuve, en 2017. Cette année, aucun glacier n’est arrivé dans la région. (Colin Perkel/La Presse canadienne)
Un « événement extrême »

Jason Ross, prévisionniste principal au Service canadien des glaces, surveille les icebergs dans les eaux navigables au large du Canada et explique que l’absence de glaciers représente un « événement extrême », mais qui n’est pas sans précédent.

« L’année qu’on a eu le moins de glace, c’était en 2010. Je pense que cette année, j’ai regardé et puis […] on était en première ou deuxième place pour le moins de glace sur tous nos records des 30 dernières années », explique-t-il.

Des touristes observent un iceberg de près dans la baie de Bonavista, au large de Terre-Neuve, en juin 2019. (Paul Daly/La Presse canadienne)

Selon l’expert basé à Ottawa, le manque d’icebergs est le résultat d’un hiver plus chaud et des températures plus élevées dans la mer du Labrador.

« Ces choses-là sont des choses qui font fondre les icebergs », déclare-t-il, en rappelant que les icebergs peuvent flotter des années dans l’océan avant d’arriver à Terre-Neuve. « C’est très possible, l’année prochaine, qu’il y en ait une centaine. On ne le sait pas encore. »

Ce n’est pas une tendance linéaire, je vous dirais, mais la science démontre que ces événements extrêmes pourraient arriver de plus en plus souvent dans un climat qui se réchauffe.Jason Ross, prévisionniste principal, Service canadien des glaces
Ray Boyd habite Twillingate depuis son enfance. En temps normal, dit-il, l’arrivée des icebergs marque la fin de l’hiver. (Patrick Butler/Radio-Canada)
Quels impacts sur le tourisme?

À Twillingate, Julie Canuel rappelle qu’une année avec beaucoup d’icebergs représente aussi une année avec beaucoup de touristes.

« En hiver, tout est fermé ici, il y a un restaurant qui est ouvert », se désole-t-elle. « Avant c’était la pêche. La pêche, ici, c’était le numéro un. Quand les gens ont commencé à parler de tourisme, les gens disaient : « Jamais, jamais. » Et là, maintenant, on vit du tourisme, c’est la vie, ici. »

Elle soutient que cette région pittoresque offre bien plus que les glaciers aux visiteurs.

« On n’a peut-être pas d’icebergs, mais on a tellement de choses à faire, c’est incroyable. Le phare, les restaurants, les sentiers, la microbrasserie, le dîner-théâtre, il y a tellement de choses à faire », précise-t-elle. « On peut passer une semaine ici sans problème. »

Avec des informations de Josée Basque

Patrick Butler, Radio-Canada

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