La probabilité d’une marée noire pourrait dévaster l’Arctique canadien selon une étude

Dans le « pire des cas », une marée noire dans l’Arctique pourrait coûter plus de 9 milliards de dollars après cinq ans sans intervention, selon une nouvelle étude dirigée par Mawuli Afenyo. (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)

Une étude publiée dans la revue Risk Analysis affirme qu’une marée noire dans l’Arctique canadien pourrait coûter plus de 9 milliards de dollars sur cinq ans, en plus d’avoir des conséquences dévastatrices sur l’environnement et pour les communautés inuit qui y vivent.

Avec l’augmentation des températures dans l’Arctique canadien, les glaces qui fondent permettraient le transit de plus de bateaux par le passage du Nord-Ouest, ouvrant ainsi la voie à davantage de catastrophes comme des marées noires.

C’est en partant de ce constat que le chercheur à l’Institut des transports de l’Université du Manitoba Mawuli Afenyo a décidé d’étudier les conséquences de tels risques dans le Grand Nord canadien, grâce à une méthode de simulation, pour laquelle il s’est basé sur la catastrophe de l’Exxon Valdez, qui s’est échoué en 1989, déversant 40 000 tonnes de pétrole brut sur les côtes de l’Alaska.

« En lisant sur cet événement, j’ai été très surpris d’apprendre que la marée noire avait causé de nombreux dysfonctionnements familiaux et nui à la composition de la communauté », explique le chercheur, ajoutant que son étude s’intéresse donc à ce qui se passe après la catastrophe.

De lourdes conséquences pour les Inuit

M. Afenyo soutient que les effets d’une marée noire seraient dévastateurs sur les communautés inuit, notamment si leur mode de vie repose sur les activités de pêche. C’est la raison pour laquelle il pense qu’il est primordial que ces derniers soient inclus dans les conversations sur l’ouverture de la zone aux bateaux, dès le début.

L’Arctique n’est pas qu’une simple étendue d’eau, c’est une partie intégrante de la vie des gens qui y habitent.Mawuli Afenyo, chercheur à l’Institut des transports de l’Université du Manitoba et auteur principal de l'étude
Mawuli Afenyo est un chercheur de l’Université du Manitoba. Il détient un doctorat en ingénierie du pétrole et du gaz et s’est intéressé aux conséquences d’une marée noire dans l’Arctique canadien. (Photo : Mawuli Afenyo)

Le scénario de l’Exxon Valdez est « le pire » qui puisse se produire, soutient M. Afenyo, ajoutant que les marées noires sont « des événements peu probables, mais avec de lourdes conséquences ».

La simulation a eu lieu dans la région côtière de Rankin Inlet au Nunavut. La méthode utilisée par les chercheurs rassemble des données objectives et subjectives, telles que celles transmises par les gouvernements, les Inuit, des scientifiques, mais aussi des données sur les températures et la force de vent. Le tout calcule des coûts en fonction des scénarios.

Selon la simulation, la première année d’une marée noire pourrait coûter 630 millions de dollars. À la cinquième année, les coûts pourraient dépasser 9 milliards si rien n’était fait pour atténuer la crise.

L’importance d’une intervention rapide

C’est pourquoi il est important que les gouvernements soient prêts à réagir rapidement si une telle catastrophe devait se produire, argue Mawuli Afenyo.

Il rappelle qu’une marée noire dans l’Arctique n’a rien de comparable à une marée noire en eaux ouvertes. Pour lui, les propriétés géographiques sont à prendre en compte.

Si on n’agit pas rapidement, le pétrole peut s’infiltrer sous la glace et sera absorbé. Il pourrait aussi être absorbé par la neige.Mawuli Afenyo, chercheur à l’Institut des transports de l’Université du Manitoba et auteur principal de l'étude

Cette particularité rend le nettoyage bien plus compliqué et donc plus coûteux qu’à d’autres endroits. Sans compter que l’Arctique canadien manque d’infrastructures, ce qui pourrait freiner les efforts d’atténuation des impacts, ajoute le chercheur.

Même s’il soutient qu’une marée noire est aujourd’hui peu probable, étant donné le nombre très réduit de bateaux qui ont accès à l’Arctique, il souhaite continuer à travailler sur sa méthode pour la mettre la plus à jour possible et en faire une application pour téléphones mobiles qui servirait aux gouvernements ou aux compagnies d’assurances par exemple.

Avec des informations de Karina Zapata, pour CBC.

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