Dans le Grand Nord canadien, l’ouverture d’un magasin d’alcool inquiète les résidents de Rankin Inlet, au Nunavut

La communauté de Rankin Inlet compte environ 2500 habitants, selon le recensement de 2016. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Un second magasin d’alcool a désormais pignon sur rue au Nunavut. Les résidents de Rankin Inlet, dans la région de Kivalliq, peuvent s’y rendre depuis samedi pour se procurer de l’alcool en personne. L’ouverture de l’établissement suscite toutefois de nombreuses inquiétudes au sein de la communauté.

Le maire Harry Towtongie appréhende surtout les retombées du nouvel établissement à l’approche de la période des Fêtes.

« Le moment choisi est un peu épeurant parce que nous approchons de Noël, affirme-t-il. Nous demandons aux gens d’être prudents et de veiller les uns sur les autres. »

Le maire de Rankin Inlet, Harry Towtongie (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Deuxième magasin d’alcool au Nunavut

Iqaluit était jusqu’à récemment la seule collectivité du territoire à disposer d’un magasin d’alcool. Cet établissement a initialement ouvert en 2017 dans le cadre d’un projet pilote, avant d’avoir pignon sur rue de manière permanente.

Comme c’est déjà le cas dans la capitale, les résidents de Rankin Inlet peuvent maintenant se procurer du vin, de la bière et du cidre en personne. Ils devaient auparavant obtenir un permis d’importation auprès de la Société des alcools et du cannabis du Nunavut.

Le premier magasin d’alcool du Nunavut a ouvert ses portes à Iqaluit en 2017. (Jackie McKay/CBC)

En mai 2017, le gouvernement du Nunavut a tenu un référendum sur l’ouverture d’un magasin d’alcool. Environ 75 % des 505 personnes qui se sont prononcées ont exprimé leur accord.

Un résultat qui surprend encore Leah Gibbons « J’étais choquée. Je ne comprends pas comment autant de personnes ont voté pour cela », dit-elle.

Manque de ressources en santé mentale

Leah Gibbons raconte qu’elle a elle-même eu une dépendance à l’alcool dans le passé, une période qu’elle a surmontée en se tournant vers des aînés et en obtenant du soutien en santé mentale. « Cela m’a beaucoup aidée de pouvoir en parler autour de moi », explique-t-elle.

Elle déplore toutefois le manque de services en santé mentale dans sa communauté. Elle croit que l’ouverture du magasin d’alcool aurait dû avoir lieu après la mise en place de ressources adéquates.

À la fin du mois de novembre, des résidents de Rankin Inlet ont brandi pancartes et banderoles pour demander plus de services en santé mentale. Cette manifestation survenait après le rassemblement organisé par de jeunes étudiants un peu plus tôt à Iqaluit.

Dans la capitale territoriale, l’absence d’un centre de rétablissement lors de l’ouverture du magasin d’alcool avait suscité des inquiétudes similaires. Le projet, initialement annoncé en 2019, en est toujours à ses balbutiements.

« [Des services] en santé mentale auraient dû être octroyés avant l’ouverture du magasin d’alcool. »Harry Towtongie, maire de Rankin Inlet

Le maire de Rankin Inlet rappelle que plusieurs suicides ont endeuillé la collectivité au cours des derniers mois. « C’est certain que nous sommes préoccupés », dit-il en soupirant.

Le directeur de la Société des alcools et du cannabis du Nunavut, Daniel Young, est au fait des inquiétudes que suscite l’ouverture de l’établissement. « Nous constatons que tout le monde n’est pas en sa faveur dans la communauté », admet-il.

Il affirme que la Société fera son possible pour « minimiser les dommages » sur la communauté et « aider à changer les habitudes de surconsommation » puisqu’il ne sera pas possible pour les résidents d’acheter des bouteilles de spiritueux.

Avec les informations de Teresa Qiatsuq

Matisse Harvey, Radio-Canada

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