Google Street View et le défi du Grand Nord canadien

Le centre-ville de Whitehorse a bien changé depuis le dernier passage de Google Street View, il y a 12 ans. De nombreux immeubles sont sortis de terre et le centre culturel Kwanlin Dün a été construit au bord du fleuve Yukon. (Vincent Bonnay/Radio-Canada)
Google Street View, ce petit bonhomme jaune qui vous permet de connaître une rue avant d’y être passé, de visiter une ville depuis votre canapé, ou de repérer l’adresse de votre dentiste, nécessite le déploiement d’une technologie qui se heurte parfois à l’éloignement.

À Vancouver, les images de Gastown remontent à l’hiver 2020, le pont Burrard, lui, a été traversé en mai dernier, mais au nord du 60e parallèle, malgré la mise à jour des cartes, le monde a quelque peu changé depuis le dernier passage de Google.

Yellowknife a eu une visite en septembre 2019 et Iqaluit, en mars 2013. À Whitehorse, les images remontent à plus de 12 ans (juillet 2009). À Riverdale, les nouvelles écoles CSSC Mercier et FH Collins n’étaient pas sorties de terre et Whistle Bend n’était encore qu’une forêt.

« Idéalement, on vise à ce que le monde entier soit cartographié, partout où des gens vivent, dans le Nord aussi », explique Ethan Russel, le directeur de la gestion des produits de Google et membre de l’équipe Google Map, « mais le défi, c’est comment y parvenir à l’échelle globale et garder ça à jour. »

Tout a commencé il y a 12 ans, sur le campus de Google en Californie, quand Harry Peach a décidé de « scotcher des caméras sur une camionnette. »

Depuis, Google affirme avoir enregistré environ 16 millions de kilomètres, soit 400 fois le tour du monde, et les systèmes ont aussi évolué.

Les voitures sont équipées de neuf caméras qui permettent de capturer une vue complète de l’endroit, d’un système de traitement d’images et d’un lidar, un système qui utilise des impulsions infrarouges pour calculer des distances, comme la largeur de la route.

« C’est crucial pour notre façon de créer les cartes et les garder à jour », affirme Ethan Russell. Pour couvrir encore plus de terrain, le système a même été adapté et placé sur des motoneiges ou des chameaux, notamment.

Aux îles Féroé, ce sont des moutons qui l’ont porté lors d’une opération baptisée Google Sheep View. Ailleurs, des sacs à dos ont également été utilisés.

On cherche un équilibre entre le fait de collecter les images de nouveaux endroits et le fait de maintenir à jour les routes déjà explorées.Ethan Russel, directeur de la gestion des produits pour Google

Ces versions portables ont permis d’arpenter certaines zones piétonnières en pleine ville, mais aussi des endroits inaccessibles, comme le parc national de Quttinirpaaq, au Nunavut, et la mythique piste Chilkoot, au Yukon, grâce à un partenariat avec Parcs Canada.

Parc national Quttinirpaaq (Nunavut)
Explorer ou actualiser?

Si accéder aux routes des territoires ou aux communautés isolées est un premier défi, le second est de garder les zones à jour. Lorsqu’il est question de priorité, la faible population du Nord canadien ne plaide pas en faveur de la région.

« Nous regardons où nous avons le plus grand nombre d’utilisateurs, là où l’on constate le plus de changements et on priorise en fonction de ça », détaille Ethan Russell.

Pour faire face à la tâche colossale, le géant du web mise donc sur ces utilisateurs et un effort collaboratif pour collecter de nouvelles images. Les particuliers peuvent ainsi parcourir les rues avec des caméras à 360 degrés et partager leurs images avec Google.

Google explique ne pas communiquer le nombre de véhicules qui parcourent le globe ni leurs destinations. Ethan Russell confie que « c’est toujours sympathique de voir la réaction des gens quand ils voient les véhicules par surprise ».

En attendant la « surprise », le nouveau visage de Whitehorse restera invisible aux yeux des internautes, une façon, pour ses habitants, de préserver ce secret bien gardé.

Vincent Bonnay, Radio-Canada

Vidéojournaliste au Yukon pour Radio-Canada

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