Dans le Grand Nord canadien, vivre son identité afro-inuit à l’adolescence

Tasiana Shirley, 16 ans, est née à Iqaluit, où elle habite aujourd’hui avec ses parents et son frère cadet. Elle a aussi des origines africaines du côté de la famille de son père. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Sienna Dunphy et Tasiana Shirley ont respectivement 14 et 16 ans. Iqalummiut de naissance, elles portent en elles des racines africaines qui les amènent aujourd’hui à s’interroger sur leurs origines. Portrait de leur identité aux multiples visages.

À mesure qu’elles approchent de l’âge adulte, les deux adolescentes prennent de plus en plus conscience de leurs origines.

Tasiana Shirley est née d’une mère inuk et d’un père afro-canadien. « Toute la famille du côté de mon père habite aux États-Unis, donc je ne suis pas souvent en contact avec elle. Mais quand j’ai l’occasion, nous passons du bon temps », explique-t-elle.

Elle se souvient notamment d’une réunion familiale à Long Island, à New York, il y a quelques années, où elle a eu l’occasion de rencontrer des membres de sa famille élargie pour la première fois.

« Ma mère, mon frère et moi étions les seules personnes qui n’étaient pas noires et je me suis dit : « Wow, c’est ma famille! » », se remémore-t-elle.

« Je suis très intéressée par les origines du côté de mon père. Je reconnais que cela fait partie de qui je suis », poursuit Tasiana Shirley.

Elle raconte que cette facette de son identité suscite souvent la surprise de ses camarades de classe. « Ils ont toujours pensé que mon père était Inuk, puisqu’il parle l’inuktitut et il a grandi à Rankin [Inlet] », dit-elle.

Ayant grandi au Nunavut, où environ 85 % de la population est Inuit, Tasiana Shirley souligne que la culture inuit est partie prenante de sa vie depuis son jeune âge. Il lui est donc difficile de cerner tous les contours de son identité. « Cela m’est encore un peu abstrait. J’apprends à peine à me définir. »

Je suis très proche de mes racines inuit, bien que je reconnaisse mes racines africaines.Tasiana Shirley, 16 ans
Tasiana Shirley, entourée de ses parents Jamal Shirley et Karliin Aariak, et de son frère cadet, James Aliguq Aariak Shirley. (Tasiana Shirley)
« J’ai grandi en écoutant des chants de gorge »

Sur les 7740 habitants d’Iqaluit, 555 sont immigrants et 130 sont d’origine africaine, selon les données du recensement de 2016. Or, les Iqalummiut nés d’unions mixtes afro-inuit se font de plus en plus nombreux dans la capitale territoriale.

Sienna Dunphy est née d’une mère crie et d’un père originaire de Saint-Kitts-et-Nevis, dans la mer des Caraïbes. Bien qu’elle se dise « fière » de ses racines, elle explique que c’est surtout la culture inuit qui a pris le dessus dans sa vie, même si elle n’est pas bénéficiaire inuk.

Sienna Dunphy, 14 ans, est née à Iqaluit d’une mère crie et d’un père originaire de Saint-Kitts-et-Nevis, dans la mer des Caraïbes. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

« J’ai grandi en écoutant des chants de gorge. Un jour, j’ai essayé et j’ai finalement appris à en faire », raconte-t-elle.

Elle apprend aussi à parler l’inuktitut, un dialecte inuit qu’elle sait lire et écrire. « Mes camarades de classe me demandent parfois ce que veut dire tel ou tel mot parce qu’ils savent que je comprends bien [l’inuktitut]. »

Sienna Dunphy ajoute que d’autres élèves la questionnent parfois sur son teint de peau basané, qui pique leur curiosité. Leurs questions sont toutefois posées avec respect, soutient-elle.

« Je suis vraiment heureuse que les gens au Nunavut soient accueillants. Ils sont inclusifs et s’assurent que tout le monde fasse partie d’un groupe quand ils se sentent à part. »

Sienna Dunphy a appris toute jeune à faire des chants de gorge en écoutant sa grande sœur et des aînés dans son entourage. (Mario De Ciccio/Radio-Canada)

Sa mère, Karen Dunphy, reconnaît que l’identité de sa fille est à l’image de l’environnement où elle a grandi. « C’est de cette manière que j’ai voulu l’élever, dit-elle. Même si nous ne sommes pas Inuit, je voulais qu’elle ressente ce que c’est que d’être Autochtone. »

Matisse Harvey, Radio-Canada

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