Cinq faits à savoir sur le réchauffement du climat en Arctique, selon une écologue

Le changement climatique dans des endroits comme Qikiqtaruk, dans l’ouest de l’Arctique canadien, entraîne l’érosion du littoral. (Jeff Kerby)
À l’occasion d’un séminaire sur l’Arctique, organisé jeudi par la faculté de foresterie de l’Université de la Colombie-Britannique, l’écologue Isla Myers-Smith, de l’Université d’Édimbourg, expose cinq faits qu’elle juge importants sur les effets des changements climatiques en Arctique.
1. L’Arctique se réchauffe de 3 à 4 fois plus vite que le reste de la planète

En l’espace de quelques années, les statistiques sur le réchauffement de l’Arctique ont évolué considérablement, selon Isla Myers-Smith.

« Il y a quelques années, nous disions [que l’Arctique se réchauffe] deux fois plus rapidement que le reste de la planète, mais l’année dernière, certaines études ont démontré que le réchauffement se fait trois fois plus rapidement, et puis, en décembre [2021], quatre fois plus rapidement. »

Isla Myers-Smith, écologue à l’Université d’Édimbourg, étudie les changements de la végétation dans le cadre d’un programme de surveillance à long terme sur l’île Qikiqtaruk. (Jeff Kerby)

L’évolution du climat est donc plus facilement perceptible dans le nord que dans le sud, affirme la spécialiste de l’écologie : « Les changements ont une ampleur beaucoup plus grande. »

2. La saison de croissance des plantes débute plus tôt

L’hiver de l’Arctique étant très long, les plantes se sont adaptées pour accomplir tous leurs cycles de vie en l’espace de seulement six à huit semaines.

Deux photos, l’une prise en 1987, l’autre, en 2019, permettent de comparer la végétation de la toundra arctique. (Jeff Kerby)

« L’un des changements que nous observons, c’est une période de croissance et de floraison plus précoce, et des plantes qui poussent plus vite dans ces températures plus chaudes. »

Il peut également y avoir « davantage de plantes dans le paysage de la toundra, donc certains endroits qui étaient auparavant des sols nus ont maintenant recouvert des plantes », constate la scientifique.

Les arbustes, notamment, prospèrent dans ces conditions différentes.

Qui est Isla Myers-Smith?

Originaire de Vancouver, Isla Myers-Smith fait partie des auteures du deuxième volet du rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), consacré aux impacts et à l’adaptation aux changements climatiques.

3. Un habitat plus favorable à certains animaux

Ces changements touchant à la végétation peuvent entraîner un bouleversement pour les animaux qui dépendent de ces plantes.

« Nous constatons que certaines espèces que l’on trouvait principalement dans la forêt boréale, le biome situé au sud de la toundra arctique, se déplacent vers le nord », affirme Isla Myers-Smith.

« Ainsi, l’orignal et le castor, par exemple, se déplacent vers le nord dans la toundra, car les habitats sont désormais meilleurs pour ces espèces. »

Les caribous et les rennes de la péninsule de Yamal en Russie sont influencés par l’évolution de la végétation de la toundra, notamment par le changement de la période de croissance des plantes et l’augmentation de la couverture d’arbustes. (Jeff Kerby)

Cela peut avoir un impact sur les populations de la région : « Les différentes communautés de l’Arctique peuvent être plus proches ou plus éloignées des espèces sauvages et les obliger à voyager plus loin pour trouver les espèces dont ils dépendent. »

Isla Myers-Smith, qui explore l’Arctique depuis près de deux décennies, a beaucoup appris sur les écosystèmes nordiques grâce aux populations locales, notamment les Inuvialuit et les Gwich’in.

« Il est important de collaborer avec les habitants de l’Arctique canadien, qui ont une vision à plus long terme des changements qui s’y produisent », affirme-t-elle.

4. 80 % de la biomasse en Arctique se trouve sous terre

Les études scientifiques dans l’Arctique se concentrent sur ce qui se passe en surface, mais la plupart des questions vraiment importantes se posent sous la surface du sol, où une grande quantité de carbone est stockée en Arctique.

« C’est, en quelque sorte, un congélateur pour la planète qui entrepose du carbone gelé. Avec les changements climatiques, nous avons ouvert la porte de ce congélateur », explique Isla Myers-Smith.

Le réchauffement du climat dans des endroits comme Qikiqtaruk, dans l’Arctique canadien, entraîne un dégel du pergélisol. (Jeff Kerby)

D’une journée à l’autre, les scientifiques de l’équipe peuvent d’ailleurs attester de l’érosion côtière. « Chaque jour, nous ne pouvions plus marcher là où nous avions marché la veille », raconte Isla Myers-Smith.

5. Ce qui se passe en Arctique ne reste pas en Arctique

Entre climatologues, l’expression « ce qui se passe en Arctique ne reste pas en Arctique » est devenue courante, confie Isla Myers-Smith.

Selon elle, la perte de la banquise et le dégel du pergélisol « ont pour effet de libérer du carbone dans l’atmosphère, ce qui pourrait accélérer le réchauffement de la planète dans son ensemble ».

Les changements climatiques entraînent une fonte des glaces polaires, ce qui modifie la faune et la flore dans l’Arctique, comme ici, dans le nord-est du Groenland. (Jeff Kerby)

L’équilibre entre ce carbone libéré et celui capturé par la croissance des plantes est en constante évolution. « L’une des grandes questions que nous essayons de clarifier est de savoir quelle quantité de carbone est émise et comment cela va évoluer à l’avenir », conclut-elle.

L’écologue compte continuer de s’aventurer dans les territoires nordiques en pleine transition dans l’espoir de répondre à ces questions.

Un texte de Camille Vernet

Radio-Canada

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