Dans le Grand Nord canadien, deux communautés du Nunavik veulent devenir moins dépendantes du diesel

Matthew Mukash, le président du KWREC, désigne un endroit au sommet d’une colline à six kilomètres à l’extérieur des communautés crie et inuit de Whapmagoostui et Kuujjuarapik, où pourrait éventuellement se trouver le parc éolien. (KWREC)
Whapmagoostui, une communauté crie du Nunavik, et Kuujjuarapik, un village inuit voisin, brûlent annuellement 3 millions de litres de diesel. Les deux communautés tentent actuellement de réduire leur dépendance à ce carburant grâce à un projet commun de centrale électrique hybride comprenant des éoliennes.

Les communautés nordiques du Canada utilisent encore largement le diesel pour s’alimenter en électricité et se chauffer, d’après un rapport de l’Institut Pembina publié en 2020. Ensemble, elles en brûlent plus de 682 millions de litres par an.

Mais Whapmagoostui et Kuujjuarapik veulent changer cela grâce à un projet commun d’énergie renouvelable qui termine actuellement un processus d’évaluation environnementale.

« Les changements climatiques affectent les communautés de nombreuses façons », a déclaré Matthew Mukash, président de la Kuujjuaraapik-Whapmagoostui Renewable Energy Corporation (KWREC), à l’origine du projet, et qui y travaille depuis 2011.

Les deux communautés, situées à environ 1200 km au nord de Montréal, ne sont accessibles que par avion. Elles comptent ensemble un peu plus de 1700 habitants.

« Il fait de plus en plus chaud. Nous n’avons pas d’hivers aussi froids qu’il y a, disons, 30 ans. Et c’est mauvais pour les chasseurs, car les conditions de la glace sont très dangereuses », a déclaré Mukash.

M. Mukash voit le projet de centrale électrique hybride comme un moyen pour sa communauté de faire partie de la solution et d’inspirer d’autres communautés du nord à faire de même.

Si elle est approuvée, la première phase du projet verra deux éoliennes installées à six kilomètres du village sur une colline et une centrale électrique hybride construite pour fournir de l’électricité aux communautés en forte croissance. Il est également prévu d’ajouter à terme une composante utilisant la biomasse à la centrale électrique.

M. Mukash et Anthony Ittoshat, vice-président du KWREC et maire de Kuujjuarapik, ont comparu devant le Comité d’examen des impacts environnementaux et sociaux (COMEX) à la fin février, une étape clé dans l’avancement du projet.

Les deux éoliennes seraient installées sur une colline à six kilomètres à l’extérieur des villages. Les promoteurs espèrent également ajouter une composante utilisant la biomasse au réseau électrique à l’avenir. (KWREC)
Une longue bataille pour protéger la Grande rivière de la Baleine

Le projet marquerait également une étape importante dans le combat que M. Mukash a mené toute sa vie pour protéger la Grande rivière de la Baleine.

Au début des années 1990, alors qu’il était chef de Whapmagoostui, l’ancien premier ministre du Québec Robert Bourassa voulait construire des barrages sur huit rivières importantes, dont la Grande rivière de la Baleine.

Le projet de 12,6 milliards de dollars aurait affecté un écosystème de la taille de la France.

Les Cris et les Inuit de Whapmagoostui et de Kuujjuarapik ont entamé des contestations judiciaires et des efforts de lobbying aux États-Unis pour tenter de l’arrêter, et ils ont finalement réussi.

« Lorsque nous nous sommes opposés au projet de la Grande Baleine, on nous a toujours demandé : « Avez-vous une alternative durable au développement hydroélectrique? » », s’est rappelé M. Mukash.

Une meilleure relation avec Hydro-Québec

La centrale hybride remplacerait une centrale diesel désuète de 70 ans, construite à l’origine par l’armée et maintenant exploitée par Hydro-Québec.

« En ce moment, Hydro-Québec ne peut même pas connecter notre aréna au réseau parce que la centrale n’a pas la capacité », a déploré M. Mukash.

Hydro-Québec soutient KWREC avec une expertise technique, des mises à niveau de ses installations, et l’installation en 2021 d’un système de stockage sur batterie de 900 kilowatts, selon Gabrielle Leblanc, porte-parole du service public.

« Le projet éolien développé par KWREC fait partie de la stratégie d’Hydro-Québec visant à convertir partiellement ou totalement ses systèmes hors réseau à une énergie plus propre », a déclaré Mme Leblanc par courriel.

Hydro-Québec s’est également engagée à payer et à construire une ligne de sept kilomètres et 25 kilovolts pour relier le parc éolien à la centrale thermique.

Retombées économiques

KWREC et Hydro-Québec négocient toujours un accord pour que le service public achète l’électricité produite par le projet, ce qui, selon Mme Leblanc, est « l’approche préférée » par le service public.

« [Cela] permet d’impliquer les communautés d’accueil dans la transition énergétique, en plus de favoriser le développement et les retombées économiques pour elles », a-t-elle expliqué.

Tugliq Energy en est déjà à la troisième phase de l’installation de son parc éolien à la mine Raglan, dans l’extrême nord du Québec. La première turbine est entrée en service en 2014. Les première et deuxième turbines permettent à Glencore, propriétaire de la mine de nickel, d’économiser environ 4,4 millions de litres de carburant diesel par an.

Une éolienne installée par Tugliq Énergie à la mine Raglan, au Nunavik, en 2015. (Michelle Marquis/Tugliq Énergie)

M. Mukash dit que le parc éolien n’est que le début des avantages économiques que le partenariat entre les Cris et les Inuit pourrait apporter aux deux communautés.

« Il y a aussi la création d’emplois […] et des opportunités économiques », a évoqué M. Mukash. « C’est un projet très, très important non seulement pour le présent, mais aussi pour l’avenir de la communauté. »

Mukash a déclaré qu’une grande partie du financement est en place et que si le projet est approuvé par le COMEX, le gouvernement du Québec et la Commission de l’énergie du Québec, il pourrait être opérationnel d’ici 2025.

Avec les informations de Susan Bell

Radio-Canada

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