Un vol direct entre le Canada et le Groenland pour renforcer le lien entre les Inuit

Des négociations entourant la création d’un vol direct entre le Groenland et le Nunavut sont porteuses d’espoir pour des familles qui vivent de part et d’autre du détroit de Davis. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Environ 800 kilomètres séparent la ville d’Iqaluit, au Nunavut, et Nuuk, la capitale du Groenland. Un véritable saut de puce en avion, encore faut-il qu’un vol relie ces capitales. Les transporteurs aériens Canadian North et Air Greenland envisagent d’offrir une liaison aérienne directe entre Iqaluit et Nuuk, mais le projet se fait attendre dans les deux territoires.

« J’ai des descendants ici, mais j’aimerais qu’ils rencontrent ma famille au Groenland », indique la militante, avocate, chanteuse et enseignante inuk Aaju Peter. Cette dernière est née dans la communauté d’Arkisserniaq, dans le nord du Groenland, mais réside à Iqaluit depuis plus de 40 ans.

« Je m’ennuie aussi de la nourriture traditionnelle à laquelle je suis habituée au Groenland », dit-elle. Ce n’est pourtant pas l’envie qui freine Aaju Peter de se rendre plus régulièrement dans ce territoire voisin du Nunavut.

Nous sommes les mêmes personnes, nous avons la même langue et nous avons été colonisés par deux entités différentes, les Danois et les Canadiens.Aaju Peter, avocate et militante groenlandaise
À leur point le plus proche, à la hauteur de l’île d’Ellesmere, au Nunavut, seule une vingtaine de kilomètres séparent les deux territoires. (Radio-Canada)
Un itinéraire de trois jours… pour se rendre à 800 km de distance

Devant l’absence de vols directs entre Iqaluit et Nuuk, il lui faut prévoir un déplacement d’environ trois jours et parcourir une distance d’environ 8500 km qui court sur trois pays et sur trois fuseaux horaires.

En partance d’Iqaluit, l’un des itinéraires les plus fréquents impose de passer par Ottawa, Toronto et Reykjavik, en Islande, avant de prendre un dernier vol vers Nuuk.

Combien de personnes peuvent se permettre de prendre six jours de congé simplement pour se déplacer?Aaju Peter, avocate et militante groenlandaise

Des compagnies aériennes, dont Air Nunavut, offrent aujourd’hui de noliser des vols entre les deux villes, mais la facture d’un tel trajet, qui s’élève jusqu’à environ 30 000 $, n’est pas donnée à tous les portefeuilles.

Il faut prévoir environ trois jours pour se rendre à Nuuk, au Groenland, en provenance d’Iqaluit. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
À Nuuk, un aéroport difficile d’approche

Bien malgré lui, l’aéroport de Nuuk ne convient pas à toutes les pointures. Plusieurs compagnies aériennes n’ont pas la flotte pour s’y poser.

À l’heure actuelle, des avions de type Dash 8-200, qui peuvent accueillir de 37 à 39 passagers, sont les plus grands appareils capables d’y atterrir. Déployée sur à peine 945 mètres et entourée de montagnes, sa piste d’atterrissage est réputée pour ses approches complexes.

« La piste est relativement courte et il y a plusieurs obstacles autour », explique le copilote pour Icelandair Kristjan Orri Magnusson. L’entreprise aérienne offre plusieurs vols par semaine entre l’Islande et le Groenland, bien que les conditions météorologiques empêchent régulièrement ses avions d’atterrir.

Kristján Orri Magnússon travaille pour la compagnie aérienne Icelandair par intermittence depuis 2008. Il croit avoir effectué le trajet Reykjavik-Nuuk une cinquantaine de fois. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

À Nuuk, la construction d’un nouvel aéroport laisse entrevoir de nouvelles possibilités pour le Groenland, selon le PDG de Kalaallit Airports, un consortium privé et public de gestion aéroportuaire. « Ce sera un aéroport international où il sera possible de se rendre directement en Amérique du Nord et en Europe, sans aucun problème », soutient Jens Lauridsen.

La construction, qui doit s’achever à la fin de 2024, a toutefois connu plusieurs retards. « La raison principale du retard est la pandémie, qui a été un coup dur lorsqu’elle s’est déclenchée », poursuit-il.

De nouveaux aéroports sont aussi en chantier à Ilulissat et à Qaqortoq, respectivement situées dans l’ouest et le sud du Groenland.

La nouvelle piste d’atterrissage, qui s’étendra sur 2,2 km, pourra accueillir de plus larges appareils, comme des Boeing 737, des Airbus A320 et A330. Cela signifie que des compagnies aériennes qui n’avaient pas les avions adéquats pour se poser au Groenland pourront maintenant le faire.

Le chantier de construction du terminal du futur aéroport de Nuuk. Le projet doit se terminer à la fin de 2024, après des retards occasionnés principalement par la crise sanitaire. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Un vol direct en chantier

En janvier 2020, les compagnies Canadian North et Air Greenland ont signé une lettre d’intention visant à étudier des possibilités de partenariats pour « faciliter le commerce, encourager le tourisme et soutenir la connexion culturelle » entre le Groenland et l’Amérique du Nord, peut-on lire dans l’entente.

L’entreprise envisageait notamment de relier Iqaluit à Nuuk ainsi qu’à Ilulissat, mais d’ajouter aussi des vols estivaux en partance de Toronto vers ces deux villes de l’ouest du Groenland.

Deux ans se sont toutefois écoulés depuis la signature de l’entente et l’avenir du projet semble incertain. Bien qu’elle affirme que son intérêt demeure, la compagnie aérienne Canadian North a décliné nos demandes d’entrevue, arguant qu’il n’y a aucun nouveau développement. Air Greenland n’a pas non plus fourni de détails.

Les discussions entourant la création d’un vol direct entre le Nunavut et le Groenland ne datent pas d’hier. Dans le passé, Iqaluit et Nuuk étaient desservies par une liaison aérienne. Air Greenland a commencé à offrir ce trajet à la fin des années 1980 jusqu’en 2001, avant de la rétablir brièvement de 2012 à 2014.

Un avion Dash 8-200 de la compagnie aérienne Air Greenland s’apprête à décoller de Nuuk.
Renforcer les liens culturels et économiques

La consule honoraire du Danemark à Iqaluit, Navarana Beveridge, croit que les deux territoires ont tout à gagner de renforcer leurs échanges et de s’inspirer l’un de l’autre. Elle cite notamment le développement touristique, le partage de ressources, les occasions d’affaires et l’éducation.

« Il y a tellement d’intérêts communs et de similarités historiques en ce qui a trait à la langue, la culture, la vision du monde et l’histoire, indique la consule. Je pense qu’un lien aérien direct alimenterait tout ce potentiel. »

Matisse Harvey, Radio-Canada

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