Il y a 30 ans, une expédition munie d’un GPS a dévoilé l’altitude du toit du Canada

En 1992, la technologie n’offrait à l’équipe que quelques fenêtres de temps spécifiques pour recueillir les données de géolocalisation dont elle avait besoin. (Michael Schmidt)
Le plus haut sommet du Canada a été conquis pour la première fois en 1925, mais l’altitude du mont Logan n’a été connue précisément que 67 ans plus tard, lorsqu’une expédition a réussi à l’atteindre avec une nouvelle technologie : le système de localisation par satellite GPS.

À quelle altitude s’élève le toit du Canada? Dans les années 1990, la réponse variait entre 5950 et 6050 mètres. Jusqu’à ce que le géophysicien Michael Schmidt décide de chercher la solution.

En 1992, il travaillait pour la Commission géologique du Canada. Les équipes cherchaient un moyen de souligner les 150 ans de l’organisation et les 125 ans de la Confédération.

« J’ai répondu que le mont Logan portait le nom du directeur fondateur de la Commission, sir William E. Logan, et qu’il semblait y avoir une grande incertitude quant à son altitude », se remémore Michael Schmidt. Il a alors lancé : « Allons le mesurer avec le GPS. »

Michael Schmidt a lancé l’expédition pour mesurer l’altitude exacte du mont Logan. (Pat Morrow)

Il y a 30 ans, le GPS n’était pas aussi démocratisé qu’aujourd’hui. Il n’était pas présent dans chaque voiture ni intégré à chaque téléphone intelligent. Et les satellites eux-mêmes n’étaient pas légion au-dessus de nos têtes. Michael Schmidt connaissait toutefois cette technologie et comptait bien voir ce qu’elle pouvait apporter.

Constituer l’équipe

La Commission a donné son aval, de même que la Société géographique royale du Canada et le Service canadien des parcs, l’ancêtre de Parcs Canada. Il lui fallait maintenant constituer une équipe capable d’atteindre le deuxième point d’Amérique du Nord, qu’il soit à 5950 ou à 6050 mètres, les chiffres le plus souvent avancés à l’époque.

Le guide de montagne et photographe professionnel Roger Laurilla se souvient de l’appel de son ami Michael Schmidt lui demandant s’il voulait prendre part à l’expédition. En moins d’une minute, il avait sa réponse : « Hum… oui! »

En Colombie-Britannique, la grimpeuse Sue Gould a reçu le même appel. Elle avait pour mission d’organiser toute la nourriture, une tâche vitale pour toute expédition, d’autant plus que l’équipe allait passer environ un mois sur la montagne.

L’expédition comptait 13 membres au départ. Dix sont arrivés au sommet. (Michael Schmidt)

« N’importe quel aspirant guide sauterait sur l’occasion pour faire une grande expédition. Il n’y avait même pas à réfléchir », dit-elle.

D’autres se sont progressivement joints à l’équipe, selon leur champ d’expertise, qu’ils soient grimpeurs, ingénieurs ou photographes. Au début du mois de mai 1992, 13 membres ont commencé leur périple vers la montagne, transportant l’équipement nécessaire de camp en camp et s’acclimatant progressivement aux températures et à l’altitude.

La longue ascension

La météo, sur les versants du mont Logan, est connue pour être imprévisible et a souvent contrecarré les plans et les ambitions des alpinistes. Si dans l’ensemble l’expédition a été chanceuse, elle a failli être ensevelie dans son sommeil par une tempête de neige.

Roger Laurilla se souvient s’être réveillé en pleine nuit. Son cœur s’est emballé sans comprendre pourquoi. Il a alors remarqué que le calme était retombé après une nuit agitée.

« C’était vraiment étrange. Je me suis mis à genoux, j’ai ouvert la porte et j’ai regardé dehors », dit-il. Il n’a rien vu, mais a réalisé d’un coup ce qu’il se passait. « Nous étions ensevelis par la tempête. »

L’équipe a dû déterrer ses tentes après avoir été presque ensevelie par une tempête de neige. (Michael Schmidt)

Le monoxyde de carbone qui s’était accumulé à l’intérieur de la tente recouverte de neige avait fait réagir son cœur. Plus de peur que de mal, mais « ouais, c’était quelque chose », résume-t-il.

Au cours des trois semaines de leur périple, plusieurs membres de l’équipe ont dû rebrousser chemin. Une fois au pied de la dernière marche, au début du mois de juin, ils n’étaient plus que 10 à pouvoir tenter l’ascension.

À l’époque, la technologie GPS ne leur laissait pas le choix. Il fallait tenter l’ascension lorsque les satellites étaient accessibles pour pouvoir transmettre les données nécessaires au calcul de l’altitude.

Ils ont croisé les doigts pour que la météo leur soit clémente, et elle l’a été. Un ciel bleu et une vue spectaculaire les attendaient. Une vision qui n’a pas quitté Sue Gould, même 30 ans après. « Le jour du sommet était incroyable. Il y avait tellement d’excitation en arrivant au dernier sommet », se souvient-elle.

L’équipe a mesuré l’altitude du mont Logan à 5959 mètres. (Pat Morrow)
Le résultat tant attendu

Le GPS a alors annoncé son verdict : 5959 mètres.

L’an dernier, une expédition dotée de la technologie moderne et qui avait accès à bien plus de satellites est arrivée au même résultat, à la grande surprise de Michael Schmidt. Pour lui, cette valeur était « appelée à changer au fil du temps, en raison de l’accumulation de neige, du vent, du réchauffement et du gel ».

La semaine dernière, il a revu les lieux de son aventure, mais depuis les airs cette fois. L’expédition a forgé des amitiés d’une vie et il est encore en contact avec Sue Gould, Roger Laurilla et d’autres.

La vue à l’approche du sommet du mont Logan est grandiose. (Michael Schmidt)

Avec les informations de Dave White

Radio-Canada

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