L’Arctique au cœur du nouvel ordre mondial, Toronto accueille la conférence Arctic360

Alors que la planète traverse une phase de recomposition stratégique marquée par la montée des tensions et l’effritement des équilibres hérités de la guerre froide, l’Arctique s’impose désormais comme l’un des principaux théâtres de la rivalité entre puissances.
C’est dans ce contexte que la conférence annuelle Arctic360 s’ouvre cette semaine à Toronto. Elle réunit diplomates, experts et décideurs autour des nouveaux enjeux sécuritaires, économiques et géopolitiques du Grand Nord.
La Ville Reine devient pour trois jours une capitale discrète, mais stratégique des affaires arctiques. La conférence entend capter l’air du temps d’un monde « défait et refaçonné au sommet du globe », selon la formule choisie par les organisateurs. Une expression qui résume l’ampleur des bouleversements à l’œuvre dans une région longtemps perçue comme périphérique, mais désormais au centre du jeu mondial.
Contrairement à l’époque de la guerre froide, où l’Arctique faisait figure de frontière figée entre Est et Ouest, la région est aujourd’hui le théâtre d’une confrontation plus diffuse, éclatée et multipolaire. Loin de se limiter aux seuls États riverains, la géopolitique arctique attire désormais un nombre croissant d’acteurs non arctiques.
De l’Union européenne au Royaume-Uni, de la Chine à l’Inde, jusqu’à l’Iran, chacun affine ou réactive ses ambitions nordiques, qu’elles soient diplomatiques, scientifiques, maritimes ou énergétiques.
En toile de fond, la fracture entre l’espace euro-atlantique et la Russie structure toujours les équilibres régionaux. Les pays nordiques renforcent leur coopération sécuritaire à l’échelle régionale et au sein de l’Alliance atlantique, tandis que les membres non arctiques de l’OTAN multiplient les initiatives sur son flanc nord, notamment en matière d’opérations en climat extrême et d’innovations militaires adaptées au froid.
Les yeux vers le Groenland
Le Canada, de son côté, entend jouer un rôle pivot. Le gouvernement du premier ministre Mark Carney a fait de l’Arctique une priorité stratégique, à la croisée des impératifs de défense et de développement économique. Ottawa mise sur un renforcement de la coopération au sein du NORAD avec les États-Unis, tout en cherchant à approfondir ses partenariats avec les pays nordiques et européens, et en resserrant ses liens avec le Groenland, désormais perçu comme un voisin clé de l’Arctique nord-américain.
Longtemps réclamés par les communautés du Nord, les investissements dans les infrastructures arctiques sont aujourd’hui élevés au rang de projets de construction nationale. Mais au-delà des États, la question du financement s’impose comme un enjeu central. Les pays membres de l’OTAN reconnaissent la nécessité de mobiliser des capitaux privés à une échelle inédite depuis un demi-siècle afin de répondre aux nouvelles réalités géopolitiques.
Ports, aéroports, technologies duales, innovations de défense et chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques composent désormais un vaste maillage stratégique reliant l’Arctique nordique à l’Europe, au Groenland, au Canada et aux États-Unis.
C’est dans ce contexte que la conférence Arctic360 déploiera ses discussions phares à partir du 10 février. Le mercredi, une session consacrée à la sécurité et à la défense transatlantiques réunira notamment les ambassadeurs en poste à Ottawa de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et de l’Union européenne. Le lendemain, le regard se tournera vers l’Asie, avec un échange sur l’ancrage croissant de pays comme l’Inde et le Japon dans les dynamiques arctiques, animé par The Globe and Mail.
À mesure que la glace recule et que les lignes de fracture se déplacent, l’Arctique apparaît plus que jamais comme un miroir grossissant des tensions du monde contemporain. Arctic360 ambitionne de décrypter ce nouvel échiquier polaire où se joue, en partie, l’avenir de l’ordre international.
La conférence Arctic360 se tient à Toronto du 10 au 12 février.
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