La Russie, grande absente de la conférence Arctic360, accapare les discussions

De hauts diplomates canadiens ainsi que les ambassadeurs des pays nordiques, excepté la Russie, participent à la troisième conférence annuelle Arctic360 à Toronto. (Ismaël Houdassine/Radio-Canada)
La conférence Arctic360 a ouvert son programme jeudi sous l’ombre de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Même si la délégation russe était absente de l’événement qui se déroule à Toronto, les représentants des nations circumpolaires ont partagé leurs inquiétudes quant à l’avenir du Conseil de l’Arctique.

La troisième conférence donne chaque année l’occasion d’entamer des discussions entre les gouvernements, les organisations autochtones et le secteur privé sur le développement dans l’Arctique. Avec pour thème principal « Là où l’investissement dans l’infrastructure rencontre la diplomatie », le rendez-vous a réuni les ambassadeurs des pays nordiques ainsi que des hauts responsables canadiens, groenlandais et américains.

« La Russie, c’est l’éléphant dans le salon dont personne aujourd’hui n’aurait aimé parler », a lancé James DeHart, le coordonnateur américain pour la région arctique. « Et c’est une bonne chose que l’éléphant ne soit pas ici, car avec ce qui se passe en Ukraine, il aurait été impossible de tenir cette conférence avec les autres représentants des pays arctiques. »

L’invasion armée de l’Ukraine par le Kremlin, le 27 février dernier, a forcé les sept pays nordiques (États-Unis, Canada, Norvège, Suède, Finlande, Danemark et l’Islande) de se retirer du Conseil de l’Arctique le temps d’une « pause ». Ironie du sort, l’organisme international qui est formé des huit nations entourant le pôle Nord est présidé par la Russie pour les deux prochaines années.

La semaine dernière, le forum de coopération internationale annonçait dans un communiqué laconique « la suspension de ses travaux jusqu’à nouvel ordre ». Fondé en 1996, le Conseil de l’Arctique vise la collaboration entre les États nordiques sur les questions de protection de l’environnement et de développement durable. Notons que les questions militaires et de sécurité ont été explicitement exclues du forum depuis sa création.

Bien qu’absente, la Russie est au centre des discussions lors de la troisième conférence annuelle Arctic360 est (Ismaël Houdassine/Radio-Canada)

M. DeHart, qui entame sa première visite au Canada, a expliqué que, malgré ce qui se passe en Europe et le refus des pays nordiques de collaborer avec Moscou, il y a des choses qui ne changent pas pour les États-Unis et « c’est la volonté très forte d’avoir un Arctique en paix, sans tensions et où les communautés se développent dans une pleine coopération ».

Le haut diplomate américain a expliqué que même sans la Russie devenue persona non grata, il a toujours place à la collaboration entre les pays circumpolaires. « Nous devons continuer de nous préparer à un Arctique qui se transforme climatiquement avec possiblement davantage de circulation maritime et des risques de pollution accrue. »

M. DeHart a tout de même admis que « la guerre menée par Vladimir Poutine » pose des questions de sécurités sérieuses pour les pays nordiques. « Tout va très vite », a-t-il dit. « On ne sait pas comment sera la situation la semaine prochaine. »

Il a ajouté que les États-Unis ne pouvaient pas ignorer le fait qu’un membre du Conseil de l’arctique a décidé de « violer » les règles internationales. « Notre retrait de l’organisation avec les six autres nations nordiques est l’opportunité de nous unir pour entreprendre une réflexion sur son avenir. »

L’ambassadeur norvégien a rappelé que la Russie est un « géant » en Arctique dont la surface s’étend sur presque la moitié de cette immense région tout en incluant la moitié de ses habitants. « Qu’on le veuille ou non, les Russes sont nos voisins », a-t-il dit. « Nous devons trouver des moyens de travailler avec eux, pas maintenant bien sûr, mais plus tard sous un autre régime, espérons-le. »

Exclure la Russie du Conseil de l’Arctique?

En menant une guerre contre un pays souverain, la Russie n’a pas respecté les valeurs partagées par les membres du Conseil de l’Arctique, a précisé Urban Ahlin, ambassadeur de la Suède au Canada. « La Russie de Poutine est dangereuse », a-t-il rétorqué. « En agissant de cette manière, le pays va dans une très mauvaise direction et je ne vois pas quand nous pourrons revenir nous asseoir avec les Russes au Conseil de l’Arctique. »

L’ambassadeur de la Suède demande que la Russie soit exclue une fois pour toutes de l’organisation. « Avec la présence de la Russie au Conseil de l’Arctique, nous espérions qu’elle partage nos valeurs et nos standards, mais visiblement nous avons échoué. »

Les inquiétudes de M. Ahlin sont d’ailleurs partagées par l’ensemble des représentants présents. L’ambassadeur de la Finlande au Canada, Roy Kenneth Eriksson, parle d’une véritable rupture en ce qui concerne les relations diplomatiques avec son voisin russe.

Une forte majorité de la population finlandaise est maintenant pour une adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), indique l’ambassadeur finlandais. « Le gouvernement a annoncé que des discussions à ce sujet allaient avoir lieu dès ce printemps durant la prochaine session parlementaire », a-t-il conclu.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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