Le Nunavut en tête de la pauvreté infantile au Canada

La pauvreté infantile continue de grimper pour une troisième année au pays. Le Nunavut affiche les taux les plus élevés, et le Yukon, les plus faibles.
L’organisme Campagne 2000, un réseau pancanadien d’organismes de lutte contre la pauvreté, a publié mercredi un rapport annuel sur la pauvreté au Canada. Selon celui-ci, quelque 30 000 enfants de plus vivaient en situation de pauvreté en 2023 par rapport à 2022.
À l’échelle du pays, 18,3 % des moins de 18 ans vivent dans la pauvreté, selon la mesure de faible revenu de la famille de recensement après impôt utilisée par les auteurs.
Le Nunavut affiche le pire taux, à 38,8 %, malgré une baisse de 3 % entre 2022 et 2023. La situation est encore plus grave chez les moins de 6 ans : près d’un enfant sur deux connaît la pauvreté, soit deux fois et demie la moyenne nationale, qui se situe à 19,1 %.

Les taux aux Territoires du Nord-Ouest sont aussi largement au-dessus de la moyenne nationale. Il est de 24,1 % pour les moins de 18 ans et de 29,1 % chez les moins de 6 ans.
« Il faut adopter une approche globale, systémique et durable »
La directrice du Département du développement social et culturel de l’organisme territorial inuit Nunavut Tunngavik Inc., Yvonne Niego, rappelle dans un courriel que le soutien au revenu et la prestation pour enfants au Nunavut sont largement inférieurs à ceux du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, et que le gouvernement devrait les « augmenter pour répondre aux besoins ».
Ce n’est cependant, selon elle, qu’une des nombreuses mesures possibles à court terme pour s’attaquer aux causes systémiques de la pauvreté au Nunavut.
Pour réduire de manière significative la pauvreté des Inuit, « il faut adopter une approche globale, systémique et durable impliquant tous les partenaires », poursuit-elle, et notamment miser sur le renforcement des économies locales, le soutien aux moyens de subsistance traditionnels et l’amélioration des services et des conditions de vie.
Quant à la baisse de 3 % du taux de pauvreté, Yvonne Niego avance qu’elle pourrait être liée à un financement accru par l’intermédiaire de l’Initiative : Les enfants inuits d’abord, mais que l’accès aux soutiens a récemment été fortement restreint. Selon elle, l’Initiative doit être transformée pour mieux soutenir les enfants.
Le Yukon, un mirage statistique?
Le Yukon affiche les taux de pauvreté infantile les plus bas du pays, soit de 12 % pour les moins de 18 ans et de 11,3 % pour les moins de 6 ans.
Cependant, ces chiffres cachent une réalité plus sombre, notent les auteurs du rapport, soit celle d’une pauvreté concentrée en dehors de Whitehorse.
Environ 70 % de la population yukonnaise vit dans la capitale, où les revenus et l’accès aux services sont meilleurs. Selon eux, les Premières Nations connaissent des « niveaux de pauvreté disproportionnellement élevés ».
Les taux « doivent être interprétés avec prudence », affirme la coordonnatrice de projet pour la Coalition antipauvreté du Yukon, Keitha Clark, dont l’organisme est partenaire de Campagne 2000.
« Un examen plus approfondi met en lumière d’importantes inégalités entre les communautés et les populations, ainsi que des lacunes dans les données », poursuit-elle.

Par exemple, explique-t-elle, il n’y a pas de données pour certains groupes, comme les personnes immigrantes ou celles en situation de handicap, et les données sur le bien-être des Autochtones ne sont pas à jour.
Cela empêche l’organisme de dresser un portrait aussi précis qu’il le souhaiterait de la pauvreté, ajoute-t-elle, même s’il est prévu qu’il publie lundi une mise à jour sur la situation au Yukon.
Le coût de la vie très élevé et les problèmes liés au logement continuent d’être des moteurs de pauvreté dans les trois territoires, selon Campagne 2000. Les taux d’insécurité alimentaire y restent aussi « extrêmement élevés », même si les données ne permettent pas une comparaison directe avec les provinces.
La directrice nationale de Campagne 2000, Leila Sarangi, a déclaré par voie de communiqué que la pauvreté au pays suit une « mauvaise tangente » et « que dans une crise où tout est inabordable, c’est inacceptable ».
Le rapport presse les gouvernements d’agir rapidement pour mettre fin à la pauvreté infantile. Il propose de doter la stratégie fédérale de ressources claires, de bonifier l’Allocation canadienne pour enfants, de renforcer les services publics et de revoir la fiscalité en vue de réduire les écarts de revenu.
