Le Nord canadien en tête des décès par noyades au pays

Fréquentés par de nombreuses communautés, les cours d’eau du Nord canadien affichaient en 2025 un taux de noyades de 3,1 par 100 000 habitants, l’un des plus élevés au pays, selon un récent rapport publié en juillet par la Société de sauvetage du Canada dans le cadre de la Semaine nationale de la prévention de la noyade.
Selon ce rapport, entre 2019 et 2023, aucune noyade n’est survenue dans un environnement surveillé par des sauveteurs dans le Nord canadien.
Aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), le Service du coroner a enregistré 11 noyades entre 2021 et 2025, pour une population d’environ 43 000 habitants.
Plus de la moitié de ces décès seraient liés aux activités de navigation à travers le territoire, et la majorité surviendrait dans le cadre d’activités de loisir.
Le groupe des 30 à 49 ans est le plus touché, avec 7 décès sur 11, soit près des deux tiers.
« Nous pouvons confirmer que ces noyades sont évitables, et c’est la raison pour laquelle nous poursuivons nos activités de sensibilisation dans le territoire », indique Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage du Canada.
Parmi les principales causes de décès par noyade aux T.N.-O., le Service du coroner cite l’usage de drogue et d’alcool, combiné au non-port d’équipement adéquat, comme un gilet de sauvetage.
Exposition accrue aux risques
Les résidents du Nord ne seraient toutefois pas plus téméraires qu’ailleurs au pays.
C’est ce qu’affirme la Dre Audrey R. Giles, professeure en anthropologie culturelle à l’Université d’Ottawa, qui se spécialise notamment dans la prévention de la noyade dans le Grand Nord canadien.
L’exposition aux risques serait considérablement accrue par l’accès aux nombreux cours d’eau du Nord pour les communautés locales, dont la navigation fait partie intégrante du mode de vie.
« Plusieurs décès que nous observons dans le Nord sont liés au mode de vie », souligne-t-elle.
« Dans les communautés du Nord, comme aux T.N.-O. et au Nunavut, les habitants passent beaucoup de temps sur l’eau et sont beaucoup plus exposés aux dangers, ce qui augmente les probabilités de noyades. »
Une citation de la Dre Audrey R. Giles, professeure au département des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa
Et ce, même si la plupart des membres des communautés sont incroyablement expérimentés et ont une grande connaissance des mesures de sûreté.
De nombreux habitants des communautés autochtones pratiquent la chasse et la pêche de subsistance, et leurs sorties s’étendent parfois sur plusieurs semaines.
« Vous pouvez vous trouver en détresse, en eau glaciale, très loin d’une communauté. De multiples facteurs dans le Nord compliquent les choses lorsqu’il y a un problème avec votre embarcation », explique la Dre Giles.

Sur ce plan, les changements climatiques contribueraient également à accroître le danger sur l’eau.
Des aînés et des chasseurs lui auraient fait part de conditions météorologiques de plus en plus instables sur les cours d’eau, et de dangers susceptibles de se manifester sans crier gare.
« Ce à quoi ils s’attendaient par le passé, et le savoir qu’ils ont développé au fil du temps, ne serait plus aussi précis, ce qui augmente les risques en bateau », dit-elle.
Une habitude semble toutefois perdurer, dans le Nord comme partout ailleurs au pays : la grande majorité des adultes, principalement les hommes, négligerait encore trop souvent de porter un gilet de sauvetage.
Or, les mesures de sécurité se seraient considérablement accrues dans les communautés, dont plusieurs veilleraient à accroître l’accès aux équipements de sûreté, selon ce qu’observe la Dre Giles.
L’évolution des balises de détresse par satellite pour appeler les secours ferait également une grande différence.
La Société de sauvetage du Canada collabore avec des organisations et gouvernements du territoire pour y dispenser ses programmes de sécurité aquatique, qui incluent des cours de natation ainsi que des formations de sauvetage, de secours aquatiques et de moniteurs.
« Yellowknife, Hay River, Inuvik, Fort Providence et Fort Simpson offrent tous les programmes de la Société », indique Madison Lalonde, directrice générale par intérim pour l’organisme.
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