Le réchauffement de la planète perturbe la vie de l’Arctique

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Le développement d’usines de liquéfaction de gaz dans l’Arctique a des conséquences sur les populations nomades de la région, les Nénets. (Tatyana Makeyeva/AFP/Getty Images)
Le correspondant de Radio-Canada à Moscou, Raymond Saint-Pierre, se trouve à Arkhangelsk dans l’Arctique russe, où se déroule le forum « Dialogue sur l’Arctique » qui réunit 1300 personnes, dont une délégation canadienne. Il relate quelques changements concrets causés par le réchauffement de la planète en Arctique.

Constructions menacées par le dégel du pergélisol, populations nomades bousculées par le développement industriel, apparition de voies navigables là où il n’y avait auparavant que de la glace… le réchauffement de la planète chamboule la vie dans l’Arctique, nous rapporte Raymond Saint-Pierre.

Le dégel du pergélisol a fragilisé des constructions réalisées sur le sol arctique dont la solidité était auparavant assurée par le gel constant.

Les maisons ont commencé à se déformer et à se briser. Les routes, et ce n’est pas un jeu de mots, sont devenues de véritables montagnes russes. C’est une véritable catastrophe pour la région.

Raymond Saint-Pierre

Les Russes ont remédié temporairement à la situation en enfonçant des pieux dans le sol pour faire remonter le froid à la surface, lorsque l’été arrive, et ainsi recongeler le sol pour stabiliser les constructions.

La technique est appelée thermostabilisation, précise M. Saint-Pierre, qui dit avoir constaté un exemple de sa mise en oeuvre à Sabetta, où une immense usine a été construite.

« J’ai vu cette technique employée à Sabetta où se trouve le plus grand projet de liquéfaction de gaz de l’Arctique, explique le journaliste. Ils ont dû planter 80 000 pieux jusqu’à 20 mètres dans le sol pour stabiliser tout le projet, sinon l’usine s’enfoncerait dans le sol. »

C’est une chose très compliquée que de construire dans l’Arctique, dans le Grand Nord, et les Russes sont devenus experts dans ce domaine parce qu’ils développent le Grand Nord à vitesse grand V.

Raymond Saint-Pierre
Hausse du trafic maritime
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Le port de Sabetta. (Alex Sergeev/Radio-Canada)

Le réchauffement climatique a également facilité la circulation maritime dans le Grand Nord, notamment à Sabetta, où le seul accès était jusqu’à récemment par la voie des airs.

Le réchauffement y a, en effet, entraîné la fonte des glaces et libéré un accès maritime pendant au moins trois mois par année. « Cette nouvelle voie raccourcit le trajet entre l’Europe et Sabetta ou l’Asie », précise le correspondant de Radio-Canada à Moscou.

Les Russes construisent d’immenses brise-glaces pour aller chercher le gaz liquéfié de Sabetta.

Raymond Saint-Pierre

Les environnementalistes craignent le développement de ces nouvelles voies navigables en raison de la fragilité des écosystèmes. Ils appréhendent l’intensification du trafic dans l’Arctique. « Plus il y a de navires, plus on augmente le risque de collision et de naufrage », explique M. Saint-Pierre.

Le journaliste souligne qu’à Vorkhouta, là où il n’y avait que de la toundra, poussent désormais des arbustes, « à la grande surprise des habitants de la région ».

Raymond Saint-Pierre ajoute que le dégel du pergélisol provoque le pourrissement de la végétation qui recouvrait cette couche de terre gelée, entraînant la formation de poches de méthane. « On se retrouve avec des milliers de poches de méthane qui se crèvent et qui créent des gouffres un peu partout », relate le journaliste.

C’est un problème, parce qu’on libère des tonnes et des tonnes de méthane dans l’atmosphère, on ignore l’ampleur du phénomène et les effets qu’il aura sur le climat.

Raymond Saint-Pierre
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Le journaliste Raymond Saint-Pierre à Arkhangelsk, dans l’Arctique russe. (Alexey Sergeyev/Radio-Canada)

Le développement d’usines de liquéfaction de gaz dans l’Arctique a des conséquences sur les populations nomades de la région, les Nénets.

« Ils ne peuvent installer leurs troupeaux aux endroits traditionnels en raison de la présence des installations de gaz », explique M. Saint-Pierre. « C’est devenu très compliqué pour eux. »

Autre conséquence du réchauffement climatique sur les Nénets, de fortes pluies se sont abattues sur la région en plein hiver, au cours des deux dernières années, provoquant la formation d’une couche de glace sur le sol.

« La couche de glace était tellement épaisse que les animaux – ils broutent généralement le lichen du pergélisol en grattant le sol – n’arrivaient plus à se nourrir. Il y a 80 000 rennes qui sont morts », dit-il.

Les Nénets craignent chaque hiver que la même chose se reproduise, ce qui serait une catastrophe pour eux.

Raymond Saint-Pierre

Raymond Saint-Pierre est à Arkhangelsk pour assister au forum « Dialogue sur l’Arctique », où plusieurs pays nordiques sont réunis pour discuter de l’impact du développement sur l’environnement dans le Grand Nord et le développement durable. Il s’agit du quatrième forum du genre organisé par la Russie.

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Radio-Canada

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