Nord canadien : sensibiliser aux risques de la syphilis par des applis de rencontre

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Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, dans le nord-ouest du Canada, prépare actuellement une campagne de sensibilisation à la syphilis, qui prendra la forme de publicités diffusées sur des applications de rencontre, telles que Tinder et Grindr. (Mike Blake/Reuters)
Devant une éclosion récente de syphilis, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, dans l’Arctique canadien, lancera une campagne de sensibilisation sur des applications de rencontre pour mettre en garde la population contre les risques de cette infection transmise sexuellement (ITS).

Depuis le 1er janvier, 28 cas ont été recensés à travers le territoire, dont 70 % se trouvent à Yellowknife, la capitale territoriale. Cinq personnes avaient reçu un diagnostic de syphilis en 2017, contre 11 l’année suivante.

Cette « augmentation dramatique », explique la médecin-hygiéniste en chef du territoire, Kami Kandola, touche particulièrement des hommes hétérosexuels dans la vingtaine et dans la trentaine.

Pour sensibiliser le public, le ministère territorial de la Santé et des Services sociaux compte donc miser sur Tinder et Grindr, des applications de rencontre couramment utilisées par cette frange de la population. Les informations seront diffusées à travers des publicités qui mèneront au site web du gouvernement territorial.

Joint par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué qu’aucune date n’avait encore été fixée pour lancer la campagne de sensibilisation.

Selon la médecin-hygiéniste en chef du territoire, Kami Kandola, la priorité est d’encourager le public à effectuer un examen de dépistage des ITS. (Kate Kyle/CBC)

Pour le moment, les autorités ont notamment mis une ligne téléphonique à la disposition des patients et prolongé les heures d’ouverture des cliniques de Yellowknife, en plus d’afficher de la documentation dans des bars et des centres jeunesse. « La priorité est vraiment d’informer le public le plus possible », affirme Kami Kandola.

Les autorités territoriales portent aussi une attention particulière aux femmes enceintes, à qui seront suggérés des tests de dépistage lors de leurs examens de routine. « Nous avons eu un cas de syphilis congénitale, mentionne-t-elle. Cela survient quand une mère transmet l’infection à son bébé durant la grossesse. »

Depuis 2009, aucun cas de syphilis congénitale n’avait été recensé sur le territoire.

La pointe de l’iceberg

L’utilisation de drogues injectables, les rapports sexuels non protégés et les partenaires multiples sont différents facteurs de risque de la syphilis.

Environ 50 % des cas rapportés ont affirmé avoir eu plusieurs partenaires sexuels au cours des derniers mois, mais bon nombre d’entre eux n’étaient pas en mesure de les identifier. « À cause de cela, l’infection continue de se propager à travers le territoire », indique Kami Kandola. Difficile, donc, de mesurer la réelle proportion de personnes atteintes.

« Nous devons vraiment insister sur le fait qu’une personne peut être atteinte de la syphilis sans avoir le moindre symptôme », ajoute la médecin-hygiéniste en chef.

Lorsqu’ils se manifestent, les symptômes varient généralement de la fièvre aux rougeurs et aux éruptions cutanées.

Le gouvernement territorial recommande au public d’effectuer un examen de dépistage des ITS, même en l’absence de symptômes. (Athit Perawongmetha/Reuters)
Les ITS, un fléau nordique

Les Territoires du Nord-Ouest affichent des taux d’ITS parmi les plus élevés du pays. En 2018, le nombre de cas déclarés de chlamydia par 100 000 habitants était six fois supérieur à la moyenne nationale, selon le gouvernement territorial. Même si sa prévalence a tendance à stagner, la chlamydia demeure l’ITS la plus répandue du territoire.

La médecin-hygiéniste en chef souligne aussi l’importance de sensibiliser les adolescents et les jeunes adultes. « Nous devons développer davantage de ressources éducatives […] et mettre à contribution les écoles », soutient Kami Kandola.

Au mois de décembre, une étude publiée dans la revue médicale British Medical Journal (BJM) et menée par des chercheurs de l’Université de Toronto révélait que la majorité des adolescents des Territoires du Nord-Ouest n’avaient pas recours à un préservatif lors de leurs relations sexuelles. Ce constat concernait environ 44 % des adolescentes et 52 % des adolescents sondés dans l’étude.

La tendance n’est toutefois pas plus reluisante dans les deux autres territoires du Nord canadien. Le Nunavut détenait le taux de prévalence le plus élevé de syphilis, de chlamydia et de gonorrhée du pays, en 2015, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

« Nous ne sommes pas la seule compétence à observer une éclosion de syphilis; c’est le cas en Colombie-Britannique, en Alberta, dans le nord du Labrador, au Nunavut et en Saskatchewan », indique Kami Kandola.

Selon le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, 60 % des cas diagnostiqués de syphilis en 2019 étaient des hommes. (Associated Press via La Presse canadienne)

La médecin-hygiéniste en chef du territoire souhaiterait que le gouvernement fédéral accorde des sommes plus importantes aux territoires nordiques pour la gestion des ITS et la mise en place de campagnes de sensibilisation.

« Nous aurions besoin d’un soutien financier supplémentaire pour faire face à cette situation, un peu comme ce qui a été fait pour lutter contre la tuberculose », affirme-t-elle, en faisant référence à l’engagement d’Ottawa d’éradiquer cette maladie infectieuse d’ici 2030.

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