Protection de la jeunesse inuit à Terre-Neuve-et-Labrador : un rapport cinglant

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Jackie Lake Kavanagh, la défenseure des enfants et de la jeunesse de Terre-Neuve-et-Labrador (Archives) (John Pike/Radio-Canada)
Un rapport cinglant de la défenseure des enfants et de la jeunesse de Terre-Neuve-et-Labrador dénonce la gestion « réactive et axée sur les crises » des services de protection de l’enfance de la province, une approche qui mène à « la peur et la méfiance indéniables ».

Dans son rapport de 144 pages, Jackie Lake Kavanagh indique que le système de protection des enfants nécessite un « changement systémique » pour améliorer le traitement des jeunes inuit sous la garde de la province.

Selon l’enquête, les services provinciaux de protection de l’enfance ne favorisent pas les mesures d’intervention préventive. À cause du nombre disproportionné d’enfants inuit enlevés de leur famille et des nombreux parents qui ont souvent très peu accès à leurs enfants, une peur « omniprésente » est ressentie envers les autorités de protection de l’enfance.

« Les services de protection de l’enfance ne sont pas vus comme des ressources, mais plutôt comme des sources de la peur. »

Jackie Lake Kavanagh, défenseure des enfants et de la jeunesse

« Les gens croient que plus de ressources sont consacrées pour envoyer les jeunes à l’extérieur de leur communauté que pour les garder près de chez eux ou avec des gens pour qui ils sont chers », explique la défenseure.

Jackie Lake Kavanagh note également que le ministère des Enfants, des Aînés et du Développement social ne fait pas assez d’efforts pour maintenir les relations entre les enfants et leur famille. Certains jeunes interviewés par l’équipe de la défenseure ne savaient pas comment bien prononcer leur nom de famille et ne savaient pas le nom de leurs frères et soeurs.

« Les jeunes sous la garde de la province nous ont dit que leur famille leur manque et qu’ils craignent de perdre leur culture et leur identité inuit », indique le rapport, dévoilé à Nain, une communauté d’environ 1100 résidents dont 55 enfants étaient sous la garde de la province en 2017.

Des protections « faibles et superficielles »

Le rapport déclare que seulement le tiers des jeunes inuit confiés à la province ont accès à une personne qui parle inuktitut et les mesures mises en place pour favoriser la culture autochtone chez les familles d’accueil étaient souvent « faibles et superficielles ».

« Être dans la nature n’est pas un plan de continuité culturel, regarder des vidéos ou la chaîne RTPA à la télévision ne l’est pas non plus », indique-t-il.

Cependant, la défenseure a découvert que les jeunes placés avec une famille d’accueil à Terre-Neuve avaient beaucoup plus d’accès aux services sociaux. Le rapport indique qu’à Terre-Neuve, des visites des travailleurs sociaux se passaient mensuellement. Au Labrador, elles étaient intermittentes dans le meilleur des cas.

Le Nunatsiavut, le gouvernement inuit du nord du Labrador, avait demandé à la défenseure d’enquêter sur la situation des jeunes inuit en 2018. À l’époque, 34 % des 1005 jeunes placés sous la garde de la province étaient autochtones. Environ la moitié de ces jeunes étaient inuit.

Mme Lake Kavanagh relate que lors de son enquête, la province et le Nunatsiavut ont régulièrement indiqué que le recrutement de plus de familles d’accueil inuit était primordial. Malgré ces déclarations, la défenseure a appris que des familles d’accueil potentielles dans certaines communautés inuit ont attendu pendant des années pour obtenir la formation nécessaire pour accueillir des enfants confiés à la province.

33 recommandations

Le rapport de la défenseure énumère 33 recommandations, dont une révision de toutes les situations où des enfants ont été déplacées en dehors de leur communauté.

« C’est important que le ministère fasse le bilan, qu’il soit certain qu’il prenne toutes les mesures possibles afin d’éviter que les jeunes soient enlevés de leur maison, soutient Mme Lake Kavanagh. Je crains qu’il y ait des jeunes qui sont envoyés loin de chez eux quand ils auraient pu rester. »

La ministre des Enfants, des Aînés et du Développement social, Lisa Dempster, a assisté à l’annonce, à Nain, et indique que sa présence devrait montrer l’importance des enjeux pour le gouvernement provincial.

Lisa Dempster assure que son ministère analyse actuellement les recommandations présentées par la défenseure, mais assure que plusieurs recommandations ont déjà été incorporées dans la nouvelle Loi sur la protection et les soins des enfants et de la jeunesse, adoptée en juin dernier.

Lisa Dempster, la ministre des Enfants, des Aînées et du Développement social de Terre-Neuve-et-Labrador, assiste au dévoilement du rapport mercredi à Nain, au Labrador. (Jacob Barker/Radio-Canada)

Mme Dempster indique également que depuis février dernier, des familles d’accueil ont été formées dans toutes les communautés inuit de la province. Des familles à Nain, par exemple, ont assisté aux premières séances de formation dans la communauté depuis trois ans.

Mme Lake Kavanagh soutient que les services de protection de l’enfance doivent mieux incorporer les connaissances et la culture traditionnelles. Elle recommande aussi qu’il faut recruter plus de travailleurs sociaux et qu’il faut assurer que les formations pour les familles d’accueil soient régulièrement offertes dans les communautés sur la côte du Labrador.

Mme Lake Kavanagh reconnaît que les mesures qu’elle propose nécessitent des investissements importants du gouvernement provincial, mais elle affirme qu’elles sont incontournables.

« Le statu quo n’est pas acceptable. »

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Patrick Butler, Radio-Canada

Patrick Butler, Radio-Canada

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