L’art inuit du Canada atlantique, entre modernité et tradition

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L’exposition Nunatsiavut – La beauté de notre territoire regroupe les œuvres d’une vingtaine d’artistes inuit du Nunatsiavut, dans le Canada atlantique. Cette image montre une vue aérienne de phoques, prise par le photographe inuk Eldred Allen. (Eldred Allen/Courtoisie de La Guilde)
Une galerie d’art de Montréal mettra à l’honneur les œuvres de 25 artistes inuit du Canada atlantique dans le cadre d’une exposition qui s’articule sur la thématique du territoire; une rare occasion de faire connaître leur art à l’extérieur de leur région.

Oscillant entre tradition et modernité, l’exposition Nunatsiavut – La beauté de notre territoire regroupera une quarantaine de photographies, de dessins, de sculptures et d’autres œuvres liées aux métiers d’art.

Eldred Allen est un photographe inuk originaire de Rigolet, au Nunatsiavut. (Courtoisie d’Eldred Allen)

Le photographe inuk Eldred Allen est l’un artistes sélectionnés à la suite d’un appel de candidatures lancé par la galerie montréalaise La Guilde, spécialisée en art inuit et des Premières Nations, l’Université Concordia et la compagnie aérienne Air Boréalis. Deux de ses clichés aériens, pris à l’aide d’un drone, ont été retenus dans le cadre de l’exposition.

« Je ne me suis jamais vraiment considéré comme un artiste », lance-t-il, bien humblement. Même s’il dit s’être toujours intéressé à la photographie, Eldred Allen explique avoir initialement fait carrière en cartographie informatique. « Je touche un peu à tout ce qui est numérique », poursuit celui qui a fondé l’entreprise Bird’s Eye Inc., spécialisée en photographie, en vidéographie et en photogrammétrie.

Encore aujourd’hui, il se sert de son drone pour recueillir des images aériennes de sites archéologiques et créer des systèmes de modélisation tridimensionnelle. « Des boîtes de production sont également très intéressées par des images aériennes du Labrador pour des vidéoclips, par exemple », ajoute-t-il.

Une nouvelle perspective

L’un de ses clichés, intitulé « Caribou Lost in Shadow » (« Un caribou seul dans l’ombre »), montre un caribou, sans sa harde, au milieu de la toundra. Le photographe souhaitait ainsi immortaliser une réalité qui touche de plus en plus de caribous du nord du pays. « Personne ne sait vraiment pourquoi on observe un déclin de certaines hardes de caribous, si c’est à cause des changements climatiques ou d’une chasse excessive, mais les changements climatiques ont certainement un grand rôle à jouer là-dedans », croit-il.

Sur son cliché intitulé « Caribou Lost in Shadow » (« Un caribou seul dans l’ombre »), où on voit un caribou seul dans la toundra, le photographe Eldred Allen souhaitait mettre en lumière une réalité de plus en plus fréquente dans cette région de l’est de l’Arctique canadien. (Eldred Allen/Courtoisie de La Guilde)
« Parfois, on s’habitue à regarder des paysages d’une certaine perspective, mais quand on gagne de la hauteur, on redécouvre complètement les formes, les lignes et la composition. »

Eldred Allen, photographe inuk
Visibilité pour les artistes inuit

Il est rare de voir les œuvres d’artistes du Nunatsiavut exposées à Montréal. « Notre région est vraiment sous-représentée dans le milieu artistique », soupire le photographe inuk, même s’il ajoute que la région regorge de talents, certains émergents, d’autres bien établis.

« Traditionnellement, les artistes inuit du Nunatsiavut n’ont jamais vraiment eu de plateforme pour faire valoir leur travail. »

Eldred Allen, photographe inuk

Eldred Allen se dit fier d’avoir été sélectionné, mais surtout heureux que des artistes méconnus à l’extérieur de leur région acquièrent une plus grande visibilité.

« Ici, il y a des artistes qui produisent des œuvres qui ne sont faites nulle part ailleurs ou, du moins, dont la qualité n’est pas égalée ailleurs dans le monde », assure-t-il.

Les œuvres regroupées au sein de l’exposition Nunatsiavut – La beauté de notre territoire reflètent la vision qu’ont des Inuit du Nunatsiavut, la région inuit du Labrador, de leur territoire. Cette image montre une peinture au feutre argent, intitulée « Le chasseur », de Jason Sikoak. (Courtoisie de La Guilde)

Les artistes inuit qui souhaitent faire valoir leur art à l’extérieur de leur région doivent s’armer de patience et faire preuve de persévérance. « La connexion Internet est extrêmement mauvaise », explique-t-il, mi-sourire, mi-soupir. « Ça m’a pris presque sept heures pour envoyer mes deux images [en haute résolution] à La Guilde », ajoute Eldred Allen.

« Dans le Nord, nous avons beaucoup de défis à surmonter pour faire connaître nos œuvres, quelle que soit leur forme. Cette exposition va peut-être mettre en lumière les défis auxquels nous sommes confrontés. »

Eldred Allen, photographe inuk

Pour gagner en visibilité, de plus en plus d’artistes inuit misent aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Eldred Allen explique s’être ainsi fait approcher par la Gallery 44, une galerie d’art de Toronto, en Ontario, qui a sélectionné certains de ses clichés pour une exposition en ligne.

L’exposition Nunatsiavut – La beauté de notre territoire est présentée à la galerie La Guilde, à Montréal, du 3 octobre au 24 novembre.

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