Le Canada soutient une interdiction graduelle du mazout lourd dans l’Arctique

Le minerai de fer de la mine de Mary River, dans le nord-est canadien, exploitée par Baffinland est chargé sur des vraquiers pendant la saison estivale libre de glace, de juillet à septembre (Baffinland/Youtube)
Le Canada devient le septième pays de l’Arctique à officiellement appuyer l’interdiction auprès de l’Organisation maritime internationale (OMI) du mazout lourd, un carburant utilisé par les navires de transport et considéré comme très « polluant » par certains organismes, dans les eaux arctiques. Le gouvernement canadien précise toutefois sa volonté d’adopter une approche progressive afin de tenir compte des réalités économiques des collectivités nordiques, autochtones et inuites.

« En conformité avec le Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord du Canada et en tant que membre actif de l’Organisation maritime internationale, nous appuyons la coopération internationale en vue de gérer les possibles risques environnementaux associés au transport maritime dans l’Arctique tout en soutenant les collectivités nordiques du Canada, » a indiqué par voie de communiqué le ministre des Affaires étrangères canadien, François-Philippe Champagne. 

Parmi les huit pays de l’Arctique, seule la Russie s’oppose à une interdiction du « mazout lourd », un terme générique utilisé par le gouvernement canadien pour décrire des carburants à faible coût, de viscosité et de densité élevées, qui restent longtemps présents dans l’environnement en cas de déversement d’hydrocarbures causé par un navire, rendant ainsi sa récupération particulièrement difficile.

La Clean Arctic Alliance, un groupe réunissant diverses ONG environnementales, a salué la décision canadienne tout en mettant en avant le besoin « d’appuyer la mise en œuvre immédiate d’une interdiction et d’assumer sans délai tous les coûts potentiels liés à l’abandon du mazout lourd, afin que les habitants des communautés du Nord ne soient pas touchées. »

Ce carburant est largement utilisé dans le transport maritime international et notamment au Canada pour approvisionner les communautés isolées de l’Arctique. Il est interdit dans les eaux antarctique depuis 2011.

Pour justifier sa décision, le Canada avance la nécessité de protéger la région de l’Arctique en trouvant des moyens de réduire les conséquences environnementales de l’augmentation du transport maritime dans le Nord. Le gouvernement garde toutefois en tête l’importance de parvenir à un équilibre entre les besoins environnementaux et les répercussions économiques sur les populations du Nord.

« En appuyant cette interdiction, le Canada est fier de jouer un rôle de chef de file au sein de l’Organisation maritime internationale et s’engage à continuer de coopérer avec les autres pays, les résidents du Nord et les intervenants du transport maritime afin de contribuer à réduire les répercussions économiques sur les collectivités nordiques, » a avancé le ministre des Transports, Marc Garneau.

L’impact sur les communautés de l’Arctique

Les collectivités de l’Arctique canadien redoutent l’interdiction du mazout lourd par peur de voir le prix de la vie augmenter drastiquement dans une région où les tarifs sont déjà particulièrement élevés.

La nourriture et les équipements sont beaucoup plus chers pour les habitants de l’Arctique en comparaison avec leurs voisins du Sud. À cela s’ajoute un salaire médian pouvant être jusqu’à 50 % moins élevé que dans le Sud.

L’OMI et ses membres abordent la question du mazout lourd dans l’Arctique cette semaine avec le sous-comité sur la prévention et la lutte contre la pollution (PPR) réunit à Londres jusqu’au 21 février.

Réunion du sous-comité de l’Organisation maritime internationale sur la prévention et la lutte contre la pollution (PPR 7) à Londres le 17 février 2020. (Organisation maritime internationale)

Dans son rapport, le gouvernement canadien reconnaît les bienfaits de l’interdiction progressive de ce carburant pour l’écosystème de la région, mais avance aussi les difficultés à venir pour les populations concernées.

« Un conteneur commercial de 20 pieds à destination du Nord coûte actuellement 5 000 dollars à expédier… et pourrait coûter environ 5 650 à 6 000 dollars en cas d’interdiction du mazout lourd », indique le rapport.

« Ces hausses de prix du carburant pourraient augmenter les dépenses des ménages de 248 à 679 dollars canadiens par an. »

Afin d’obtenir ces résultats, le gouvernement fédéral a réalisé en février 2019 une évaluation de l’impact national d’une telle interdiction. Les résultats sont disponibles en ligne et les internautes sont invités à se prononcer sur la meilleure façon pour le Canada de réduire les risques environnementaux, économiques et sociaux liés à l’utilisation du mazout lourd dans l’Arctique.

Le Canada insiste aussi sur le fait qu’il continue de consulter les différents acteurs impliqués. Le pays indique d’ailleurs dans son rapport que l’interdiction pourrait avoir des répercussions négatives sur la compétitivité de l’industrie minière canadienne dans le Nord.

La branche canadienne du Conseil circumpolaire inuit (CCI), une organisation qui représente les quelque 180 000 Inuits d’Alaska, du Canada, du Groenland et de Chukotka, en Russie, et Nunavut Tunngavik Incorporated, l’organisation qui représente les Inuits du territoire du Nunavut, dans l’est de l’Arctique canadien, ont indiqué à Regard sur l’Arctique que personne n’était disponible dans l’immédiat pour commenter l’annonce du gouvernement canadien, mais qu’ils feraient des déclarations plus tard dans la journée de mardi.

– Avec les informations d’Eilís Quinn, Eye on the Arctic 

Correction
Une précédente version de ce texte a omis d’indiquer l’utilisation d’informations d’Eilís Quinn, Eye on the Arctic. Cela a été corrigé.
Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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