Au Canada, les Inuit du Nunavut largement désavantagés par le manque d’infrastructures

Au Nunavut, pour accéder à Internet il faut se munir de patience puisqu’il est huit fois plus lent qu’ailleurs au pays, selon le rapport du NTI sorti mercredi. (Anaïs Elboujdaïni/Radio-Canada)
Selon un rapport de l’organisme Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) publié mercredi, les Inuit du territoire sont largement désavantagés par le manque d’infrastructures par rapport au reste des Canadiens.

L’organisme, qui a pour mandat de protéger les droits et intérêts des Inuit du Nunavut, rend compte que ces derniers ont beaucoup moins accès que les autres Canadiens à un large éventail d’infrastructures telles que le logement, les soins de santé, les transports et l’éducation.

Selon le document de 259 pages , l’inégalité observée rend chaque aspect de la vie plus coûteux tout en mettant en danger les écosystèmes arctiques.

« Quand vous grandissez au Nunavut et que vous n’avez jamais quitté le territoire, vous tenez pour acquis ce qui est disponible et vous pensez que c’est normal. »Aluki Kotierk, présidente du NTI

Aluki Kotierk,  présidente du NTI, explique qu’il est important qu’avec ce rapport les Inuit réalisent à quel point le manque d’infrastructure à des conséquences négatives sur leur vie.

Le document détaillé identifie 18 « domaines prioritaires en matière d’infrastructures » regroupés en trois catégories : énergie et environnement; personnes et communautés et connexions.

Dans les domaines prioritaires, on retrouve l’énergie, les eaux usées, le logement, l’éducation, la santé et la souveraineté alimentaire. Les ports, les télécommunications, l’aviation et la justice sont aussi listés.

Aluki Kotierk, présidente du Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) espère que grâce au rapport, les Inuit du Nunavut verront combien le manque d’infrastructures a des conséquences négatives sur plusieurs aspects de leurs vies. (Kieran Oudshoorn/CBC)

Le rapport indique que ces domaines sont interdépendants les uns des autres en raison de facteurs tels que le changement climatique, l’état des infrastructures et le développement des compétences.

Par exemple, un projet d’infrastructure au territoire est une opportunité de développer les compétences des Inuit, explique Mme Kotierk. Mais alors que le gouvernement nunavois a dépensé des millions de dollars pour mettre en quarantaine des travailleurs de la construction venant d’ailleurs au pays, Aluki Kotierk, considère que cette dépendance à la main-d’oeuvre extérieure n’est pas une bonne chose, puisque les sommes auraient dû être utilisées pour former les travailleurs locaux.

Et cette lacune en compétences se ressent dans d’autres domaines d’infrastructure comme le logement, dans lesquels les travaux de maintenance ne peuvent être effectués. Entre 2006 et 2018, le taux de foyers du Nunavut nécessitant des réparations majeures a doublé, passant de 20,2 % à 41 %, selon le rapport. Dans le reste du Canada, ce taux est près de six fois inférieur, soit 7,1 %, selon le NTI.

Peu d’actions pour renverser la balance

Peu de choses ont été faites pour rendre compte des écarts, dit le rapport, malgré des années de discours de la part des politiciens. « Le déficit d’infrastructures ne peut rester un simple sujet de discussion reconnu, mais qui ne fait pas l’objet d’améliorations », indique encore le document.

Un autre point mis en avant concerne l’environnement. La vitesse à laquelle le changement climatique se fait sentir dans l’Arctique, bien plus qu’ailleurs au pays, est aggravée par la dépendance du Nunavut au diesel.

Environ 50 millions de litres de diesel sont expédiés chaque année par voie maritime vers le Nunavut, qui est la seule juridiction canadienne sans réseau électrique régional, selon le rapport de NTI. Et cette dépendance au diesel, une matière plus chère, plus polluante et plus risquée pour l’environnement que les autres sources d’énergie – est due en partie au manque d’infrastructures de liaison avec le reste du Canada, indique le rapport.

Alors qu’Iqaluit devrait se doter d’un port en eaux profondes à l’automne 2021, pour l’instant, le Nunavut ne compte aucun port supervisé par Transport Canada… mais possède 40 % du littoral canadien, note le rapport. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

Le document met aussi en avant d’autres aspects chiffrés qui montrent les écarts entre le territoire et le reste du pays. Par exemple, la vitesse maximum de la connexion Internet est huit fois inférieure par rapport au reste du Canada, en plus d’être six fois plus chère. Quant aux dépenses en santé par habitant, elles sont 43 fois plus importantes qu’au Manitoba, mais seulement 14 % des Nunavois ont accès à un même prestataire de soins de santé, alors qu’ils sont 85 % au pays.

C’est grâce à ces détails chiffrés que le NIT espère plus facilement voir les changements s’opérer. « Si nous ne quantifions pas nos recherches, il est très difficile de voir si nous faisons des progrès », avance Mme Kotierk.

Le gouvernement fédéral a pris une série d’engagements en matière d’infrastructures dans le Nord, notamment en aidant le territoire à mettre fin à sa dépendance au carburant diesel et en fournissant un accès Internet à haut débit d’ici 2030.

Avec les informations de Thomas Rohner

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