Un groupe veut traduire le jargon de la COVID-19 en langue autochtone

Paul Andrew, aîné déné et ancien reporter à CBC, a aidé à organiser le groupe de travail virtuel qui tente de rendre accessible l’information sur la COVID-19 et la vaccination aux Dénés qui ne parlent pas l’anglais. (Kate Kyle/Radio-Canada)
Des aînés de la communauté dénée travaillent à traduire la terminologie associée à la pandémie de COVID-19 dans leur langue pour permettre à leurs concitoyens d’être mieux informés sur la maladie et les vaccins.

Pour certains aînés de la communauté qui ont peu ou pas de connaissances en anglais, la barrière de la langue rend difficiles la compréhension de la pandémie et la prise de décisions éclairées.

L’ennui, expliquent les membres du groupe de travail, c’est que la terminologie anglaise utilisée par le gouvernement n’a pas d’équivalent en langue dénée, puisqu’une bonne partie des documents d’information sont rédigés exclusivement dans la langue de Shakespeare.

« Certains aînés ne savent pas lire l’anglais », explique Rose Betthale-Reid, une aînée de Fort Liard, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Elle se dit frustrée par la difficulté d’assurer la transmission de l’information à propos de la COVID-19 au sein de sa communauté, où la présence d’une grappe de cas a conduit à un resserrement des mesures sanitaires pendant deux semaines.

La barrière linguistique

L’ennui, c’est que même ceux qui parlent anglais n’ont pas nécessairement une compréhension adéquate de la terminologie liée à la pandémie, explique Mme Betthale-Reid.

« Regardez, par exemple, le terme  »containment order ». Qu’est-ce que ça veut dire? »

« Les gens du gouvernement comprennent [ces termes], mais c’est frustrant pour les gens des Premières Nations, qui maîtrisent mieux leur propre langue. »Betthale-Reid, aînée de Fort Liard

Selon l’aîné déné et ancien reporter de CBC Paul Andrew, il est essentiel de lever cette barrière linguistique.

Pour ce faire, il a récemment participé à l’organisation d’un atelier virtuel de langue dénée auquel ont participé des membres des cinq régions principales des Dénés.

L’activité visait à parler de la COVID-19 et à commencer le travail de traduction de la terminologie qui l’accompagne dans les différents dialectes.

Ce travail est d’autant plus urgent que le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a commencé la vaccination dans des communautés où les gens, dont des aînés, n’ont pas l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée, note M. Andrew.

Des concepts linguistiques qui n’ont jamais existé

Certaines différences culturelles et historiques dans le développement des dialectes compliquent toutefois la tâche du groupe.

Certains concepts, comme « recevoir une dose de vaccin », n’ont pas de référent direct en langue dénée. Le groupe de travail a donc demandé conseil à des experts en santé, explique Paul Andrew.

D’autres termes, comme « système immunitaire », « effets secondaires », « anticorps », « pandémie » et « traçage de contacts », ont également donné des maux de tête aux traducteurs.

« Ce sont des termes que nous n’avons jamais utilisés par le passé. »Paul Andrew, aîné déné et ancien reporter de CBC

Cette absence de terminologie propre à la langue dénée suscite une certaine confusion et attise la peur de membres de la communauté, selon lui.

De plus, les Dénés qui ne parlent pas anglais « n’ont pas accès aux programmes ou services gouvernementaux, [et] ça devient encore plus évident avec la COVID-19 », dit M. Andrew.

Efforts gouvernementaux

Selon la première ministre du territoire, Caroline Cochrane, le gouvernement tente de traduire ses documents et affiches dans les neuf langues autochtones officielles du territoire.

Elle ajoute que le gouvernement s’assure que l’information est également diffusée par les ondes de la radio communautaire, notamment à Fort Liard, où des agents parlant le dialecte local ont également été embauchés pour faire du porte-à-porte.

« On fait tout ce qu’on peut pour transmettre l’information au plus de gens possible », souligne-t-elle.

Outre le recours à la radio communautaire, le groupe de travail a également recommandé d’embaucher plus de traducteurs et de passer par les jeunes pour faire comprendre à leurs aînés l’information distribuée sur la COVID-19 et les vaccins, explique Paul Andrew.

Un des éléments sur lequel il insiste est l’importance d’agir vite. « Une chose qu’on a apprise avec la situation de Fort Liard, c’est que tout peut se passer très vite, donc on doit avoir des gens sur le terrain, prêts à intervenir. »

Avec les informations de Lawrence Nayally

Radio-Canada

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