Une oasis arctique sur le point de disparaître, révèle une étude

Un ours polaire photographié dans la baie d’Hudson au Canada. Les chercheurs craignent que le réchauffement climatique ne mette en danger les zones arctiques. (Paul J. Richards/AFP)
Des chercheurs affirment que le réchauffement de la planète menace l’écosystème de la plus importante oasis de l’Arctique. Située entre le nord-ouest du Groenland et l’île canadienne d’Ellesmere, au nord de la baie de Baffin, la région connue sous le nom de Polynie des eaux du Nord pourrait d’ailleurs disparaître.

L’étude, menée par une équipe d’experts internationaux réunissant notamment des spécialistes des changements climatiques de l’Université d’Helsinki, s’est penchée sur les effets potentiels des changements climatiques sur ce territoire recouvert de glace de mer environ huit mois par année et qui abrite une faune exceptionnelle comme des ours polaires, des narvals et des morses.

Les chercheurs ont entrepris un véritable voyage dans le temps en analysant des microfossiles et des biomarqueurs chimiques préservés dans les sédiments de la région vieux de plus de 6000 ans. Ils ont découvert que la zone était stable et créait de bonnes conditions pour les formes de vie il y a environ 4400 à 4200 ans, époque où les populations sont arrivées au Groenland en provenance du Canada par le détroit gelé de Nares.

Les micro-organismes et micro-algues maintiennent un écosystème diversifié et unique qui sert de refuge à toute une série d’espèces dans les conditions arctiques. Les espèces clés, telles que l’ours polaire, le morse et le narval, y prospèrent également. Pour les populations autochtones qui dépendent de la chasse et de la pêche, cette zone a été une bouée de sauvetage.

La Polynie des eaux du Nord abrite une multitude d’espèces comme les narvals. (Paul Nicklen/WWF)
Un millénaire d’instabilité et de nouveaux records de chaleur

L’étude publiée le 3 septembre dans la revue Science Daily indique que la stabilité de la Polynie a toutefois changé au cours des derniers millénaires, pendant les périodes de climat plus chaud. « Il y a 2200 à 1200 ans, la zone était instable et sa productivité a chuté de façon spectaculaire ».

Les experts ont alors observé une réduction importante des populations d’organismes des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, tels que le zooplancton, les poissons et les mammifères marins.

D’après les découvertes archéologiques, il n’y avait pas d’habitants dans la région pendant cette période, note le document. « C’est un mystère qui peut sans doute être expliqué, à la lumière des résultats de la recherche, par des conditions qui n’étaient pas favorables aux personnes dépendant de la chasse et de la pêche », déclare Kaarina Weckström, une des auteures de l’étude et chercheuse à l’Université d’Helsinki.

« Si nous parvenons à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à atténuer l’augmentation de la température de l’air, la glace de mer arctique et la Polynie peuvent être restaurées. »Kaarina Weckström, chercheuse à l'Université d'Helsinki

Mme Weckström souligne que les températures n’ont jamais atteint le niveau actuel dans le nord-ouest du Groenland au cours de la période de 6000 ans de l’histoire de la Polynie. « Le réchauffement de la planète et la réduction de la glace de mer causée par l’activité humaine ont entraîné l’instabilité de la Polynie », ajoute-t-elle.

La région est maintenue par des courants océaniques et des vents favorables, et notamment par un pont de glace situé au nord de la Polynie, qui empêche la glace dérivante de l’océan Arctique de se déplacer plus au sud. C’est la formation annuelle de ce bloc naturel que le réchauffement du climat menace aujourd’hui, précise l’étude.

« L’oasis la plus importante de l’Arctique est susceptible de disparaître si les températures continuent à augmenter comme prévu. Il serait important de ralentir au moins les changements climatiques, afin que les peuples autochtones de l’Arctique aient une chance de s’adapter à leurs futures conditions de vie », note Mme Weckström.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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