En Islande, la loi pionnière sur la parité grignote l’écart salarial

D’ici au 31 décembre 2021, pas moins de 1180 sociétés islandaises regroupant 147 000 salariés doivent avoir appliqué la réforme de la loi sur la parité. (Photo : iStock)

Deux de ses promoteurs s’affrontent samedi aux élections législatives. Entrée en vigueur au cours du dernier mandat en Islande, une loi avant-gardiste sur l’égalité salariale femmes-hommes rapproche le pays nordique de la parité, même si sa mise en place prend plus de temps que prévu.

S’appliquant depuis le 1er janvier 2018 aux entreprises de plus de 25 employés, la législation inverse la charge de la preuve. Il n’incombe plus aux salariés et, en particulier, aux salariées de prouver une discrimination salariale en raison de leur genre, mais aux employeurs de démontrer que, si écart de salaire il y a, le sexe n’y a aucune part.

« J’en ai bénéficié directement quelques mois seulement après avoir commencé à travailler ici », raconte à l’AFP Thorunn Hilda Jonasdottir, une organisatrice d’évènements de 43 ans.

Son employeur depuis cinq ans, l’Université de Reykjavik, passe alors au crible du processus de certification créé par la loi, considérée comme la plus avancée dans le monde.

« En faisant ce travail, ils ont vu que mon salaire n’était pas dans la bonne catégorie, donc ils m’ont augmentée […] de 25 000 couronnes (environ 247 $ CA) par mois », explique-t-elle.

Si le nouveau texte n’a pas tout réglé en un coup de baguette magique dans l’île de 370 000 habitants, le premier bilan est globalement positif.

« Cela prouve vraiment qu’en mettant le fardeau sur les employeurs et en les forçant à examiner les données, alors on commence à faire des progrès », souligne Margret Vilborg Bjarnadottir, professeure de statistiques à l’Université du Maryland et créatrice d’un logiciel d’analyse d’équité salariale.

Les entreprises sont tenues d’élaborer un plan d’égalité à l’occasion d’un audit réalisé par un organisme indépendant certifié. Celui-ci détermine la façon dont la valeur du travail est calculée en fonction de critères objectifs : ancienneté, formation, expérience, valeur ajoutée, pénibilité…

Si elle est dans les clous, l’entreprise obtient un certificat valable trois ans. Dans le cas contraire, elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 couronnes par jour, même si aucune n’en a reçu jusqu’à présent.

Déjà championne du classement de la parité du Forum économique mondial (WEF) depuis 12 ans, l’Islande a vu son écart salarial brut hommes-femmes tomber à un plus bas historique de 12,6 % en 2020, contre 15 % en 2017. A caractéristiques égales, l’écart n’est plus que de 4,1 %, contre environ 5 % il y a quatre ans.

La première ministre de l’Islande Katrin Jakobsdottir. (Asgeir Asgeirsson/Reuters)

Même si l’écart se réduisait déjà ces dernières années, « clairement, (la loi) a eu un effet », affirme à l’AFP la première ministre Katrin Jakobsdottir, qui a fait des droits des femmes un des axes principaux de sa politique.

Candidate à un deuxième mandat à l’occasion des législatives samedi, l’élue du Mouvement Gauche-Verts souhaite atteindre « la prochaine étape » visant à remettre en question les « valeurs » qui font que les femmes sont surreprésentées dans des emplois moins bien payés, comme les infirmières ou les aides pour les personnes âgées.

Mme Jakobsdottir a veillé à la mise en oeuvre de la loi, mais c’est sous le gouvernement précédent dirigé par un homme, l’ex-premier ministre de droite Bjarni Benediktsson, également de nouveau en lice aux législatives, que le texte a été adopté.

D’ici au 31 décembre 2021, pas moins de 1180 sociétés islandaises regroupant 147 000 salariés doivent avoir appliqué la réforme. Mais un délai supplémentaire de 12 mois leur a été accordé.

À ce jour, seules 320 se sont vu délivrer le certificat de conformité valable trois ans.

« Le problème est que les mécanismes de certification n’étaient pas en place lorsque la loi a été adoptée », explique Brynhildur Heidar og Omarsdóttir, secrétaire générale de l’Association pour les droits des femmes.

Le texte a aussi « énormément changé la culture sur le lieu de travail », dit-elle.

L’Islande occupe une place singulière dans l’histoire du féminisme. Première nation à élire une femme chef de l’État en 1980, l’île subarctique avait aussi été cinq ans avant le théâtre d’une grève inédite des femmes, lancée le 24 octobre 1975, pour améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail.

À la suite de cette manifestation, le principe de l’égalité salariale avait été inscrit dans la loi l’année suivante.

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