Des scientifiques veulent prédire les éclosions de rage dans le Grand Nord canadien

Ces derniers mois, de nombreux renards arctiques infectés par la rage ont été observés dans les communautés du Nord canadien. (Kayla Buhler)
Comme la rage est très présente dans les régions arctiques ces derniers mois, les scientifiques se demandent comment prédire les prochaines éclosions pour que les populations soient mieux préparées.

Ces derniers mois, de nombreuses communautés ont reçu des alertes concernant des renards arctiques infectés par la rage. La dernière a été lancée dans la communauté de Tuktoyaktuk, aux Territoires du Nord-Ouest, après que deux chiens eurent montré des signes de la maladie.

Le Nunavut a également connu plusieurs cas cet hiver.

Brian Stevens, biologiste du Réseau canadien pour la santé de la faune, dit que la maladie est toujours présente dans les populations de renards arctiques. En général, les éclosions locales se produisent sur un cycle de 10 à 15 ans, certaines étant plus graves que d’autres.

Aucun changement

Selon Ben Kovic, il n’y a « rien de nouveau » en ce qui concerne la situation au Nunavut. Cet ancien agent de conservation a également été le président du Conseil de gestion des ressources fauniques du territoire.

Ayant grandi à Coral Harbour, sur l’île Southampton, où la plupart des habitants s’adonnaient à la chasse au renard arctique, il explique que, même si les cas de rage étaient répandus, les habitants avaient appris à en reconnaître les signes et à éviter les animaux infectés.

Aujourd’hui, installé à Iqaluit, il se demande si l’éclosion des derniers mois est plus grave que les autres ou si les habitants de la capitale sont plus sensibilisés à la situation.

Tout le monde se concentre sur les observations de renards, s’inquiète de ceci ou de cela. Cela devient presque la seule chose qui se passe.Ben Kovic, ancien agent de conservation au Nunavut
Ben Kovic, qui a été agent de conservation de la faune au Nunavut pendant 20 ans, affirme qu’il a souvent vu la rage dans les populations de renards arctiques. (Sima Sahar Zerehi/CBC)

Pourtant, Brian Stevens et d’autres chercheurs en faune sauvage suggèrent qu’il pourrait y avoir une augmentation générale de la population de renards arctiques du Canada, cet hiver, et donc plus de renards enragés.

Selon Ben Kovic, une année de forte croissance pour des proies comme les lemmings ou les campagnols est généralement suivie d’un pic de la population de renards.

Changement climatique et rage

Le changement climatique peut aussi jouer un rôle dans l’évolution de la dynamique entre la rage et ses hôtes, affirme Emily Jenkins, professeure de microbiologie vétérinaire à l’Université de la Saskatchewan. Elle étudie les renards arctiques à Karrak Lake, près de Cambridge Bay, depuis des années.

Les renards ont tendance à errer dans la région polaire, et c’est ainsi que la rage se propage.

À mesure que la glace de mer diminue dans l’Arctique, les renards pourraient ne plus être en mesure de se déplacer aussi librement ou aussi loin, note cependant Emily Jenkins.

Je suppose que c’est une sorte de bonne nouvelle. S’il y a moins de glace de mer et moins de connectivité entre les populations de renards arctiques, il est fort possible que la rage soit moins présente dans l’ensemble.Emily Jenkins, professeure de microbiologie vétérinaire à l’Université de la Saskatchewan

Elle note toutefois que, si les renards sont plus isolés sur les terres, ils sont aussi plus à même de se rapprocher des êtres humains et des animaux de compagnie.

Plus de renards roux

Emily Jenkins croit également que la percée des renards roux sur le territoire traditionnel des renards arctiques n’est pas une bonne nouvelle.

« Les canidés sauvages ont tendance à ne pas se tolérer très bien entre eux. Ils sont en concurrence pour les proies et ils s’entretuent. »

Emily Jenkins, qui étudie les renards arctiques depuis plusieurs années au Nunavut, pense que l’espèce va être amenée à moins se déplacer entre les communautés à cause de la fonte de la glace de mer, ce qui est une bonne nouvelle pour limiter la transmission de la rage dans le Grand Nord. (Kayla Buhler)

La scientifique pense que les renards roux seraient probablement un bon hôte pour la rage, mais qu’ils ont moins tendance à se promener sur la glace de mer et à propager des infections dans d’autres régions.

Selon Emily Jenkins, il faudrait être capable de prédire les éclosions de rage dans le Nord afin que les communautés aient une « alerte précoce ». Elles pourraient alors s’assurer que les chiens sont vaccinés et que les enfants savent reconnaître les animaux infectés et être prudents.

Elle évoque aussi la possibilité de vacciner les renards sauvages par voie orale avec un appât, comme c’est le cas pour les renards roux en Europe.

Alors que les scientifiques sont en train de développer des modèles de prévision pour les éclosions, la pandémie a mis un coup d’arrêt aux recherches sur la faune. Emily Jenkins a passé deux étés, et en passera peut-être un troisième, en 2022, à ne pas pouvoir poursuivre son travail à Karrak Lake.

« Quand on observe les changements dans le temps et qu’il manque quelques années de données, c’est un gros trou malheureusement. »

Avec les informations de Paul Tukker

Radio-Canada

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