Des sédiments arctiques vieux d’un million d’années laissent les scientifiques perplexes

L’un des principaux obstacles à la compréhension de l’ère pléistocène est qu’il existe très peu de données. (MikhailZykov/iStock)
Une équipe de l’Université Massachusetts Amherst a mené en Sibérie des recherches afin de mieux comprendre les mécanismes climatiques durant l’ère pléistocène, une période encore mal connue des experts. Même si leurs conclusions ne répondent pas à toutes les interrogations, les chercheurs ont toutefois réussi à reconstituer les conditions climatiques de l’Arctique durant cette époque.

Il y a environ 1,2 million d’années, un changement radical du climat, connu sous le nom de pléistocène s’est produit sur Terre. Auparavant, les périodes glaciaires se produisaient, avec une relative régularité, tous les 40 000 ans environ.

Or, dans un laps de temps géologique relativement court, le temps entre les périodes glaciaires a plus que doublé, passant à tous les 100 000 ans. « C’est une véritable énigme. Personne ne sait vraiment pourquoi ce changement s’est produit », déclare Isla Castañeda, professeur de géosciences à l’Université Massachusetts Amherst et l’une des coautrices de l’étude.

L’un des principaux obstacles à la compréhension de l’ère pléistocène est qu’il existe très peu de données. Les plus anciennes carottes de glace de l’Arctique ne remontent qu’à environ 125 000 ans.

L’étude, publiée dans la revue Climate of the Past, explique que les relevés sédimentaires plus anciens sont presque inexistants, car au fil des périodes glaciaires, les nappes glaciaires qui avancent et reculent ont agi comme « d’énormes bulldozers », raclant la plupart des terres exposées jusqu’au substrat rocheux.

Reconstituer les précédentes conditions climatiques de l’Arctique

Cependant, précisent les scientifiques, il existe un endroit dans le monde, à l’extrême nord-est de la Russie, qui se trouve au-dessus du cercle polaire et qui n’a jamais été recouvert de glaciers : le lac El’gygytgyn.

En 2009, la professeure de géosciences Brigham-Grette a dirigé une équipe internationale de scientifiques au lac El’gygytgyn, où ils ont foré une carotte de sédiments de 685,5 mètres, représentant approximativement les 3,6 derniers millions d’années de l’histoire de la Terre.

Les chercheurs ont utilisé la partie de cette carotte sédimentaire qui couvrait le pléistocène et ont recherché des biomarqueurs spécifiques qui pourraient les aider à déterminer la température et la végétation. Grâce à ces informations, ils ont pu reconstituer, pour la première fois, les conditions climatiques de l’Arctique au cours de cette période.

Bien que l’équipe n’ait pas résolu le mystère de l’ère pléistocène, elle a fait quelques découvertes surprenantes. Par exemple, une période interglaciaire, ou époque où la glace était en recul, baptisée « MIS 31 », est largement reconnue comme ayant été anormalement chaude. Pourtant, les enregistrements du lac El’gygytgyn ne montrent qu’une chaleur modérée.

Au contraire, trois autres périodes interglaciaires, MIS 21, 27 et 29, ont été aussi chaudes ou plus chaudes. Il reste que les recherches de l’équipe montrent une tendance à l’assèchement à long terme dans l’ensemble du pléistocène.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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