La Finlande favorable à une adhésion « sans délai » à l’OTAN

Les drapeaux des pays membres de l’OTAN sont hissés devant le quartier général de l’Alliance, à Bruxelles, en Belgique. (Pascal Rossignol/Reuters)
Le président et la première ministre de la Finlande se sont dits favorables jeudi à une adhésion « sans délai » du pays nordique à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

« Être membre de l’OTAN renforcerait la sécurité de la Finlande. En tant que membre de l’OTAN, la Finlande renforcerait l’alliance dans son ensemble. La Finlande doit être candidate à l’adhésion à l’OTAN sans délai », ont affirmé le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin dans un communiqué commun.

Une conférence de presse du tandem exécutif sur les « décisions concernant la politique de sécurité de la Finlande », est prévue dimanche, indique la présidence.

« Nous espérons que les étapes nationales encore nécessaires à cette décision seront prises rapidement dans les prochains jours », ont indiqué M. Niinistö, interlocuteur régulier de Vladimir Poutine ces dernières années, et Sanna Marin, plus jeune première ministre d’Europe.

La première ministre de la Finlande, Sanna Marin, estime que son pays doit être candidat pour adhérer à l’OTAN sans délai. (Reuters)

Cette adhésion de la Finlande à l’OTAN serait « assurément » une menace pour la Russie, a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’une conférence de presse.

L’élargissement de l’OTAN et le rapprochement de l’Alliance de nos frontières ne rendent pas le monde et notre continent plus stables et plus sûrs.Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

La réponse de la Russie dépendra « des retombées pratiques de ce processus, de l’avancée des infrastructures militaires vers nos frontières. Tout cela constituera les éléments d’une analyse spécifique et pour l’élaboration des mesures nécessaires afin d’équilibrer la situation », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, a salué jeudi la volonté des dirigeants finlandais d’intégrer l’Alliance atlantique.

« Il s’agit d’une décision souveraine de la Finlande […] Si la Finlande décidait de postuler, elle serait chaleureusement accueillie au sein de l’OTAN et le processus d’adhésion se déroulerait sans heurts et rapidement », a-t-il assuré dans une déclaration.

Une décision historique

La prise de position officielle de l’exécutif marque la bascule de la ligne finlandaise, qui partage une frontière de 1300 kilomètres avec la Russie et un passé douloureux avec son puissant voisin.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février a fait basculer rapidement l’opinion et les responsables politiques finlandais, tout comme en Suède, qui pourrait également annoncer rapidement une candidature.

Pas moins de 76 % des 5,5 millions de Finlandais sont désormais pour l’adhésion, selon un sondage publié lundi, soit le triple de son niveau d’avant-guerre.

Une très large majorité des 200 députés au Parlement est acquise, avec des opposants tombés autour d’une dizaine, et la plupart des partis sont désormais favorables. Le parti social-démocrate de Sanna Marin doit prendre position en dernier ce samedi.

Le président de la Finlande, Sauli Niinistö, en conférence de presse mercredi (Frank Augstein/Associated Press)

« Adhérer à l’OTAN ne serait contre personne », avait affirmé mercredi soir le président finlandais, en réponse aux mises en garde russes contre une entrée d’Helsinki dans l’alliance.

Pour le chef de l’État finlandais, longtemps un avocat du dialogue Est-Ouest, la Russie ne peut s’en prendre qu’à elle-même de voir son voisin rejoindre l’alliance.

Si nous adhérions [à l’OTAN], ma réponse [à la Russie] serait : « C’est vous qui avez fait cela, regardez-vous dans le miroir. »Sauli Niinistö, président de la Finlande

Mercredi, la commission de la défense du Parlement finlandais avait conclu que l’OTAN était « la meilleure option » pour la sécurité du pays après l’invasion russe de l’Ukraine.

Soumise à une forme de neutralité forcée par Moscou durant la guerre froide, la Finlande, ancienne province russe (1809-1917) et envahie par l’Union soviétique en 1939, avait adhéré à l’Union européenne et au Partenariat pour la paix de l’OTAN après la chute de l’Union soviétique, mais était restée non membre de l’alliance.

Tout en menant d’importantes consultations intérieures et internationales, le président Niinistö et la première ministre Marin s’étaient abstenus jusqu’ici d’exprimer publiquement leur préférence dans ce dossier.

« Si le président Niinistö, qui est peut-être le leader d’opinion avec le plus d’influence dans le pays, avait fait connaître son choix plus tôt, cela aurait pu étouffer le débat », souligne à l’AFP Iro Särkkä, professeure de sciences politiques à l’Université d’Helsinki.

La décision formelle sur l’adhésion doit être prise par un Conseil sur la sécurité et la politique étrangère, réunissant le chef de l’État, la première ministre et plusieurs ministres.

Inquiètes de la réaction de la Russie à leurs probables demandes d’adhésion à l’OTAN, la Suède et la Finlande ont déjà cherché à obtenir des assurances de protection pendant les mois nécessaires à leur entrée formelle dans l’Alliance atlantique.

À l’occasion d’une visite de Boris Johnson dans les deux pays mercredi, le Royaume-Uni a ainsi signé des déclarations de protection mutuelle avec la Suède ainsi qu’avec la Finlande.

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